Au Québec, on estime que chaque ménage gaspille près de 800$ de nourriture par an, soit deux fois plus que nos voisins américains. La lueur au bout du tunnel? On voit germer une foule de projets novateurs pour renverser la vapeur et sensibiliser le public.

Dans le cadre de sa série d’événements socioculinaires Theater of Life, le Centre Phi s’entretient avec Victoria Shinkaruk des Fermes Lufa afin de jeter un éclairage local et optimiste sur l'enjeu du gaspillage alimentaire. 

Les Fermes Lufa sont des pionniers de l’agriculture urbaine, avec notamment la serre commerciale sur toit la plus imposante au monde. Comment votre concept avant-gardiste contribue-t-il à la réduction du gaspillage?
Notre système de distribution a été pensé spécifiquement pour minimiser le gaspillage. Notre objectif est aussi que la nourriture voyage le moins possible, c'est pourquoi nous privilégions l'agriculture urbaine, sur des espaces qui seraient autrement inutilisés. Notre marché en ligne permet aux clients de personnaliser leur panier en sélectionnant uniquement les produits qui les intéressent. Nous effectuons les récoltes la nuit précédente, voire le matin même de la livraison des paniers. Nous n’avons pratiquement aucun produit en stock, nos fournisseurs nous envoient leurs produits en fonction des commandes exactes des clients. Par exemple, le pain est cuit la nuit précédente et livré chez nous le matin pour une livraison aux clients la journée même. 

Avez-vous tout de même quelques pertes?
Quand une récolte est trop importante pour la demande, nous essayons de vendre les produits à moitié prix dans la section promotion de notre marché en ligne. Nous faisons également plusieurs dons à Moisson Montréal. Et nos déchets organiques sont transformés en compost, qui est maintenant offert à nos abonnés!

Nos «critères de beauté» envoient aussi des tonnes de fruits et de légumes directement à la poubelle...
Chez Les Fermes Lufa, lors de la cueillette, les légumes plus mûrs, trop petits, avec une forme étrange ou d’autres imperfections sont mis de côté et offerts à un prix avantageux dans nos sacs de légumes imparfaits «moins beaux mais tout aussi délicieux». Dans le même ordre d’idée, nous offrons les sacs éconos qui rassemblent des produits présentant des imperfections (un emballage perforé par exemple) et des aliments qui sont sur le point d’être expirés.

Sentez-vous une plus grande conscientisation face au gaspillage alimentaire?
Oui, tant au niveau du public que chez les chefs et restaurateurs qui privilégient de plus en plus les produits locaux et issus de cultures durables. Le restaurant Tapeo est un bon exemple, tout comme le chef Daniel Vézina, qui mise beaucoup sur l’éducation et donne des astuces pour éviter de jeter aux ordures les parties des aliments qui pourraient être récupérées. Il donne également des conseils pour optimiser la durée de vie des aliments. Les Fermes Lufa ont d'ailleurs collaboré avec lui pour bâtir un mur végétal.

Quel sera le prochain cheval de bataille dans la lutte au gaspillage alimentaire?
En plus de l’économie de partage, qui s’inscrit comme un pilier important dans la lutte au gaspillage, l’agriculture locale sur de petits espaces est aussi en pleine effervescence. La Ferme des Quatre-Temps de Hemmingford est un excellent exemple. Ils font de la polyculture écologique sur une terre modeste de 167 acres développée spécifiquement pour accueillir une diversité d’activités agricoles – une production maraîchère cultivée de façon bio-intensive, des vergers, un pâturage animal en rotation et un labo culinaire. Ils utilisent non pas les technologies et outils agricoles de nos grands-parents, mais bien ceux des générations précédentes! Ils souhaitent démontrer que des petites fermes diversifiées, utilisant des pratiques d’agriculture régénératrice, biologiquement et économiquement efficaces, peuvent produire des aliments de qualité, tout en étant rentables. C'est très inspirant!

Les Fermes Lufa organisent un événement portes ouvertes le week-end du 7 et 8 mai. La visite est gratuite et certains fournisseurs offriront des dégustations!

Trois autres initiatives locales à essayer!
1- Cuisine Voisine
Cette plateforme d’économie de partage est née à Montréal en août 2015. On aime cuisiner de bons petits plats, mais on a peur de gaspiller nos restes? II suffit de photographier notre sauce spaghetti, notre potage au poireau ou notre tarte au citron et de publier nos clichés sur le site afin que les intéressés puissent en acheter une ou deux portions. Depuis sa création, Cuisine Voisine a rallié des centaines de cuisiniers passionnés et de gourmands en manque de temps. Les plats trouvent vite preneurs!

2- BonApp
Tout nouveau, tout chaud! BonApp offre une foule de trucs pratiques afin de faire plus avec la nourriture dont on dispose déjà. Le système de points de chute nous permettra sous peu de donner et de recevoir des fruits et des légumes au sein de notre communauté. Le principe est simple: on a acheté des pommes de terre en grande quantité, mais on doute de notre capacité à cuisiner le tout avant qu’elles ne soient périmées? On les dépose tout de suite dans le point de chute le plus près afin que d'autres membres puissent les récupérer. C'est aussi l'occasion de «sauver» les autres fruits et légumes qui se trouvent dans le panier. Si le site n’est pas encore fonctionnel, on peut ajouter notre nom à la liste d’envoi afin d’être informé aussitôt que la plateforme sera prête! Le système est actuellement en phase pilote avec deux points de chute: au café Le moineau masqué et au Café Névé de la rue Rachel.

3- La Porte Jaune
Existant depuis de nombreuses années, l’organisme La Porte Jaune agit comme une véritable rampe de lancement pour la jeunesse métropolitaine. Il offre notamment une cuisine communautaire ainsi que des ateliers gratuits pour les étudiants afin de minimiser le gaspillage. On y trouve aussi un endroit où les gens peuvent amener leurs surplus alimentaires et les rendre accessibles aux autres étudiants comme aux gens de la rue.

Entrevue et texte par Julie Champagne
Crédit photo: George Fok

À propos de Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
> À lire également...

Vous aimez l'art et la culture?

Tenez-vous informé avec notre infolettre.

J’aimerais recevoir l’infolettre du Centre Phi, qui comprend à la fois des nouvelles et des offres promotionnelles. Et je considère être pleinement avisé que je peux, à tout moment et en un seul clic, décider de ne plus la recevoir.