Sur son deuxième album, Pierre Kwenders se fait plus personnel que jamais. Grâce au talent indéniable du compositeur et réalisateur Tendai Baba Maraire, moitié du visionnaire duo rap américain Shabazz Palaces, le Montréalais né à Kinshasa puise dans les racines de la rumba congolaise et en propose une mixture inédite, empreinte d’électro, de funk, de jazz et de hip-hop. Tour d’horizon de chacune des chansons de MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time.

Bittersweet Mornings (avec Fly Guy Dai)
«C’est la rencontre douce-amère entre deux personnes. Ce soir-là, un gars ou une fille te fait rêver et tu passes la meilleure nuit que t’as jamais eue. Malheureusement, le lendemain, tu te réveilles et… il n’y a plus personne! Ça te laisse un goût amer, l’impression que la relation disparaît. Quand j’ai écrit ce texte, j’imaginais le sujet amené de l’album. Ça me permettait aussi de faire un clin d’œil à Papa Wemba, grand chanteur de rumba congolaise décédé il y a un an. Dans le refrain, je lui rends hommage en disant "tu as emporté mon cœur, tu m’as volé mon cœur".»

Woods of Solitude
«C’est la première chanson que j’ai enregistrée avec Tendai lors de mon premier passage à Seattle en mai 2015. C’est aussi la chanson la plus personnelle de l’album, car elle parle d’acceptation de soi, de cette volonté de vivre sa vie comme on le pense, sans se faire imposer un chemin tout tracé par quelqu’un d’autre. Il y a eu plusieurs versions de la chanson: au départ, c’était juste le beat et la basse de Tendai et, par la suite, on a ajouté la couleur rumba avec la guitare. À la toute fin, juste avant de mixer l’album, Tendai m’a proposé d’ajouter un solo de guitare électrique à travers tout ça. Je trouvais ça fucké comme idée, mais c’était mon genre! En fin de compte, ça a donné ma chanson préférée de l’album. Elle me fait vibrer.»

La La Love (avec Kae Sun et Tanyaradzwa)
«C’est un hymne à l’amour, comme dans les vieux films romantiques des années 50. Quand Tendai m’a envoyé le beat, je venais de rencontrer une fille et je n’étais pas sûr si elle était down avec moi ou non. Finalement, il s’est avéré qu’on n’était pas vraiment sur la même longueur d’onde (rires), mais ça m’a quand même inspiré la chanson. Je l’ai écrite en m’imaginant la trame sonore d’une scène de cinéma durant laquelle deux amoureux se donnent la main et commencent à tourner. Bref, c’est de la romance pure!»

Makanda (avec Palaceer Lazaro et SassyBlack)
«Makanda veut dire "force" en tshiluba, une langue bantoue parlée au Congo. Je considère cette chanson comme une force tranquille, qui envoie le message de vivre ses rêves et de ne jamais les lâcher. Ce qui est drôle, c’est que le contexte d’enregistrement représente bien le message de la chanson. J’avais dit à Tendai que, sur cette pièce, je voulais absolument avoir Palaceer Lazaro, l’autre membre de Shabazz Palaces qui est l’une de mes idoles. On a enclenché le processus et, finalement, c’est lors de mon dernier voyage à Seattle qu’il est venu enregistrer sa partie. Comme quoi il ne faut jamais abandonner ses rêves les plus fous! Je peux maintenant mourir en paix.»

Rendezvous
«Sans surprise, j’étais en amour quand j’ai écrit ça. (rires) J’avais en tête l’idée d’emmener mon amoureuse à Paris, ville la plus romantique au monde, afin de passer la plus belle soirée de tous les temps. Après ça, on aurait fait un détour par Montréal et Kinshasa, et la soirée aurait continué comme ça, sans jamais s’arrêter. Je crois que c’est la chanson la plus rumba de tout l’album. Je pourrais la jouer dans une fête congolaise, et tout le monde danserait.»

Sexus Plexus Nexus
«L’idée de ce titre remonte à loin. Un couple d’amis à moi venait tout juste d’avoir un enfant, et ils avaient choisi de la nommer Mara, en hommage à la femme de Henry Miller, auteur qui a écrit la trilogie des livres Sexus, Plexus et Nexus. En revenant chez moi, j’ai cherché des informations sur l’auteur et je l’ai trouvé vraiment génial. J’ai alors inscrit le nom de ses livres dans un document Word, comme je le fais dès que j’ai une inspiration pour un titre de chanson. Plus tard, j’ai eu une relation très passionnelle avec une fille, une vraie lune de miel où tout était parfait. Pour la première fois, j’avais envie d’écrire une chanson de sexe! En cherchant le refrain, j’ai rouvert mon document de titres, et Sexus Plexus Nexus m’est apparu comme une révélation.»

Welele
«Le côté plus funky de cette pièce est une référence au sebene, un instrument caractéristique de la rumba congolaise qui donne une rythmique très dansante. J’étais en studio quand Tendai a travaillé sur la musique, et dès qu’il me l’a fait entendre, j’ai replongé dans mes souvenirs d’enfance. Ça me rappelait mes partys de famille où l’on dansait sur de la musique traditionnelle en chantant des chansons à répondre. Welele, c’est un appel aux pères, aux mères, aux petits, aux grands, aux oncles, aux tantes… à tous ceux qui font partie de la fête.»

Zonga (avec Tanyaradzwa)
«C’est la ballade de l’album. Je me mets dans la peau d’un gars qui aime une fille depuis l’adolescence. Ils ont étudié ensemble, leurs familles se connaissent… Bref, le gars est persuadé qu’il va passer sa vie avec elle! Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas et il implore la fille de lui revenir. Il y a évidemment beaucoup de fiction là-dedans! (rires) Quand j’ai enregistré ça, il était 3h30 du matin, et je devais partir à 4h afin de prendre mon avion pour Montréal. L’enregistrement s’est déroulé de façon magnifique et, en revenant, j’ai eu l’idée d’intégrer une voix féminine à la chanson. Tanyaradzwa est issue du milieu de l’opéra, sa voix divine était parfaite pour l’occasion.»

Tuba Tuba
«C’est mon disstrack de l’album! (rires) En fait, c’est ma façon de dire "vivre et laisser vivre" aux gens qui racontent des ragots sur moi. Ils vont assurément se reconnaître… On peut traduire le titre par "trop parler" ou "blablabla", ce qui veut dire poliment que je veux qu’ils ferment leur gueule! C’est une chanson faite sur mesure pour danser. Après le moment plus tranquille de l’album, je voulais revenir en force pour la fin.»

Tzavarakadenga
«Celle-là, elle est weird… Tout comme Woods of Solitude, elle fait partie des premières chansons que j’ai enregistrées, et on peut y entendre la même touche un peu déstabilisante. En shona, une langue bantoue parlée au Zimbabwe, tzavarakadenga veut dire "beauté divine". À travers la chanson, je rends hommage aux femmes de Kinshasa, à toutes celles qui font vibrer la ville.»

WTFU
«WTFU, c’est l’acronyme de Wake The Fuck Up. Ça se veut une chanson motivatrice, la situation du Congo n’est pas toujours agréable... Ce que je dis, c’est que si tu n’agis pas toi-même sur ton propre sort, il n’y a rien qui va se faire. Je dis aux gens qu’ils sont des enfants de roi et qu’ils n’ont pas à avoir peur de se prendre en main. C’était important pour moi de terminer l’album avec un message comme ça.»

Par Olivier Boisvert-Magnen
Crédit photo: Neil Mota

MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time sera disponible le 8 septembre.
Le lancement de l'album aura lieu le 13 septembre au Centre Phi.

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