Un défi n’attend pas l’autre pour Sébastien Nasra. Fondateur de la compagnie de production Avalanche Prod dans les années 90 et, subséquemment, des festivals M pour Montréal et Mundial Montréal, l’entrepreneur originaire de Québec ajoute maintenant une corde à son arc: HUB Montréal, un rendez-vous alliant musique, arts numériques, film, jeu vidéo, réalité virtuelle et augmentée, multimédia et intelligence artificielle. Comprenant un volet affaires (HUB PRO) et un volet festif (HUB FEST), cet événement rassembleur et visionnaire est à l’image de son créateur.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui a poussé un étudiant en droit comme toi à travailler dans l’industrie musicale?
Il faut dire qu’à la base, je suis un batteur. J’ai étudié en percussions au conservatoire de musique de Québec et, de 16 à 21 ans, j’ai géré et produit mes propres brands, notamment Mercredi à Milwaukee et Lupanar. Sincèrement, je crois que ce qu’on fait à cet âge-là, c’est très important, car c’est ce qui détermine ce qu’on va devenir. À l’université, comme tout bon garçon de banlieue, j’ai voulu faire plaisir à mes parents, donc je me suis inscrit en droit. (rires) En parallèle, j'ai lancé une petite boîte de promotion, Avalanche Prod, ce qui m’a amené à voyager régulièrement à Montréal, car il ne se passait à peu près rien dans l’industrie du show-business à Québec.

À un moment donné, j’ai développé le blues de l’autoroute 20 et je me suis décidé à déménager dans la métropole à la fin de mon bac. Le premier groupe que j’ai officiellement signé, c’est Soul Attorneys, qui a connu un certain succès à la fin des années 90. On a même fait les premières parties de Céline Dion, c’était complètement malade! Après ça, j’ai signé Les Respectables, Jorane, Projet Orange... C’est pas mal là que j’ai compris que mon plus grand talent, c’était de faire valoir le talent des autres.

Ensuite, qu’est-ce qui t’a amené vers l’organisation d’événements d’envergure?
C’est un accident de parcours qui m’a amené là. En 2006, j’avais encore l’objectif ambitieux de monter des carrières internationales avec les groupes de ma boîte de production. Ça faisait environ 10 ans que je passais sur la route, à trouver des partenaires d’affaires, à me promener de festival en festival. Un des contacts précieux que j’avais, c’était Martin Elbourne, un gros joueur de l’industrie musicale, notamment fondateur du festival britannique Womad et ancien agent des Smiths et de New Order. Un jour, il m’appelle pour me demander ce qui se passait à Montréal, car il souhaitait venir faire une petite halte ici avec des dizaines de journalistes et d’organisateurs de festivals internationaux avant de se rendre à New York pour le CMJ Music Marathon. Je n’en revenais pas, je me pinçais!

En gros, j’avais deux mois pour organiser une grosse vitrine avec des groupes représentatifs de notre scène musicale. Disons que j’étais loin de me douter que, 12 ans plus tard, il y aurait plus de 100 groupes en showcase et 300 délégués invités à une 12e édition de M pour Montréal!

Plus récemment, qu’est-ce qui t’a mené à t’intéresser aux nouvelles technologies et à fonder HUB Montréal?
J’ai eu le flash de ce festival-là en 2012, alors que je venais de fonder Mundial Montréal et que M pour Montréal existait depuis six ans. En regardant le calendrier culturel de la ville, je me suis rendu compte qu’en plus de mes deux festivals, il y avait beaucoup d’événements importants en novembre, notamment les Rencontres internationales du documentaire de Montréal, le Salon du livre de Montréal, MTL à table et le Sommet international du jeu de Montréal. J’ai voulu créer une fenêtre événementielle pour fédérer tous ces morceaux-là et faire en sorte que tous les gens de ces domaines se rencontrent au-delà de leur silo respectif. Sérieusement, j’en ai peut-être pour 20 ans à comprendre l’étendue de mon festival, car les possibilités sont à peu près infinies. En fait, tout ce qui peut être considéré comme créatif peut y être intégré. Fallait juste que je commence quelque part.

Tu dis de HUB Montréal que c’est «un genre d'émule de SXSW, mais adapté à la particularité montréalaise». En quoi est-ce le cas?
À SXSW, c’est très segmenté: il y a des volets interactifs, musique et cinéma. Ça fait 12 ans que j’y vais, et je n’y ai toujours pas perçu d’efforts soutenus pour créer une programmation transversale, visant à encourager la rencontre entre les écosystèmes. À HUB Montréal, durant le volet HUB PRO, la valeur ajoutée, c’est justement cette interaction entre les domaines. Je trouve que c’est très représentatif de l’esprit de communauté qu’on retrouve à Montréal et qu’on ne retrouve pas nécessairement aux États-Unis, où c’est beaucoup plus compétitif. Ici, j’ai l’impression que la compétition est plus saine, et à mon avis, le 375e anniversaire de Montréal en est un bon exemple. On y a vu des rivaux comme Desjardins et la Banque de Montréal ou Vidéotron et Bell mettre de l’argent dans le même pot, tout en faisant abstraction de leurs différends.

De tous les domaines que ton nouveau festival touche, quel est celui qui pique le plus ta curiosité en ce moment?
Le jeu vidéo. C’est drôle, car dans la vie je suis tout sauf un gamer. Honnêtement, je ne suis même pas capable de jouer à Tetris! (rires) Depuis deux ans, j’ai eu à collaborer et à discuter avec les gens de cette industrie et je dois dire que ça me parle. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas les jeux en soi, mais bien les gens, leur potentiel, leurs défis. Ils ont leur passion très à cœur.

Le milieu dans lequel tu évolues est également constitué de passionnés qui travaillent sans relâche. En ce sens, es-tu amené à faire des sacrifices dans ta vie personnelle?
J’ai commencé tard à fonder une famille, donc c’est certain qu’en ce moment, ma blonde met les bouchées doubles… Je fais des journées de 15 heures et je vois mes petits une demi-heure le matin et une heure en fin de journée. Après ça, quand le plus vieux est couché, j'ouvre l’ordinateur et je travaille jusqu’à une heure du matin. Heureusement que j’ai toute cette expérience-là derrière moi, car sinon, la charge serait intenable.

Au-delà de cette conciliation travail-famille, quels sont les principaux défis auxquels tu as dû faire face dans les derniers mois?
Cette année, c’est le pire du pire! On doit inventer l’événement, inventer le langage, en plus de créer la dynamique et de la faire comprendre à l’auditoire qu’on vise et à qui on doit vendre l’événement… Pour vrai, c’est débilement difficile! En même temps, c’est ça, le défi et le fun de la chose.

Au-delà des festivals que tu organises, qu’est-ce qui t’emballe de la scène culturelle au Québec?
Les  possibilités infinies qui apparaissent avec le développement du numérique. Le fait qu’on entende de plus en plus des mots comme interactif, expérientiel et virtuel, ça veut dire que l’industrie bouillonne. Je crois notamment que les nouvelles technologies peuvent apporter beaucoup de choses à l’industrie de la musique. Je respecte les gens qui œuvrent dans cette industrie, mais il va falloir faire quelque chose pour la faire évoluer. Je suis toujours surpris de voir qu’au Québec, le monde a encore de la misère à se payer un éclairagiste! Il faut que les groupes d’ici travaillent avec les prochains Moment Factory pour, par exemple, créer des prototypes de musique augmentée en live. D’ailleurs, l’un de mes défis avec HUB Montréal, c’est de rendre ces technologies plus accessibles.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
Oui, les personnes ou les organismes qui se plaignent constamment que c’est difficile d’avoir du financement public. Oui, les financements sont plafonnés, c’est vrai et ça me fait chier moi aussi, mais là, j’ai compris que, malgré tout, on est très chanceux d’être dans une société comme celle du Québec où les possibilités sont aussi grandes. Quand on a une idée et de l’énergie à y mettre, on peut toujours arriver à nos fins.

En terminant, quels sont les incontournables de cette première édition de HUB Montréal?
Ouf! C’est difficile de répondre à cette question… C’est comme me demander de démembrer mon enfant! (rires) Spontanément, je dirais le volet HUB PRO, qui se déroule du 13 au 15 novembre. Ça vaut vraiment la peine de venir l’expérimenter. Ensuite, pour le volet festif, il y a le parc de réalité virtuelle du 11 au 15 novembre. Ça se passe Place de la Paix, c’est gratuit et c’est fantastique! Enfin, les consommateurs de jeux vidéo vont se plaire au MEGA (Montreal Expo Gaming Arcade) qui se passe lors du dernier week-end du festival au Marché Bonsecours. C’est pas cher, très familial et vraiment débile.

Par Olivier Boisvert-Magnen
Photos gracieuseté de HUB Montréal

La première édition de HUB Montréal  se tiendra du 8 au 18 novembre.

Pour toute la durée du festival, tout détenteur d'un badge HUB PRO pourra bénéficier d'un rabais de 10$ sur le prix courant d'un billet pour l'exposition Mondes oniriques sur présentation de son badge.

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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