Le réalisateur français des deux parodies déjantées de films d'espionnage OSS 117 et de l’audacieux et oscarisé The Artist est un des invités d’honneur de la 23e édition de CINEMANIA. En plus d'une rétrospective  de ses films les plus marquants à la Cinémathèque québécoise, Michel Hazanavicius présente son tout dernier film, Le Redoutable, en compétition officielle. Entre drame sentimental et satire ludique d'un homme et d'une époque, Le Redoutable est librement adapté du roman d'Anne Wiazemsky, ex-femme de Jean-Luc Godard, qui raconte la rupture de leur couple sur fond des évènements de mai 68 en France.

On pourrait presque croire que la sortie de votre film n’a pas été programmée par hasard tant il fait écho à notre époque agitée et chaotique. Le Redoutable est-il un film 
politique?
Oui, bien sûr que c’est un film politique. Tout est politique. Même OSS 117 était politique, tout comme The Search; The Artist moins. Mon film fait en effet peut-être écho à des mouvements de pensée actuels, mais là s’arrête la comparaison selon moi. Autant j’adhère beaucoup au mouvement que représente mai 68, autant je désavoue les personnes qui – comme Godard dans le film – prônent de manière sérieuse leurs idées et considèrent leurs vérités comme absolues. Aujourd’hui, et c’est ce que je trouve inquiétant, c’est une radicalisation de la pensée qui s’étend, autant chez les intellectuels que chez de plus en plus de groupes de personnes qui imposent leur vision. On est soit pour, soit contre; on ne peut plus être entre les deux. La discussion se perd, les monologues s’installent. La vie n'entre plus dans cette lecture du monde.

Le Redoutable, plutôt que d’être une métaphore pour parler de Jean-Luc Godard, n’est-il pas une métaphore pour parler d’un homme qui, tel un sous-marin qui disparaît dans les profondeurs, s’enfonce petit à petit dans un monologue intérieur?
Oui, vous avez raison. Mais vous savez, la beauté du cinéma, c’est que chacun raconte son histoire et interprète les images qu’on lui livre selon son imaginaire et son vécu. Pour ma part, j’aimais le titre Le Redoutable. Je trouvais que ça lui collait bien. Ça donne une connotation héroïque, parce que Godard est quand même un peu héroïque. Et puis il y a ce clin d’œil à Belmondo que j’aime bien, dans par exemple Le Marginal, Le Magnifique, Le Solitaire.

Dans vos films OSS 117, The Artist et maintenant, Le Redoutable, le personnage principal est un homme, et il y a toujours dans son entourage une femme qui est attirée par lui. Y a-t-il un message?
Livrer des messages, ce n’est pas mon but en faisant des films. Mais c’est vrai que ce sont des hommes qui paraissent fort à priori, qui se révèlent finalement plus ou moins fragiles. Et le gros bon sens est toujours du côté des femmes. C’est un peu paradoxal quand on y pense car les meilleurs rôles sont principalement masculins.

En parlant de femmes, il y a plusieurs scènes de nudité dans le film, dont un long travelling sur le corps d’Anne (la superbe Stacy Smith). Pourquoi ce choix?
La nudité, vous n’en voyez pas dans mes films, ni de scènes de sexe torride d’ailleurs. Je n’aime pas ça. En revanche, pour Le Redoutable, je trouvais que cela cadrait véritablement avec cette époque de la révolution et de la liberté sexuelles. Le corps d’une jeune femme filmé comme un objet pop, c’est très pop et je l’assume entièrement. Le travelling, c’est un clin d’œil à l’esthétique de Godard. Et puis il y a quand même un équilibre avec la mise à nu de deux corps masculins, dont celui de Godard (Louis Garrel) de face de la tête au pied, un plan plutôt rare au cinéma. Il y a en revanche un objet lié à l’intimité qui revient dans plusieurs plans: le lit. Lieu de tendresse, de discussion, de réconciliation au début, il porte la progression dramatique des relations entre Godard et sa femme jusqu’à la rupture.

Finalement, vous avez humanisé Godard, même si celui-ci n’est pas le personnage principal de votre film.
C’est tout à fait vrai, je l’ai humanisé. Il y a le vrai Godard et il y a le Godard plus attachant avec sa femme Anne. Mais la finalité n’est pas Godard. En fait, j’ai fait un film sur Jean-Luc, tout simplement. C’est le récit d’un homme en crise dans un pays en crise, raconté au travers d’une histoire d’amour. Évidemment, ce sont aussi des métaphores sur lui et l’icône qu’il représente, mais l’histoire qui est racontée est indissociable du contexte. Mai 68 est un personnage important dans le dispositif, et on voit que Godard est en décalage avec ce personnage car il ne pense pas pareil. Ce décalage grandissant provoque des conflits de plus en plus fréquents dans son couple et avec son entourage.

Avez-vous un nouveau projet de film en tête ou en cours de production?
On m'a envoyé un scénario brillant, une comédie familiale extrêmement bien écrite. À priori, ce sera mon prochain film.

Allez-vous y inclure, comme toujours, votre épouse, l'actrice Bérénice Bejo, qui était par ailleurs excellente dans Le Redoutable?
Je l'espère bien! C’est vrai que dans Le Redoutable, elle sauve en quelque sorte l’humanité, car elle joue le rôle d’une femme moderne avec charme et force à la fois. Sinon, vous imaginez? L’image de la femme aurait été réduite à celle d’une Anne en admiration béate devant son mari.

Le 4 novembre, vous participez au Centre Phi à une discussion qui sera animée par le réalisateur français Patrick Fabre, présentateur officiel de la montée des marches des festivals de Cannes et d'Angoulême ainsi que directeur artistique du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz. Qu’est-ce que vous souhaiteriez que les gens retiennent au sortir de la conférence?
Je donne souvent des conférences et tout dépend vraiment du public. Je ne me limite pas à un seul discours. Par exemple, quand je me rends dans une école de cinéma, je sais à quoi m’attendre car les étudiants veulent connaître les rouages du métier. Lors de la discussion au Centre Phi, je ne voudrais pas que Patrick et moi imposions des choses que le public n’est pas venu chercher.

Par Lydie Coupé

La 23e édition du festival de films francophones CINEMANIA se tient jusqu'au 12 novembre.

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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