À l’affiche au Centre Phi dans l'exposition >HUM(AI)N, 7 Lives et Ayahuasca - Kosmik Journey sont les premières œuvres de réalité virtuelle interactive du réalisateur français d’origine néerlandaise Jan Kounen, présentées initialement au Tribeca Film Festival à New York.

Ayahuasca - Kosmik Journey constitue une œuvre de 12 minutes proposant un parcours psychédélique au cœur de la forêt amazonienne. L’expérience débute par une rencontre avec un guérisseur, qui guide le public au sein d’un voyage spirituel catalysé par des plantes hallucinogènes utilisées lors des cérémonies dans plusieurs communautés indigènes en Amazonie. Provenant du quechua et signifiant «liane de l’esprit» ou «liane de la mort», le terme ayahuasca désigne un breuvage composé d’une variété de plantes, dont Banisteriopsis caapi, une plante essentielle à la médecine traditionnelle de la région et qui possède des propriétés thérapeutiques.

Cette pratique d’ordre chamanique fait beaucoup d’adeptes dans le monde occidental. Entre autres, Jan Kounen y a consacré 20 ans de recherches, réalisant plusieurs films à ce sujet, tels que D’autres Mondes (2004) et Panshin Beka (2008). Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages, tels que Carnet de voyages intérieurs (Mama Éditions, 2011) qui décrit sa rencontre avec la boisson sacrée: «Lors d’un voyage en Amazonie péruvienne, j’ai basculé dans quelque chose de très puissant qui a modifié mon rapport à la réalité», dit-il en entrevue téléphonique avec Phi. «J’ai été bouleversé et, graduellement, j’ai pu constater les bienfaits que l’ayahuasca m’a apportés, poursuit le réalisateur. À un moment donné, j’ai voulu témoigner de ce savoir que détiennent les peuples autochtones d’Amazonie: ils ont percé une porte et ont réussi à construire avec la nature un dialogue intérieur fait d’apaisement et de compréhension, qu’ils appellent médecine. Depuis, je n’ai pas arrêté d’aller à leur rencontre et de passer du temps avec eux.»

Un processus créatif tout en paradoxes

Expérience unique, Ayahuasca - Kosmik Journey donne en partage les très intimes visions et sensations vécues par Kounen en Amazonie. Ce parcours vibrant entre l’ombre et la lumière est émaillé de rencontres avec des archétypes très sombres tels des serpents, des insectes et des caves, ainsi qu'un chant mystérieux qui invite à la transe. La force de l’œuvre vient justement du savoir profond de cette médecine traditionnelle, qui émerge à tous les niveaux de l'expérience. Kounen a travaillé étroitement avec un guérisseur autochtone et a documenté son chant en prenant appui sur les visions qui lui sont venues: «J’ai construit le parcours en le structurant autour de la méthode de ce guérisseur en particulier, car chaque guérisseur a une manière de faire [la cérémonie] qui lui est propre; d’un côté, il y a la forme des plantes et la médecine, et de l’autre, le guérisseur, qui vous guide de manière précise par son chant, son icaro, comme il l’appelle. Le chant est le vecteur de cette médecine; le guérisseur va y canaliser tout son être, ses émotions et son intention. C’est de l’émotion pure et, en entrant en résonance avec ce chant, nous allons pouvoir faire le voyage aussi.»

Pour Kounen, la réalité virtuelle (RV) permet une immersion dans les mystères de la nature, mal connus en Occident: «En effet, la RV reproduit à petite échelle ce processus de voyage psychédélique rendu possible par le monde végétal et maitrisé par les autochtones. Ce que je trouve fascinant, c’est qu’on invente quelque chose qui permet de s’approcher de cet autre réalité.» 

Dans Ayauhasca, le casque réagit à nos mouvements et affecte notre expérience de l’œuvre: «Si vous êtes agité, ce sera très différent que si vous êtes bien concentré, comme si vous aviez eu recours à la médecine traditionnelle.»

La RV et les fantasmes du cinéma

Kounen connait bien les différents formats audiovisuels. En effet, il a une vaste filmographie derrière lui : pour ne citer qu’eux, Dobermann (1997), 99 francs (2007) et Coco Chanel et Igor Stravinsky (2009). Il a réalisé aussi bien des courts que des longs métrages, des téléséries, de vidéoclips, des séries pour le web… Selon lui, la réalité virtuelle ne s’adresse pas seulement aux cinéastes, mais également, par son potentiel d’immersion sensorielle, aux metteurs en scène de théâtre et aux artistes: «Ce qui m’intéresse dans la RV en tant que cinéaste, c’est qu’il n’y a plus d’écran, le quatrième mur est aboli. On n’est pas en train de regarder quelque chose de l’extérieur, on est à l’intérieur de l’expérience. La RV permet de réaliser ce fantasme de cinéma.»

L’immersion et l’interactivité

Dans Ayahuasca - Kosmik Journey, le cinéaste approche l’interactivité de manière holistique afin de refléter le rapport au monde. «Il existe deux types d’interactivité, explique-t-il. Il y a celle où l'on est plutôt conscient, comme dans 7 Lives, où l’on comprend qu’on a quelque chose à faire pour avancer dans le récit. Il y a des interactivités plus subtiles, où l’on interagit avec le milieu sans être forcément conscient.» Dans Ayahuasca, le casque réagit à nos mouvements et affecte notre expérience de l’œuvre: «Si vous êtes agité, ce sera très différent que si vous êtes bien concentré, comme si vous aviez eu recours à la médecine traditionnelle. »

Le futur de la RV

Kounen envisage la réalité virtuelle avec optimisme, soutenant qu’elle amène de nouvelles textures de complexité et d’autres possibilités: «Aujourd’hui, un artiste a à sa disposition une palette d’outils audiovisuels: il peut faire un court ou un long métrage, une minisérie, et il peut aussi vouloir faire une expérience, raconter une histoire particulière grâce à la RV.»

Par Tahna Gomes

Photo (couverture): courtoisie de l'artiste

À propos du Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.

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