C’est à la fois la passion et le hasard qui ont mené Mara Gourd-Mercado aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Forte de ses études en arts visuels et de son bagage professionnel en relations publiques, la Montréalaise assure depuis près de trois ans la direction générale de ce festival incontournable, qui se prépare à célébrer son 20e anniversaire.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui t’a attirée vers le milieu du documentaire?
En fait, j’ai toujours été une cinéphile. Quand j’avais 10-12 ans, ma grand-mère m’achetait un carnet de petits billets pour le Festival des films du monde et m’amenait voir plusieurs films. Mon amour pour le cinéma s’est ensuite perpétué dans mon travail, mais avant ça, j’ai essayé beaucoup de choses, notamment des études en design de mode, en design industriel et en arts visuels au baccalauréat à l’UQAM. À ce moment-là, je voulais simplement forger mon identité et mes valeurs, pas nécessairement apprendre à faire un métier.

Pendant mon cursus scolaire, j’ai été amenée à travailler en marketing et en relations publiques, puis, par un heureux concours de circonstances, je me suis retrouvée à faire les relations de presse pour du cinéma de fiction. J’ai fait beaucoup de tournées en région avec des films québécois et, de temps à autre, avec des documentaires. C’est précisément là que j’ai été attirée par cette forme d’art exceptionnelle, cet outil de création qui s’intéresse à l’humain.

Ensuite, qu’est-ce qui t’a menée à travailler aux RIDM?
Après mes années de relations de presse, j’ai bifurqué en pub à l’agence lg2. Je trouvais ça intéressant, mais après deux ans, je sentais que j’avais fait le tour. Ma vocation culturelle est revenue et, peu après, le poste de directrice des communications des RIDM s’est ouvert. J’avais déjà représenté des films dans le cadre de ce festival, donc j’ai décidé de poser ma candidature. J’ai eu le poste et, un an plus tard, celle qui m’avait embauchée, Roxane Sayegh, partait en congé de maternité. Elle a décidé de ne pas revenir l’année suivante, alors on m’a offert le poste de directrice générale.

Avec du recul, à quoi te servent tes études et tes différentes expériences professionnelles qui, au premier abord, semblent avoir peu de liens avec ton poste actuel?
Le milieu des festivals est constamment en changement, donc ça prend énormément de créativité pour être capable de survivre. Je crois que c’est quelque chose que j’ai acquis durant mes études en arts visuels, cette faculté de penser les choses autrement et d’envisager les défis d’une autre façon. Sinon, le fait d’avoir travaillé en relations publiques et d’avoir organisé des événements ici et là, c’est certain que ça m’aide pour les RIDM, car un festival, c’est surtout un gros événement. Mais au-delà de tout ça, je crois que mes années d’expérience dans le domaine du sondage ont été les plus formatrices. C’est là que j’ai appris la résilience, la coopération et les rouages du travail sous pression.

On sait que le milieu des festivals en est un de passionnés, car il implique de longues heures de travail. Quels sont les sacrifices qu’un métier de la sorte nécessite?
D’abord, je tiens à dire que, dans le milieu du festival de films, on n’a pas vraiment le privilège ni les moyens de compter nos heures. Le financement reste un très gros défi, et les budgets sont minuscules. On le fait vraiment par passion, car on sait que les films qu’on diffuse ne le seraient peut-être pas sans nous. Les sacrifices sont donc surtout d’ordre financier, mais ont aussi des échos sur le plan personnel. Dans nos gros mois de rush, il m’arrive d’être toujours très fatiguée et de rater des occasions importantes avec mes amis et ma famille. C’est un métier assez difficile.

Dernièrement, quels sont les principaux défis auxquels tu as dû faire face?
Le financement. Aux RIDM, on a 80 partenaires, ce qui veut dire 80 interlocuteurs avec qui on doit renouveler des ententes chaque année. Des fois, ce n’est vraiment pas évident… Tu en gagnes un, mais entretemps, il y en a un qui tombe! Rien n’est jamais acquis, et tout est toujours à recommencer.

Actuellement, qu’est-ce qui t’emballe le plus dans le milieu du documentaire au Québec?
Ça reste un milieu ultracréatif et très solidaire. Le manque de financement pousse notre secteur à se serrer les coudes, à trouver des solutions. Dans tout ce qui touche les nouvelles technologies, que ce soit l’interactif, le webdoc ou l’installation par exemple, les documentaristes sont des précurseurs, car ils ont une curiosité pour l’Autre. Ce sont des gens qui s’investissent parfois cinq ans sur un même sujet et, à mon sens, c’est quelque chose de fantastique.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
Sans surprise, le déclin du financement. Avant, il était possible d’envisager le métier de documentariste, mais aujourd’hui, ceux qui gagnent leur vie avec ça sont très peu et ils le font dans des conditions de survivance. En 10 ans, le salaire moyen a fondu comme neige au soleil, et c’est la même chose pour les budgets de production.

Les coupes à la culture du gouvernement Harper ont été difficiles à encaisser pour les gens œuvrant dans le secteur du documentaire. Est-ce que l'avenir est garant de bonnes choses?
Oui et non. L’ère Harper a effectivement été très difficile pour la culture en général et pour le documentaire spécifiquement, mais au moins, ce gouvernement annonçait ses couleurs, et on savait à quoi s’attendre de lui. C’était très clair qu’il n’en avait rien à cirer de la culture! Maintenant, on est devant un gouvernement qui, dans ses mots, encourage la culture et parle de financement, mais qui, au final, ne traduit pas ses dires en actions. C’est d’autant plus frustrant! Tout ça nous mène à une entente comme celle avec Netflix qui, pour la plupart d’entre nous, s’apparente à du gros n’importe quoi.

Dans une entrevue accordée à La Presse, tu dis que le documentaire «représente un outil de médiation, de conciliation, de discussion». En quoi est-ce le cas?
À mon sens, ce qui est à la base de nos plus gros problèmes de société, c’est la méconnaissance de l’Autre. Le documentaire fait du bien, il aide, il permet justement de s’ouvrir à l’Autre, de voir d’autres réalités, de mettre un visage humain sur quelque chose qu’on ne connaît pas. Qu’il prenne la forme d’un essai ou d’un documentaire formel avec des têtes parlantes, il permet de découvrir une certaine réalité que le réalisateur a choisi de montrer.

En terminant, quelle est la ligne directrice de cette 20e édition des RIDM et quels sont les incontournables de sa programmation?
On est toujours tributaires de la production de l’année, et naturellement, cette production reflète toujours les grands sujets de l’heure, ceux qui préoccupent les gens. Cette année, on a donc une programmation avec énormément de films très politisés, faits par des cinéastes qui voient la création comme un statement politique. Quelques-uns ont choisi de retourner aux racines de certains problèmes politiques afin d’en dégager des angles inédits. Je pense notamment à un film du réalisateur irakien Zaradasht Ahmed: Nowhere to Hide. Alors que les films mettant en scène des réfugiés nous les montrent souvent dans des camps, celui-ci nous montre le récit en amont, soit ce qui a mené ces gens, ces familles à devenir réfugiés.

Ensuite, notre film d’ouverture, 24 Davids, est à ne pas manquer. La réalisatrice québécoise Céline Baril adopte ici une forme très proche de l’essai, en proposant un portrait de l’humanité à travers 24 personnes qui s’appellent David. Sinon, on a Bagages de Paul Tom qui vaut le détour aussi. Le réalisateur suit des jeunes en processus de francisation au secondaire qui choisissent un cours d’art dramatique. C’est un film qui s’intéresse aux effets de notre immigration et aux espoirs de ces jeunes-là.

Par Olivier Boisvert-Magnen
Photos gracieuseté des RIDM

La 20e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) se tiendra du 9 au 19 novembre.

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