Retour avec Lawrence Côté-Collins et Karl Lemieux sur leurs courts métrages présentés ce mois-ci dans le cadre de Talent tout court. Ils nous parlent également de leurs projets du moment, notamment de leurs premiers longs métrages respectifs.

Lawrence Côté-Collins, Score

Quelle a été l’inspiration pour votre court métrage Score?
Quand j'étais adolescente, ma mère m'a dit: «Fais bien attention Lawrence, une femme qui couche avec trop d'hommes est une salope et un homme qui couche avec beaucoup de femmes est un héros.» Ça m'a marquée. À partir de ce jour là, je me suis demandé: «C'est combien, trop?» Et jusqu'au jour où j'ai, enfin, tourné Score, c'est une question que j'aimais poser aux gens... pour élucider ce mystère! Finalement, je ne le sais toujours pas, mais d'avoir fait un film à ce sujet m'a permis d'en discuter suffisamment pour ne plus y penser.

Quel a été le plus grand défi durant ce projet? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de ce tournage?
C'est très personnel et je ne sais pas si je peux vraiment en parler... alors je ne vais pas entrer dans les détails. Le deuxième jour, à 15 minutes du début du tournage, Micheline Lanctôt était au maquillage et elle a reçu un appel: quelqu'un de très proche d'elle venait tout juste de décéder. En quelques minutes, j'ai réécrit la scène sans son personnage, pour la libérer, mais elle a préféré rester et tourner sa scène. Émotionnellement, tout ça a été très intense pour elle et pour l'équipe. Sa force m'a inspirée. Depuis, j'ai moi-même vécu deux décès de personnes que j'aimais beaucoup durant des tournages, et j'ai pu diriger mes équipes dans ces moments de tempêtes en pensant à la force de Micheline. Je l'admire pour l'ensemble de ce qu'elle incarne comme femme, comme comédienne et comme cinéaste.

Votre premier long métrage, Écartée, prend l’affiche sous peu [NDLR: le 30 septembre, au Cinéma Beaubien]. Pouvez-vous nous en parler?
Écartée c'est un film sur lequel je travaille depuis l'été 2011. J'ai commencé à l'écrire après le Festival du DocuMenteur de l'Abitibi-Témiscamingue, sur la 117 Sud, en direction de Montréal. C'est un projet fait avec mon coeur, mes tripes et beaucoup de jus de bras. J'ai eu la chance d'être épaulée par Robert Morin à la scénarisation et que la Coop Vidéo de Montréal produise le film. Cinq années qui ont été parfois magiques, parfois difficiles. Ma plus longue relation à ce jour! J'ai cheminé comme cinéaste et comme femme à travers ce long processus. Après tout ce temps, j'aime encore Écartée, dans toute son imperfection. Le film est dédicacé à Anick Tremblay, une amie proche qui est décédée pendant l'été où j'ai commencé à écrire ce film. Anick est cachée partout dans le film, dans le décor, dans les personnages... C'est une fiction remplie de vérité. C'est troublant. C'est punk. Et, personnellement, je trouve mon film très drôle. Je me suis «pété un méchant fun» avec la direction artistique.

Quels sont vos projets?
J'ai deux idées de films en tête et il y en a un que je pousse beaucoup en ce moment. Je cherche du financement pour la scénarisation. Je viens justement d'avoir un premier refus. Mais j'ai la foi. J'ai le désir sincère de signer un deuxième long métrage d'ici 2020 et, qui sait, avec de la chance, peut-être avant! En attendant, je réalise des émissions de télévision et j'aime ça. Un plateau de tournage, c'est assurément l'endroit où je me sens le mieux.

Karl Lemieux, Ondes et silence

Quelle a été l’inspiration pour votre court métrage Ondes et silence?
Ça faisait plusieurs années que je voulais travailler avec David Bryant (avec qui j’avais travaillé sur la trame sonore de Passage et avec qui je collabore pour Godspeed You! Black Emperor) sur un documentaire expérimental, mais on n'arrivait pas à s'arrêter sur un sujet. Un jour, David m'a montré un article de la BBC qui parlait des gens qui souffrent d'hypersensibilité aux champs électromagnétiques et de l'endroit où certain d'entre eux vont se réfugier: la National Radio Quiet Zone en Virginie-Occidentale, aux États-Unis. Le sujet est venu nous chercher immédiatement. Comme David aime le décrire, c'est à ce moment que nous avons trouvé la porte qui nous a permis de nous plonger dans l'univers du film.

Quel a été le plus grand défi durant ce projet?
C'était de prendre contact avec les gens là-bas. Nous sommes allés en Virginie-Occidentale faire des entrevues avec huit personnes et nous y sommes retournés à deux reprises pour tourner des images supplémentaires et pour approfondir notre échange avec Nicols Fox, une écrivaine électrosensible qui est devenue le sujet principal du film.

Ondes et silence a été tourné sur film 16mm et tout le matériel a été développé à la main avec une technique qu’on appelle le bleach etching, une technique photographique qui a été inventée à la fin du 19e siècle. Un des plus grands défis avec ce film était d'utiliser l'image pour parler de quelque chose d'invisible: les champs électromagnétiques et leurs effets. J'ai donc utilisé les interventions sur film pour mettre la forme au service du contenu.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de ce tournage?
Officiellement, le gouvernement maintient une zone de silence sans ondes radio ni micro-ondes (WiFi, téléphone cellulaire, etc.) pour pratiquer l'astronomie et «écouter» l'espace dans le but de prendre contact avec des formes de vie extraterrestre, mais ça ne s'arrête pas là. Un peu plus loin, nous avons trouvé la Earth Station de AT&T, à deux pas d'une des plus importantes installations de la NSA, où ils espionnent les courriels et les conversions téléphoniques (ce qui nous a été confirmé par un employé local). Le seul bed and breakfast que nous avons trouvé dans la région était un centre de recherche tenue par des officiers retraités de l'armée américaine, où une communauté de scientifiques faisait des recherches sur les phénomènes paranormaux... Ce qui m'a marqué c'était cette idée de zone, cette zone étrange où, comme dans un film de science-fiction, tout semblait possible.

Votre premier long métrage, Maudite poutine, prend l’affiche ce mois-ci. Pouvez-vous nous en parler?
Finalement, nous aurons notre première projection à la 73e Mostra de Venise. Nous serons en compétition dans la section Orizzonti durant la première semaine de septembre. Je suis très heureux de cette nouvelle. La programmation semble excellente et j'ai très hâte d'y aller!

Quels sont vos projets?
Un court métrage sur les villes chinoises inhabitées et l'écriture d'un nouveau long métrage!

Découvrez la programmation complète de Talent tout court.

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