Première stagiaire de l’histoire du Piknic Électronik, Marie-Laure Saidani court maintenant les festivals d’ici et d’ailleurs à titre de programmatrice de cet événement hebdomadaire, qui ponctue l’été des Montréalais depuis 15 ans. Celle qui s’est initiée à la musique électronique en sillonnant les raves plus ou moins légaux se dit toujours aussi allumée par les expériences musicales audacieuses et inusitées. Entrevue avec cette Québécoise d’adoption, qui s’occupe également du volet programmation d’Igloofest.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui t'a attirée vers les festivals?
Quand j’étais jeune, je fréquentais beaucoup les manifestations culturelles et sportives. Je trouvais ça génial, ce moment de communion, cette période singulière où tout le monde vit la même expérience. Assez rapidement, il était clair que je voulais travailler dans ce milieu. Après, mon parcours m’a amenée à travailler plus précisément pour les festivals de musique, notamment Marsatac à Marseille et Nuits sonores à Lyon en 2006. Durant cette période, j’ai accumulé beaucoup d’expérience en travaillant pour des associations en arts multidisciplinaires et en participant à l’organisation de raves dans des squats.

Par la suite, qu’est-ce qui t'a menée vers le Piknic Électronik?
La première fois que j’y suis allée, c’était en 2004, à la deuxième édition. Je venais à Montréal faire une session d’études et, à peine deux jours après être débarquée de l'avion, j’étais déjà au Piknic. J’ai eu un coup de cœur instantané! Je trouvais ça génial que ça se passe tous les dimanches, en plein jour. Il y avait là une approche de la musique électronique très différente, qui sortait du contexte de club. Je suis ensuite retournée en France pour finir mes études, puis en 2007, j’ai eu envie de revenir à Montréal pour faire un stage. J’ai alors cherché le numéro du Piknic sur Google et j’ai téléphoné. Au bout du fil, Michel Quintal [NDLR: fondateur du festival] semblait pris de court, car il n’avait jamais eu de stagiaire et que son entreprise ne comptait que quatre employés. À force d’insister, il m’a quand même proposé de lui envoyer mon CV. Deux mois plus tard, j’étais à Montréal pour commencer l’aventure.

Quel est ton meilleur souvenir de festival en dehors de ceux pour lesquels tu as travaillé?
Mes premiers festivals électros, et tout particulièrement mes premiers raves dans des champs. C’était avant que la musique électronique ne soit complètement institutionnalisée et encadrée. Tout ça fait partie d'une époque révolue, car ces événements sont désormais appréhendés par la police. Je ne crois pas nécessairement que c’était mieux avant, mais c’est une époque qu’il ne faut pas oublier.

Aujourd’hui, vas-tu encore régulièrement à des festivals pour ton simple plaisir? Quels sont tes plus récents coups de cœur?
Oui, énormément. D’ailleurs, je reviens tout juste du Rockfest! C’est un festival que j’ai adoré, car ça se voit que les gens sont là pour la musique. Bon, c’est certain qu’ils sont là aussi pour faire la fête (rires), mais ils sont profondément attachés aux bands qu’ils viennent voir. Ça donne un événement exceptionnel. En mai, je suis allée au festival Movement à Détroit, ville réputée pour être le nid du techno. Là-bas, j’ai eu la chance de parler avec les membres du collectif Underground Resistance, des pionniers qui m’ont raconté les balbutiements de l’histoire du techno. C’était inoubliable.

Je trouvais ça génial, ce moment de communion, cette période singulière où tout le monde vit la même expérience. Assez rapidement, il était clair que je voulais travailler dans ce milieu.

On a cette impression que les acteurs du milieu des festivals sont des mélomanes indéfectibles qui ne comptent pas les heures de travail. Est-ce ton cas?
Oui, il faut absolument être passionné, car c’est cette passion-là qui transcende les choses un peu plus plates qu’on doit faire. Quand je travaille sur un tableau Excel pendant trois jours jusqu’à en être complètement épuisée, j’ai en tête les éléments plus le fun de mon travail, comme les voyages que je fais pour aller voir des shows.

Dans ton métier, quels sont les principaux défis auxquels tu dois faire face?
Dans les trois ou quatre dernières années, l’offre en termes de musique électronique a explosé à Montréal. Il ne se passait quasiment rien, et là, on a l’embarras du choix. Au Piknic, on n’a pas encore trop de problèmes avec cet accroissement de l’offre, car notre format d’événement est cool et que le headliner reste le soleil. Les gens nous font confiance pour la programmation et ils ont tendance à revenir même s’ils n’ont pas aimé un DJ lors de leur dernier passage. À Igloofest, c’est différent… car il fait -15! Le défi est de trouver des grosses têtes d’affiche, et on ne peut pas programmer quelque chose de super planant, car les gens vont geler sur place!

Au-delà des festivals, qu’est-ce qui t'emballe actuellement dans l’industrie musicale québécoise?
La diversité des artistes. Il n’y a pas beaucoup de monde ici, mais il y a tellement d’artistes différents, c’est incroyable. À Montréal précisément, tu peux voir tout ce que tu veux entre mai et septembre. C’est trop bien.

À l’inverse, que constates-tu comme principales failles?
Le manque de lieux de diffusion entièrement dédiés à la musique électronique. J’adore le Stereo, le Newspeak et le Salon Daomé notamment, mais ça prendrait d’autres endroits où l’on a envie d’aller! (rires) Pour pallier ce manque, il y avait plein de partys illégaux à Montréal dans la dernière année et demie, mais maintenant tout le monde est pris dans un cadre légal beaucoup plus contraignant, et c’est la galère pour trouver des nouveaux lieux qui sonnent bien. Les contraintes à respecter pour les proprios sont nombreuses.

En terminant, quels sont les incontournables de la programmation 2017 du Piknic Électronik?
On a eu un début de saison vraiment cool avec Tiga et Jacques Greene sous la pluie. C’est le genre de Piknic mythique dont les spectateurs vont se souvenir longtemps. Sinon, l’un de mes gros coups de cœur à venir, c’est Motor City Drum Ensemble, qui jouera pour la première fois à Montréal le 30 juillet. Il a des milliers de disques chez lui et ne propose jamais le même DJ set. Ensuite, Seth Troxler, le 27 août, est très attendu. C’est un DJ de Détroit très divertissant et hyper talentueux. Finalement, Nicole Moudaber, une reine du techno, le 4 septembre. Ce sera sa première fois au Piknic.

Par Olivier Boisvert-Magnen
Crédit photo: Ashutosh Gupta (Piknic Électronik)

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