Près de deux ans après la sortie de Landing, un premier album folk pop à fleur de peau, l’auteure-compositrice-interprète Beyries met un terme à sa longue série de spectacles et tourne la page sur un chapitre important de sa vie.

Pour l’occasion, la Montréalaise s’offre deux soirées bien spéciales dans l’intimité du Centre Phi. «C’est un show dans la tradition unplugged de MTV», explique-t-elle, en faisant référence aux performances mémorables de Nirvana, Eric Clapton, Alanis Morissette et bien d’autres que produisait et diffusait le réseau de télévision américain dans les années 1990. «L’approche sera plus dépouillée qu’à l’habitude. On tasse les synthétiseurs, on joue plus doucement. Ça amène quelque chose d’hyper naturel, comme si on était dans le salon de quelqu’un, mais avec un bon ingénieur de son. Je ne pouvais pas imaginer une meilleure façon de boucler la boucle.»

L’esprit intime de ces deux rendez-vous a une résonance évidente avec les premières apparitions scéniques de la chanteuse, guitariste et pianiste. En 2016, alors qu’elle venait tout juste de signer son contrat de disques avec Bonsound, Amélie Beyries est partie faire le tour du Canada avec sa gérante dans le cadre d’une première tournée solo. Si elle est maintenant entourée de plusieurs musiciens aguerris (Alex McMahon, Guillaume Chartrain, Joseph Marchand), elle renouera avec le côté brut de ses chansons au Centre Phi, mais avec une expérience à toute épreuve cette fois. «J’ai appris mon métier durant cette première tournée-là. J’ai autant joué devant des gens super respectueux que devant des foules qui s’en foutaient complètement. J’ai compris que la musique, c’est un partage et que, même si tu as juste quatre personnes devant toi, tu dois connecter avec eux.»

Cent-trente-cinq spectacles plus tard, dont quelques-uns aux États-Unis et en Europe, Beyries se plaît encore à redécouvrir Landing. Pour éviter de répéter sans cesse la même «cassette» à son public, chose qu’elle redoute fortement, elle s’amuse à changer constamment les accords, les harmonies et les arrangements de ses pièces. «Je n’ai pas le choix de faire ça, sinon je n’ai plus de plaisir», tranche-t-elle. «Malgré tout, il y a encore des chansons que je trouve assez difficiles à chanter, comme Alone. Je n’allais vraiment pas bien quand j’ai écrit ça, et c’est pas évident pour moi de replonger dans cet état-là.»

La force de la vulnérabilité

Écrit dans la foulée d’un diagnostic du cancer du sein, ce premier album est marqué par la douleur et le combat d’une femme qui exprime sa vulnérabilité avec beaucoup d’humilité et de sensibilité. Encore aujourd’hui, les émotions sont lourdes à porter. «En fait, tout dépend de la journée et de mon mood. Des fois, le silence des gens dans la foule me bouleverse, et ma voix craque. Je me sens comme une funambule qui espère que son fil ne lâchera pas», image-t-elle.

Au début du mois, ce fil a justement lâché. «Je revenais de Los Angeles et je commençais une autre série de spectacles au Québec. J’étais très fatiguée et je venais d’apprendre que quelque chose s’était passé dans ma famille. Lors du troisième spectacle, à Lévis, j’ai commencé à pleurer sur scène et je n’arrivais pas à me reprendre. Je n’étais tout simplement plus capable de chanter! Dans la foule, les gens ont commencé à me parler. J’entendais des "On t’aime!", des "Prends ton temps!"... Il y a aussi un monsieur qui m’a dit: "Rappelle-toi de ce que tu nous as dit au Festival de jazz!" Je me rappelais pas vraiment de ce que j’avais bien pu dire, mais c’était quelque chose comme "n’ayez pas peur d’être vulnérable". Pour vrai, c’est le plus beau cadeau qu’on peut s’offrir en tant qu’être humain. Oui, c’est gênant de pleurer devant du monde, car notre fierté personnelle en prend un coup, mais en même temps, on se bloque si on ne le fait pas. À la longue, ce refoulement d’émotions là fait plein de ravages sur nos vies. Moi, ça m’a pris la maladie pour que je me rende compte de tout ça. C’est à partir de là que j’ai commencé à changer des choses dans ma vie et que j’ai arrêté de tout garder pour moi. Y’a comme un lâcher-prise qui est embarqué, un côté "fuck off, j’m’en fous de ce que vous pensez". Quand on se fait envoyer un message par la vie comme celui que j’ai reçu, ça génère une énergie incroyable, un sentiment vraiment unique.»

Cette «énergie incroyable» a guidé Amélie Beyries à changer carrément son mode de vie au tournant de la décennie. Forcée de quitter son emploi dans une firme de relations publiques, elle a commencé le yoga et la méditation. Motivée par ses amis, elle a également arrêté de garder ses chansons pour elle. «On peut dire que c’est un mal pour un bien, car la maladie m’a permis de prendre du temps pour moi. Malheureusement, les humains, on est comme ça: il faut être au pied du mur pour se rendre compte que ce qu’on faisait ne marchait peut-être pas. Par moments, j’ai vécu l’enfer, mais maintenant, j’ai envie de regarder le côté lumineux. Maintenant que j’ai frôlé la mort, qu’est-ce que je peux faire?»

Actuellement en chantier, le deuxième album de l’auteure-compositrice-interprète sera un peu moins sombre que son prédécesseur. «J’ai envie de quelque chose de plus léger. Par contre, je ne pense changer totalement mon écriture. Ce qui m’inspire reste encore les relations humaines, les situations vécues qui nous changent. Ce qui me fascine fondamentalement, c’est notre désir de connecter les uns avec les autres.»

Par Olivier Boisvert-Magnen
Photo: Shayne Laverdière

Beyries: Unplugged, les 7 et 8 décembre au Centre Phi.

À propos du Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.

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