Qui est donc Patrick Fabre? Pour ceux et celles pour qui ce nom est inconnu, sachez que Patrick Fabre est réalisateur, directeur d’un festival de cinéma, présentateur de deux autres, et qu’il a été chroniqueur cinéma pendant de nombreuses années dans des magazines de prestige, à la radio et à la télévision en France.

Plus précisément, Patrick Fabre est, depuis 2004, la voix de la montée des marches du Festival de Cannes, le présentateur du Festival du film francophone d'Angoulême depuis 2008, et le directeur artistique du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz depuis 2014. Il est également réalisateur de documentaires, de courts métrages et de longs métrages. Patrick Fabre prépare actuellement un documentaire sur le César du meilleur espoir, dont la diffusion est prévue sur Canal+ en février 2018, et travaille également à l'écriture de son premier long métrage, Toi le garçon. Il y a des personnes qui, à leur entrée dans une pièce, semblent tout de suite sympathiques. Patrick Fabre en fait partie.

À quand remonte votre lien avec le cinéma? Êtes-vous tombé dans la marmite de la potion magique tout petit?
Pas vraiment. J’ai fait des études de droit, figurez-vous! Mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. Ce changement de cap est assez commun; je pense par exemple au réalisateur Olivier Marchal qui, lui, est un ancien policier. Comme quoi, tous les chemins peuvent mener au cinéma! À un moment, je me suis tourné vers le journalisme, d’abord en presse écrite, et là, je suis tombé véritablement dans la marmite de potion magique du cinéma. C’était la belle époque, où l’exclusivité et le prestige incarnaient les revues mensuelles pour lesquelles on était fiers de travailler. Quand je pense à mes jeunes confrères aujourd’hui, le rendu n’est plus le même. Régime de mots, manque de temps, et réseaux sociaux ont pas mal annihilé la notion d’exclusivité.

Pour une treizième année, vous avez été la voix de la montée des marches du Festival de Cannes. Qu’est-ce qui vous plaît tant dans votre travail pour être encore là après treize années?
En tant que fervent admirateur du septième art, imaginez la chance que j’ai chaque année! Je suis aux premières loges, avec un grand orchestre à mes pieds! C’est Thierry Frémaux, délégué général du Festival, qui m’a proposé le poste. Mon travail est clair: je suis «l’aboyeur» des marches, chargé au micro de commenter les arrivées, y compris de célébrités qui débarquent à l'improviste ou qui décident de n’en faire qu’à leur tête. La montée des marches est comme un ballet hyper-glamour. Je vis chaque année des instants incroyables que beaucoup m’envieraient. J’étais à deux pas de Bono lors du concert express de U2 en haut des marches en 2007. Plus récemment, la montée des marches de Julia Roberts, pieds nus, fut un moment magique. J’en ai tellement d’autres gravés en mémoire. J’espère qu’on va renouveler mon contrat en 2018 (petit sourire en coin).

Votre connaissance profonde du cinéma français et de ses artisans ne fait aucun doute. Avez-vous l’occasion d’avoir accès à des productions d’autres pays? Connaissez-vous le cinéma québécois?
Malheureusement, en France, on n’a pas suffisamment accès au cinéma d’autres pays, et je trouve cela bien dommage. Les distributeurs français sont trop frileux. De fait, le cinéma québécois non plus n’est pas assez représenté à mon avis, alors qu’il y a des films formidables qui sont réalisés chez vous. J’en ai vu très peu, hélas, mais ceux que j’ai vus m’ont marqué par leur originalité et leur qualité de scénarisation. Par exemple, j’ai adoré le film La passion d’Augustine. Quelle actrice (Céline Bonnier)! J’ai beaucoup aimé aussi Les mauvaises herbes; j’ai été soufflé par ce scénario autour de deux personnes insolites, rejointes par un troisième personnage tout aussi insolite. Simple, mais percutant. Xavier Dolan est un réalisateur génial. Suzanne Clément est une actrice formidable que j’adore, elle tourne d’ailleurs pas mal en France, un véritable cadeau pour nous.

Vous êtes réalisateur de documentaires, de courts métrages et de films dont certains ont été primés comme votre deuxième court métrage, Rue des Roses, sélectionné dans une vingtaine de festivals dans le monde en 2012. Vous travaillez actuellement à l'écriture de votre premier long métrage, Toi le garçon. Pouvez-vous nous donner quelques infos sur ce dernier projet? Réaliser un long métrage, est-ce l’étape ultime pour vous?
Un long métrage, c’est certes un peu plus... long, mais comme je n’ai pas vraiment de date de diffusion en tête, j’y travaille, je le mets en mode pause, j’y reviens, tout ça entre deux engagements professionnels. Ça fait trois ans que ça dure… Ce qui est plus long et compliqué, c’est la recherche de financement notamment. Toi le garçon est l’histoire d’un homme marié à une femme, qui est homosexuel et dont la vie va se compliquer lorsqu’il va tomber amoureux d’un homme. Il y a une part autobiographique du réalisateur dans ce film, comme il y en a toujours plus ou moins dans tous les films.

Depuis 2014, vous êtes le directeur artistique du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz. Pouvez-vous nous parler de ce festival?
Il me tient particulièrement à cœur car ses principaux objectifs sont de révéler les nouveaux réalisateurs à travers une sélection d'une vingtaine de premières ou deuxièmes œuvres, et de favoriser les rencontres entre les différents métiers du cinéma et le public. On fait de superbes découvertes, et je peux déjà vous dire que la relève est assurée! Je pense notamment à un jeune réalisateur de génie découvert cette année, à qui je prédis une carrière exceptionnelle. Un peu à la Xavier Dolan, cependant dans un registre complètement différent.

Connaissiez-vous le festival CINEMANIA?
En toute honnêteté, pas assez, considérant sa programmation assez pointue et sa position devenue incontournable dans le milieu des festivals de cinéma. En fait, c'est Guilhem (Caillard, directeur général de CINEMANIA) que j'ai croisé à Angoulême et qui m'a proposé de faire partie de la liste des invités de la 23e édition [NDLR: Patrick Fabre a notamment animé une conversation avec Michel Hazanavicus au Centre Phi]. J'ai reçu cette invitation avec honneur et enthousiasme, et j'ai dit oui sans hésiter. Outre une passion cinéphile que je partage avec Guilhem, son équipe et le public montréalais, c’est aussi une occasion pour moi de revenir à Montréal, où je n’avais transité que 24 heures lors de ma visite au Festival du film de l’Outaouais il y a quelques années.

Par Lydie Coupé
Photos: Gracieuseté de CINEMANIA (couverture) + Martine Lavoie

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.

Ne manquez jamais un article! Abonnez-vous à notre blogue:

M’ABONNER
> À lire également...

Vous aimez l'art et la culture?

Tenez-vous informé avec notre infolettre.