Résultat d’une volteface obligée, le plus récent film du documentariste italien Pietro Marcello s’est matérialisé en une fable contemporaine, qui sera présentée au Centre Phi du 16 au 18 février. Cinq éléments se démarquent dans ce clair-obscur singulier.

1- Mi-documentaire mi-fiction
Il devait s’agir d’un documentaire sur le berger bienfaiteur Tommaso Cestrone, qui avait entrepris de restaurer seul le palais Carditello, un bijou historique en décrépitude. Après le décès soudain de son protagoniste, Pietro Marcello prend le pari d’adapter le scénario du film et de s’allier à des acteurs non professionnels. Un amalgame entre le documentaire et la fiction naît alors avec l’apparition de Pulcinella, personnage mythique de la commedia dell’arte, qui réalisera le souhait ultime de Tommaso Cestrone: prendre soin de son cher bufflon.

2- La pellicule périmée
Se rapprochant de l’âge d’or du cinéma, Pietro Marcello opte pour la pellicule périmée. L’image irrégulière se teinte de couleurs pastel, ce qui ajoute à toute la poésie du propos de Sarchiapone le bufflon, narrant habilement sa propre histoire.

3- La musique
Film de peu de mots, Lost and Beautiful revient à l’essentiel du septième art: l’image. La musique originale de Marco Messina et de Sacha Ricci, ponctuée par la clarinette mélancolique, se marie à une ambiance sonore organique composée des souffles du bufflon, des chants d’oiseaux et des murmures du vent.

4- Les paysages de la région de Campanie
Pulcinella et le bufflon sillonnent les paysages qui ont vu naître le réalisateur, ceux de la région méridionale située autour de la ville de Naples. Un terreau fertile mais abandonné à son sort. Chaque plan forme un véritable tableau vivant, une composition picturale: la silhouette de Tommaso Cestrone qui se découpe sur les vestiges du palais Bourbon ou le corps frêle de Sarchiapone qui rumine dans un champ laissé en friche.

5- Une fable actuelle
À travers cette allégorie d’un retour à la terre et à une relation respectueuse entre l’homme et l’animal, Pietro Marcello dépeint l’Italie contemporaine avec un certain cynisme. Car cette Italie, il l’aime et l’abhorre à la fois. Un pays pollué, délaissé au sud et mis à mal par la Camorra, la mafia napolitaine. La contemplation d’une culture rurale devient une douce révolte empreinte des convictions politiques du cinéaste.

Par Elizabeth Pouliot
Crédit photo: The Match Factory

Lost and Beautiful est présenté au Centre Phi du 16 au 18 février en version originale italienne avec sous-titre anglais.

À propos du Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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