Il y a quelques temps, l’artiste multimédia BOYCOTT errait librement dans un musée de Tokyo. Déambulant à sa guise, elle s’est retrouvée seule dans une grande pièce face à un court métrage projeté sur un vaste espace. Directement interpellée et émue par l’effet d’immensité entourant la présentation, elle était emportée par cette volonté de dynamiser l’art par l’ampleur des choses, une démarche qui lui colle à la peau et sur laquelle elle mise pour toucher le spectateur à son tour.

«Quand t’as une idée, tu la fais. Et tout ce que tu dois apprendre pour te rendre à ce que tu avais en tête, tu vas l’apprendre,» explique l’artiste, d’un ton décidé mais pensif, donnant le ton à son approche expérimentale et instinctive de faire les choses.

C’est l’art en soi qui inspire et fait voyager la prolifique et indépendante BOYCOTT, l’alias sous lequel June Barry s’exécute à chaque fois qu’elle donne vie à une nouvelle création. Bien implantée dans la scène montréalaise des arts visuels depuis quelques années parmi les PONY et FVCKRENDER du circuit, elle fait sa marque par ses alliages de couleurs détonants et sa manière de tirer profit de son espace de jeu, quel qu’il soit.

Artiste multidisciplinaire ayant appris les rudiments de son art par ses propres moyens, elle façonne une grande part de sa créativité à travers le motion design qu’elle fignole avec style sur son ordinateur portable.

June est une membre active de Moonshine, un collectif artistique notamment mené par Pierre Kwenders qui regroupe une variété de créateurs faisant la promotion d’une diversité culturelle au cœur même de la métropole et ce, principalement par la musique. Elle s’occupe pour sa part d’injecter de la vie et des pixels dansants aux visuels, notamment par le biais de projections digitales éclatantes qui valsent avec le rythme dynamique de la musique. 

Guidée par son esprit DIY, elle est constamment à la recherche de la meilleure version de son œuvre. «J’ai toujours eu carte blanche. Des fois, quand on avait accès à un espace sur Durocher, j’allais là pendant la semaine installer mes écrans ou une nouvelle matière que je voulais tester, pis je pouvais être là pendant des jours toute seule dans un sous-sol vraiment glauque. Les gars ne savaient même pas que j’étais là. Je le disais à personne parce que je le faisais pour moi, pour essayer quelque chose.»

La Montréalaise est manifestement dotée de la fibre artistique d’aussi loin qu’elle puisse se souvenir. C’est toutefois sa curiosité et sa douce nature subversive qui lui auront permis de pousser son talent vers de nouveaux sommets. Faisant partie de cette jeune génération au tournant des années 2000 pour qui le Web devenait une mine débordante d’outils de toutes sortes, l’artiste introvertie a vu l’univers des possibles s’ouvrir devant elle lorsqu’elle a pu mettre la main sur des versions crackées de logiciels comme Photoshop et autres de la suite Adobe. 

Un moment que j’apprécie beaucoup, c’est quand les gens entrent dans une salle et voient l’installation pour la première fois. Ils sont comme surpris, excités, choqués. C’est touchant, instantanément.

Loin d’être son seul moyen d’expression, l’animation digitale n’est en fait qu’une des cordes à l’arc de BOYCOTT. Désireuse de travailler davantage les matériaux de ses propres mains, elle met également beaucoup de temps dans le dessin, l’art de rue, le façonnage, la sculpture, etc. Tout récemment, elle présentait une exposition à la galerie WIP de ses assemblages suspendus de Plexiglass qui mettait de l’avant la manière dont la lumière pouvait être reflétée par les corps vitreux. Une démarche qui représente bien sa nature autodidacte.

C’est cette propension à se lancer dans le vide qui l’a menée à son projet le plus ambitieux. Lors d’une soirée présentée en décembre dernier, en collaboration avec le centre Never Apart, les spectateurs du Club Soda ont pu danser sous d’immenses personnages suspendus qu’elle avait elle-même dessinés, découpés et assemblés. Un tour de force qui montre l’étendue de sa volonté «Il y a plein de choses qui m’excitent avec ce qu’on peut créer, admet-elle. Un moment que j’apprécie beaucoup, c’est quand les gens entrent dans une salle et voient l’installation pour la première fois. Ils sont comme surpris, excités, choqués. C’est touchant, instantanément,» développe-t-elle, contemplative.

«Ce qui me passionne, c’est occuper l’espace. C’est voir ce qu’on peut y créer, ce qu’on peut modeler, ce qu’on peut en faire ressortir. Tu vois le truc dans ta tête et peu importe la manière, il faut juste que ça se fasse. Et quand je suis là-dedans, je ne peux pas m’arrêter. Il faut que l’idée soit menée à sa fin.»

Par Alexandre Demers

Photo (couverture): Alexander Ellison

À propos du Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.

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