Par son propos, le délicat sujet du cannibalisme, Raw (Grave) a fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie. Seul endroit au Québec où sera présenté le premier (et audacieux!) long métrage de la réalisatrice Julia Ducournau, le Centre Phi affiche complet.

Raw, ou Grave en français, raconte l’histoire du passage à l’âge adulte de Justine, une adolescente surdouée qui entame des études en médecine vétérinaire. Végétarienne convaincue, elle se découvrira peu à peu un goût pour la chair, sur fond d’initiation scolaire plutôt féroce. Le Centre Phi a profité de la projection de ce film de genre français pour rencontrer l’acteur Laurent Lucas, qui interprète le père de la protagoniste. L’occasion d’en savoir plus sur le tournage et sur le comédien, qui sera d'ailleurs présent lors de la projection.

Vous meniez une belle carrière en France, que vous entretenez toujours, pourquoi avoir choisi de vous établir au Québec?
C'est un film qui m’a emmené ici, le premier film de Bertrand Bonello: Quelque chose d’organique. J’ai passé deux mois au Québec pour le tournage, et ça m’a plu. J’ai rencontré une Québécoise qui est rentrée avec moi en France. On a eu des enfants là-bas. Ensuite, on y revenait souvent en vacances, et j’aimais de plus en plus le Québec. On a donc décidé de s’y installer avec la famille.

Aviez-vous étudié les opportunités de carrière?
Au début, ce n’était pas forcément pour travailler ici. Je continuais à faire des allers-retours en France, comme je le fais encore maintenant. Mais j’ai été juré au Festival du nouveau cinéma, des réalisateurs ont ainsi appris que je vivais ici et j’ai ensuite commencé à recevoir des propositions. Mais, au départ, l’idée de vivre au Québec et de travailler en France m’allait.

Vous travaillez au théâtre, à la télé et au cinéma, et vous vous frottez à toutes sortes de styles. Est-ce que Grave est votre premier film de genre?
Non, parce que j’ai fait aussi, si on peut appeler ça des films de genre, Calvaire et Alléluia, qui sont deux films de Fabrice Du Welz, un Belge. Ce ne sont pas tout à fait des films d’horreur, mais des films d’auteur qui tirent vers l'horreur. Comme celui de Julia, quoi. Julia les a vus et elle a eu envie que je participe à Grave.

Et pour quelle raison avez-vous été attiré par ce projet?
La seule raison pour laquelle je suis partant pour un projet, c'est parce que j’aime le scénario. C'est mon seul critère. Pourquoi j’ai aimé ce scénario? Quand j’ai lu Grave, le premier truc que j’ai ressenti c'est la liberté. Une réalisatrice qui met en scène des comédiennes aussi librement, je ne me souviens pas avoir vu ça avant. Il y a une liberté qui se dégage des scènes que seule une femme peut raconter. Il ne faut pas qu’elle perde ça, Julia. Il y a plein de scènes qui m’ont fait frissonner. Et ce n’est pas celles où il y a du sang, mais celles auxquelles on ne s’attend pas. Julia a réussi à faire un truc sensuel et dangereux.

Elle est une réalisatrice déterminée et engagée qui joue avec les codes du film d'horreur ou gore. Parlez-nous de votre expérience avec elle lors du tournage. Que pensez-vous de son approche?
Elle était très humble quand elle a commencé le tournage. C'était son premier long métrage, et elle avait une super attitude. Elle n’essayait pas de se raconter que ça allait être facile et qu’elle maîtrisait tout, mais elle savait exactement ce qu’elle voulait et elle s’était drôlement bien préparée. J’ai été pas mal impressionné quand j'ai vu le résultat final.

Julia Ducournau sourcille lorsqu'on la targue d'avoir réalisé un film de femmes. Vous êtes néanmoins entouré par la gent féminine dans ce projet, avec les actrices interprétant votre femme et vos filles, en plus d'être dirigé par une réalisatrice. Est-ce un élément auquel vous aviez songé?
Sincèrement, non. Je crois que Julia réagit comme ça parce que ce n'est pas du tout son propos. Ces deux sœurs, ç’aurait pu être deux frères... En même temps, Julia avait des choses à raconter. La façon dont elle fait jouer les comédiennes, qu’elle nous montre leurs corps… je ne pense pas que ces deux actrices auraient pu se laisser aller comme ça si ç’avait été un réalisateur. Elles étaient de connivence avec Julia afin de raconter des choses vraiment féminines. Ce film peut faire drôlement de bien à des jeunes femmes, ça peut vraiment donner de la force. Je ne pense que Julia l’ait fait pour ça, mais elle a dû en avoir conscience.

Julia a réussi à faire un truc sensuel et dangereux.

Lors de certaines projections du film, des gens se sont évanouis ou sont sortis de la salle. Avez-vous été surpris de certaines réactions de la part du public et des critiques?
On ne peut jamais savoir avant d’aller voir un film ce que le réalisateur veut remuer en nous, mais le cannibalisme fait partie des choses que certaines personnes ne peuvent pas supporter. Dans Grave, le propos est plus troublant que les images comme telles. C'est métaphorique. On voit une jeune fille qui essaie de vivre ses différences à l’intérieur d’un endroit où il y a des codes très précis qu’elle doit respecter. On la voit se débattre pour trouver sa liberté.

En terminant, quels sont vos projets?
Tout l’été, je termine le tournage de la télésérie québécoise Mémoires vives. Et puis, cet automne, je tourne un film à Bordeaux d’un réalisateur qui s’appelle Raimbault. C'est inspiré d’une affaire judiciaire qui a eu lieu en France dans les années 80. Une femme est disparue, et on a accusé son mari. Son corps n’a jamais été retrouvé. L’homme a été acquitté lors d’un premier procès, et le film raconte l’histoire du deuxième procès. Mon personnage est bipolaire, ce qui rend le rôle encore plus intéressant!

Par Elizabeth Pouliot
Crédit photo: Focus Features

Laurent Lucas sera présent à la projection du film Raw (Grave) au Centre Phi, ce vendredi 19 mai.

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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