De jour comme de nuit, son travail prend forme sous le couvert de l’anonymat à travers les grandes avenues et les ruelles de la ville. Peut-être avez-vous déjà été témoin des œuvres de MissMe à New York, Paris ou Tokyo. Toujours est-il que c’est Montréal que la «vandale artistique» a choisi comme toile maîtresse. Rencontre avec une artiste remettant en question les codes et diktats de la société, tout en féminité.

MissMe, c’est d’abord une jeune Montréalaise dans la trentaine revendiquant sa place en tant que femme. «MademoiselleMoi», car ce sont ses opinions et sa propre histoire qui sont valorisées à travers les créations qu’elle met de l’avant. Une artiste autodidacte qui, plutôt que d’imposer sa vision au monde, l’expose, tout simplement.

Jusqu’à récemment, MissMe pouvait se targuer d’occuper un poste plus qu’enviable au sein d’une agence de publicité de renommée mondiale, qu’elle a quittée pour se consacrer pleinement à son art. «Ce qui a motivé ça, c’était un instinct de survie de l’âme. Je me sentais étouffée, complètement esclave d’un mode de vie qui utilisait la beauté de la créativité à des fins qui ne correspondaient pas à mes valeurs», nous explique l’artiste. Profondément tiraillée donc, mais en quête d’une liberté d’expression nécessaire et dans l’urgence de se réaffirmer avant tout.

La rue comme lieu d’affranchissement

Cagoule enfilée, le soir venu, la vandale se fait toute petite et sillonne les murs de la métropole. Miser sur la rue comme canevas principal soit, mais dans quelle intention? «À mes yeux, ça représentait l’inverse de tout ce que je connaissais. Il n’y avait aucune limite, c’était pour moi le synonyme le plus pur de la liberté d’expression et de la non-hiérarchie», nous confie MissMe.

«Certaines personnes aiment et d’autres n’aiment pas, mais au final tu ne demandes d’autorisation à personne, aucun correctif n’est apporté à ton travail, et c’est extraordinaire», renchérit celle qui était tout récemment honorée à South by Southwest pour la singularité de ses œuvres. «Aucun processus concernant la satisfaction du client n’est présent, je n’ai besoin de plaire à personne d’autre qu’à moi-même, et en tant qu’artiste je pense que c’est primordial de retrouver ce lien avec soi-même.» Des grandes campagnes de publicité aux grandes artères, l’artiste se situe vraisemblablement aux antipodes du conventionnel.

Armée de vandales

À l’occasion de la Nuit blanche à Montréal le 27 février dernier, l’insaisissable jeune femme créait une œuvre de collage in situ traduisant sa vision assumée de la femme. Comme une mosaïque de combattantes format géant, Army of Vandals incarne à la fois puissance et révolte, à travers 42 figures anti-archétype déployées sur les murs du Centre Phi.

«Le Vandal, c’est une femme qui revendique sa nudité et son corps en tant que sien, en faisant abstraction des notions de sexualité et de désir pour la personne qui la regarde. Il s’agit plutôt d’un geste d’exemption, une manifestation d’assurance, de définition de soi et de liberté», explique l’artiste. «C’est pour cette raison que les figures sont présentées de manière frontale et non dans une position de séduction ou de soumission.» Une œuvre provocante ne faisant pas dans la demi-mesure.

Être femme au 21e siècle

Loin de se définir comme une anarchiste, l’artiste questionne par ailleurs l’image qu’occupe la femme dans les médias: «Il va de soi que la féminité au sens large est définie par le stéréotype du corps féminin en opposition à un corps masculin typique, mais, la féminité, c’est quelque chose qui couvre un spectre immense.», poursuit MissMe. «Et, plus ce spectre va s’élargir, plus la société va bien se porter, je pense.»

Après coup, peut-on dire que l’image de la femme renvoyée par la société est positive? «Elle est beaucoup trop stéréotypée et positive uniquement si on y correspond totalement, au fond. Il suffit qu’on n’y soit pas conforme et on devient forcément moins féminine, moins "comme il faut".»

«Avec les Vandals, mon but n’était pas de mettre de l’avant une reproduction de toutes les femmes. Je me suis peinte moi, car je ne peux parler que de mes propres expériences et opinions personnelles.» L’artiste n’essaie donc pas de projeter une nouvelle image de la féminité, mais davantage de dénoncer l’étroitesse de son étendue.

Luttant contre l’idée de se fondre dans le moule, le travail de MissMe se veut sans contredit engagé et politisé, qu’il soit question de l’exposition Army of Vandals, de ses Jazz Saints ou encore de Dessert for Breakfast, blogue féministe qu’elle a cofondé il y a quelques années. «Je pense que ce qui définit le mieux mon travail par rapport à celui d’autres artistes, c’est que toutes mes pièces reflètent une opinion personnelle. Je ne pense pas avoir déjà créé des pièces ou des illustrations uniquement parce que je trouvais ça beau. Il y a toujours une idée, une intention derrière, pour que les gens réfléchissent.»

L’exposition Army of Vandals, must de notre programmation printanière, est à voir jusqu’au 2 avril.
Heures d’ouverture: Lundi au vendredi: 9h à 17h
Samedi: 12h à 17h

Propos recueillis par Laurianne Désormiers
Laurianne c’est le bébé de l’équipe, mais c’est aussi celle qui œuvre au sein du Centre Phi depuis son ouverture, en 2012. Elle se dit grande, ultracurieuse et un peu baveuse (mais pas méchante); ses collègues acquiescent et ajoutent qu’elle est surtout la jeune branchée de l’équipe (un titre qu’elle assume plus ou moins), sévèrement atteinte du syndrome FOMO et dotée d’un redoutable esprit critique. Elle est adepte de culture musicale alternative (elle a animé une émission à CISM pendant plusieurs années), de films indépendants, et, par-dessus tout, d'art, celui qui a la capacité d'émouvoir, d'éduquer et de permettre une ouverture sur le monde. Gestionnaire de contenus, Laurianne met sa formation en communication marketing au service de la culture et aime contribuer au rayonnement des artistes, à Montréal et ailleurs.
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