Nous avons rencontré Gabrielle Laïla Tittley, alias Pony, dans son appartement-studio du Vieux-Montréal alors qu’elle travaillait sur sa toute première installation artistique, qui sera dévoilée au Centre Phi lors de La Nuit Tribe. Elle nous a parlé de son cheminement personnel et artistique, des blessures du passé, du besoin viscéral de créer et du purgatoire des oursons en peluche. Entretien avec une jeune créatrice lumineuse pour qui l’art est comme un gros échange de cadeaux. 

Peux-tu nous parler de ton installation?
Avec plaisir! No Role Models (d’après une chanson de J. Cole) est une installation qui occupe toute une pièce: de l’art sur les murs et, au centre, une montagne qui servira de scène. C’est un peu difficile à expliquer, il faut venir la voir! (rires) Le concept tourne autour de l’imagerie, des symboles de l’enfance, comme les toutous et les jouets, et des repères culturels, comme les personnages fictifs, auxquels j’étais censée m’identifier sans vraiment y parvenir. Dans le contexte de l’installation, ils sont confrontés à des situations d’adultes un peu trash. En confrontant ces role models à des situations qui se situent bien au-delà de leur âge, je voulais illustrer l’idée qu’on se fait de la vie adulte, quand on est petit, ainsi que notre réticence à accepter tous les changements qu’elle entraîne.

Quelle est l’histoire derrière cette idée?
L’idée m’est venue après avoir constaté le fait que plus je vieillis, plus je me sens comme une enfant. C’est comme si j’avais vécu ma vie à l’envers et que j’étais maintenant prête à me créer une enfance. Je ne me suis jamais vraiment sentie enfant. Je crois que j’ai vu trop de choses, trop jeune, et vécu des situations qui m’ont forcée à vieillir trop vite. Ces dernières années, j’ai énormément travaillé sur moi-même et j’ai surmonté beaucoup d’épreuves. Aujourd’hui, j’ai envie d’expérimenter, ou du moins d’explorer, la légèreté de l’enfance, de pouvoir la vivre, enfin. J’ai envie de croire qu’on peut vivre son enfance à n’importe quel moment de sa vie.

C’est en quelque sorte une seconde chance de vivre dans un certain état d’innocence…
Oui, il y a une recherche d’innocence. À force de travailler sur moi-même et de revisiter mon enfance avec des yeux adultes, je commence à ressentir cet état pour la première fois de ma vie. J’ai envie de réinterpréter tout ça, de m’offrir une sorte de naïveté et d’explorer tout le processus du passage de l’enfance à l’âge adulte, et toute la confusion qu’on ressent… Je me suis aussi intéressée à la distorsion qui se produit forcément quand on observe tous ces symboles de la nostalgie à travers des yeux d’adulte.

C’est ta première installation artistique. As-tu rencontré des défis particuliers?
Je carbure vraiment aux nouveaux défis! Je me mets beaucoup de pression – positive! – pour constamment évoluer, en tant qu’artiste et en tant qu’être humain. J’essaie de m’améliorer sans cesse, d’apprendre, de repousser mes limites, et surtout, de surmonter ma peur de l’échec, parce que, par-dessus tout, j’ai peur de stagner et de tourner en rond. Alors, oui, ce projet a présenté quelques défis, mais c’est vraiment plus motivant et emballant que désagréable!

Pour ce projet, tu as collaboré avec plusieurs personnes, n’est-ce pas?
Oui! J’ai fait fabriquer des toutous et des espèces de gros nuages suspendus par Geneviève Parent, une couturière ultra talentueuse. Les gens de LNDMRK, une agence de production artistique, m’ont énormément aidée, ainsi que l’équipe du Centre Phi. La montagne, au centre de l’installation, va devenir la scène pour la soirée de clôture du 9 mars. Il va y avoir une performance de Joe Rocca du groupe Dead Obies, pour présenter la collection de vêtements que j’ai créée en collaboration avec lui, il y aura également d’autres invités, dont Husser, VNCE et Naadei.

Quelles sont tes plus importantes raisons pour créer?
Je crée en grande partie pour ma santé mentale. Je pense que j’ai été vraiment triste, pendant vraiment longtemps, jusqu’à ce que, vers 15 ou 16 ans, je trouve une façon d’extérioriser ce que je ressentais à travers l’art. Je suis du genre à tout suranalyser, alors mon besoin d’extérioriser est super grand. Avec le temps, j’ai réalisé que si je passe une ou deux semaines sans mener une idée à terme ou créer quelque chose, je deviens vraiment déprimée. Je crée donc principalement pour ça, pour me «vider» au fur et à mesure! (rires) Depuis qu’il y a un public pour ce que je fais, je suis devenue un peu accro à le voir sourire et porter mes créations. Je tiens aussi à redonner ce que je prends.

Qu’est-ce que tu entends par là?
Je dirais que c’est un besoin de donner au suivant. Par exemple, je ne pourrais pas vivre sans musique! Je m’en nourris, ça me sauve la vie au quotidien. C’est de l’art, c’est quelqu’un qui a créé ça, qui a transformé ce qu’il avait en dedans en quelque chose de tangible et qui, indirectement, me l’a offert. Et c’est vraiment le plus beau des cadeaux! J’ai envie, moi aussi, de faire partie de ce système d’offrandes qui nous fait nous sentir moins seul, qui nous fait nous sentir compris.

Comme je suis dans un éternel questionnement existentiel, je reconnais l’importance des formes d’art qui m’apportent un sentiment de validation, auxquelles je peux m’identifier, et qui me font me sentir normale. Normale et OK. Ensuite, même si l’inspiration ne vient pas toujours des sentiments les plus agréables, je tiens à créer des trucs empowering, positifs. J’ai envie de faire des rappels visuels de trucs qui donnent espoir, et qui apportent un peu d’humour dans des situations qui en manquent.

Tu parviens à diffuser plusieurs de tes créations par l’entremise de ton site Web. De quelle façon Internet a-t-il transformé ton métier?
J’ai commencé dans le milieu en faisant des flyers, des affiches de spectacles, des pochettes de disque, ce genre de choses. Je dois donc surtout ma carrière à mes amis musiciens et au bouche-à-oreille. Mais Internet m’a permis de rejoindre un plus grand public. Mon site Web était un blogue au départ et, aujourd’hui, il m’aide à gagner ma vie. Il n’y a pas que des bons côtés, mais Internet a permis aux gens d’avoir un accès infini à la culture. Les jeunes sont en contact avec tellement d’art, de musique… Pour ça, c’est positif!

Si tu pouvais retourner dans le passé, ferais-tu des choix différents?
Je suis fan des erreurs. Elles nous transforment souvent en une personne meilleure. Nos gaffes font de nous qui on est. Par contre, s’il y a quelque chose que je regrette, c’est d’avoir passé presque 10 ans enfermée dans la prison des troubles alimentaires, dans l’autodestruction. C’est énormément de temps gaspillé que je ne retrouverai jamais.

Si tu pouvais collaborer avec la personne de ton choix, qui choisirais-tu?
Ça serait vraiment significatif pour moi de travailler avec Kanye West parce que j’aime sa DA, ses idées. Ce serait un rêve de collaborer avec lui, de créer des visuels pour lui. Sinon, j’adorerais peindre un t-shirt pour Jay Z! J’aimerais aussi travailler avec Frank Ocean, Childish Gambino ou J. Cole, mes préférés du moment.

Quels sont tes projets?
Je travaille sur beaucoup de choses stimulantes. Il y a pas mal de collaborations pour de la vidéo, des projets photo, de la direction artistique Je cherche toujours de nouvelles façons d’exprimer mes idées!

Par Gabrielle Lisa Collard
Crédit photo: Sandra Larochelle

L’installation No Role Models sera dévoilée lors de La Nuit Tribe, puis présentée jusqu’au 9 mars.

À propos de Romeo’s gin

Romeo’s gin, imaginé à Montréal. Un gin célébrant la créativité. Une eau-de-vie conçue pour les nonconformistes; ceux pour qui les limites n’existent pas et qui créent ce qui nous fait réfléchir et avancer. Ensemble, nous pouvons faire la différence, démocratiser l’art et nous faire entendre. Chaque édition limitée met en valeur les oeuvres d’artistes urbains, de Montréal et d’ailleurs. Pour chaque bouteille vendue de romeo’s gin, un pourcentage va directement à la fondation romeo’s: une organisation à but non lucratif, qui poursuit une mission philanthropique; celle de préserver, promouvoir et démocratiser l’art et la culture urbaine.

À propos du Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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