word.camera, par Ross Goodwin

L’équipe de DHC/ART Éducation a collaboré avec le Centre Phi pour une série d’articles inspirée par l’exposition Sensory Stories: donner corps au récit à l’ère numérique, dont voici le premier texte.

A one, a people, and an adult of the days.
The shadows on the perfume are moving away.
An art, a portrait, and a two-hundred-year-old day with the rest of us, and those who expect to prove that the world is superficial and the shop is the sense of the story that has no trouble at all, and the past is the center of the past two months, the gu...
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Poème inspiré de Autoportrait en noyé d’Hippolyte Bayard et généré par l’application word.camera

Autoportrait en noyé, par Hippolyte Bayard, 1840

En analysant la production contemporaine d’images, plusieurs auteurs ont relevé un narcissisme qui serait inhérent à nos sociétés contemporaines, dont la preuve la plus probante serait l’ubiquité de l’égoportrait, ou selfie, sur les albums des appareils de tout un chacun. L’arrivée des caméras frontales sur plusieurs modèles de téléphones intelligents il y a quelques années aurait eu pour effet d’exacerber une tendance déjà présente pour l’autoabsorption du photographe par son image; l’égoportrait, pour reprendre les propos de Jennifer Allen, serait ainsi une «nécessité de la société du spectacle», qui a travaillé à «normaliser le narcissisme» dans la culture actuelle. Les musées et autres lieux d’expositions sont au cœur de cette obsession: alors que certains conçoivent des espaces selfie-friendly pour attirer de nouvelles clientèles, d’autres sites s’amusent à répertorier les égoportraits et autres face swaps produits dans les lieux d’exposition.

Pourtant, le caractère proprement narcissique de l’image n'est pas l'apanage du selfie, voire des images produites au 21e siècle. En considérant l’histoire de la photographie à rebours et en l’associant à certaines des œuvres que l’on peut voir dans l'exposition Sensory Stories: donner corps au récit à l’ère numérique, telles que Can’t Get Enough of Myself et word.camera, on constate que le narcissisme a toujours fait partie du jeu de l’image. Nous n’avons qu’à prendre exemple sur certains des premiers photographes qui se prêtaient volontiers au jeu de l’autoportrait. L’image d’Hippolyte Bayard (en début de texte) fait état de ces liens inextricables entre photographie et narcissisme. Bayard avait découvert, autour de 1839, une méthode photographique sur papier en positif direct. Se sentant floué par l’Académie des sciences qui décida plutôt d’attribuer l’invention de la photographie à ses compétiteurs Louis Daguerre et Nicéphore Niépce, Bayard choisit de se mettre en scène en tant que noyé pour dénoncer la décision du gouvernement français. Dans cette photographie, il démontre à quel point l’invention de la photographie brouille les frontières de la représentation, alors qu’une personne peut être simultanément opérateur de l’appareil photo et modèle, sujet et objet. La photographie allait devenir un lieu de projections personnelles et d’exercices narcissiques.

Crédit photo: Martine Lavoie

Productions culturelles contemporaines
Alors qu’obtenir une image comme celle de Bayard était une tâche ardue en 1840, l’omniprésence des dispositifs de production d’images permet actuellement aux créateurs contemporains d’exposer le narcissisme inhérent à notre société de plusieurs manières. C’est le cas de Can’t Get Enough of Myself, vidéo interactive de Santigold qui, pour peu que l’on active la caméra placée devant nous alors qu’on le consulte, fait se refléter notre image sur de nombreuses surfaces: affiches publicitaires, écrans de télévision, cellulaires, photomatons, mais aussi étiquette de bouteille de whiskey, verre d’eau, café. L’exercice nous fait constater à quel point on se regarde dans la ville, l’espace urbain devenant un dédale de réflecteurs devant lequel nous sommes appelés à nous présenter, à se représenter: fenêtres, vitrines, miroirs d’eau et mises en scène photographiques sont autant de façons de se situer dans la ville.

Alors que Can’t Get Enough of Myself nous force à confronter notre reflet, le projet word.camera propose lui aussi une expérience quelque peu narcissique: faire littéralement se générer un poème inspirer par notre image, alors que des algorithmes s’activent à détecter le contenu de cette image et à l’associer à du contenu textuel, comme une machine à qui l’on aurait appris à nous déclamer un poème romantique.

L’utilisation des algorithmes dans word.camera rappelle également l’usage qu’ont fait les artistes de la photographie dès le 19e siècle. Dans un article récent, Ross Goodwin, l’inventeur de l’application, dit s’être intéressé aux algorithmes alors qu’il cherchait à établir une méthode d’écriture systématique qui allait améliorer sa productivité au travail. Ce n’est qu’après avoir inventé cette méthode qu'il a souhaité explorer le potentiel poétique de son dispositif. Similairement, la photographie avait été d’abord inventée pour être mise au travail; pour documenter, répertorier, classifier, indexer ou archiver. Rapidement, des artistes se sont approprié la photographie, d’abord comme un outil préparatoire à une œuvre d’art, puis comme un médium en soi, qu’il était possible d’explorer selon des conditions particulières.

L'œuvre word.camera, tout comme Can’t Get Enough of Myself, nous permettent de constater à quel point la création contemporaine, si elle s’intéresse aux conditions actuelles de l’image, est tout autant nourrie par des débats et des concepts issus des siècles précédents. Les questionnements engendrés par la photographie et le narcissisme dès le 19e siècle se répercutent ainsi dans les productions culturelles contemporaines.

Article rédigé par Daniel Fiset (DHC/ART Éducation)

Les oeuvres word.camera et Can’t Get Enough of Myself font partie de l'exposition Sensory Stories: donner corps au récit à l’ère numériqueprésentée au Centre Phi jusqu’au 21 août.

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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