L’équipe du Centre Phi vous partage ses plus récentes découvertes, sa sélection de concerts immanquables ainsi qu’un échantillon de chansons en écoute sur repeat. Talents locaux, artistes internationaux de passage dans la métropole et autres incontournables à vous mettre sous la dent.

Les albums: libération créative

I See You, par The XX
On se souvient du moment où le trio britannique avait raflé le prestigieux prix Mercury, suite à la parution de sa première galette homonyme. Les trois novices de la pop électronique en avaient alors surpris plus d’un, accouchant d’un disque qui s’impose aujourd’hui comme l’un des grands incontournables de la décennie, preuve irréfutable qu’il est possible de faire beaucoup avec peu.

Depuis, les membres de The XX, maintenant à l’aube de la trentaine, ont pris de l’assurance, tout en restant bien ancrés dans leurs racines. La Elliott School de Londres, là où tout a commencé, est loin derrière, et les murmures timides de Romy Madley Croft et d’Oliver Sim ont gagné en puissance, transformés en hymnes émancipateurs. Moins introverti que ses prédécesseurs, I See You témoigne d’un affranchissement, tant sur le plan créatif que personnel. La pression du deuxième album devenue chose du passé, le trio en a profité pour peaufiner les pièces de son futur album, étirant son enregistrement sur deux ans. Le résultat? Une production beaucoup plus éclatée, dont la genèse n’est certainement pas étrangère à sa vitalité: à la différence de leur deuxième opus Coexist, les sessions se sont déroulées non pas sous la grisaille de Londres, mais bien à Los Angeles, New York, Reykjavik et au Texas. Peut-être est-ce une simple coïncidence.

Et malgré ce son plus riche et cette énergie nouvelle, on retrouve avec délectation ce côté charnel, cette même sensibilité qui est toujours palpable. Il va sans dire que certaines pièces (Performance, Brave For You) auraient sans doute pu se retrouver sur l’un des premiers efforts de la formation. Bien que celles-ci fonctionnent toujours, Jamie XX parvient à nous remuer de plus belle, quintessence de l’échantillonnage oblige. Au-delà du fait que les deux chanteurs sont désormais en pleine possession de leurs moyens, les arrangements deviennent, notamment sur On Hold et en ouverture avec Dangerous, la colonne vertébrale de plusieurs extraits. Somme toute, on a droit à une formule améliorée, accompagnée d’une sorte de force tranquille, omniprésente depuis les tout débuts de The XX, mais qui, au fond, n’était peut-être tout simplement pas encore passée à l’âge adulte.

Hang, par Foxygen
Sur leur précédente parution …And Star Power, le tandem californien composé de Sam France et de Jonathan Rado nous livrait une longue tirade — 24 pièces au total — pour le moins instable, à l’image de l’état précaire de la formation, dont la fragilité avait été confirmée à plusieurs reprises en tournée. De retour trois ans plus tard, Foxygen s’est solidifié, prenant des airs de forteresse indestructible, qui donne cependant l’impression d’avoir été érigée dans l’exagération. On a ici droit à une satire du classic rock dans toute son excentricité et sa théâtralité, propulsant l’auditeur dans un parc d’attractions du grandiose incorporant reliques du music-hall et démesure «broadwayesque».

Les envolées orchestrales font légèrement sourciller, l’album réunissant une quarantaine de musiciens— incluant Steven Drozd des Flaming Lips. C’est que le contraste est fort, les deux rockeurs nous ayant auparavant habitués à des productions plutôt minimalistes, loin des studios professionnels et des arrangements surfaits. Malgré tout, on reste un peu sur notre faim, demeurant toujours à la recherche des hooks qu’on retrouvait sur Shuggie, de la désinvolture nostalgique de No Destruction et des mélodies de San Francisco, pièces phares figurant sur le hautement louangé We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic.

Cette succession de clichés prenant la forme d’un album concept — enchaînant les sujets tels que le patriotisme, l’héroïsme et l’éloge de Sunset Boulevard — aurait certes pu donner lieu à un résultat des plus indigestes et faire l’objet de critiques. Mais c’est l’audace de la proposition et son esprit déjanté qui rendent Hang si inimitable. Parce que oui, un chanteur qui se prend pour un amalgame de Jagger et de Reed, ça peut donner quelque chose de pas mal du tout.

Migration, par Bonobo
Un coup de maître selon plusieurs, hautement sophistiqué selon d’autres, Migration est à tout le moins l’œuvre la plus aboutie de Simon Green, alias Bonobo. Non pas qu’il révolutionne ce à quoi il nous avait accoutumés, mais affirmer que le producteur anglais est de retour en (très) grande forme serait un euphémisme. À travers ces douze titres, Green approfondit et peaufine son offre avec virtuosité, nous prouvant qu’il joue maintenant dans la cour des grands.

Plongés dans un univers enveloppant, on se demande par moments si on ne serait pas atterri sur un nuage interstellaire. Rappelant par moments l’impétuosité de Kiasmos et des poulains de l’écurie Erased Tapes Records, l’artiste nous fait passer à travers toute une gamme d’émotions: mélancolie, euphorie, apaisement… Révélant non seulement les diverses textures sonores nécessaires à l’assemblage de cet album, mais aussi les couches d’humanité qui rendent l’équation quasi symétrique.

Si les premiers extraits de l’album nous portent dans une atmosphère méditative, les collaborateurs pas piqués des vers viennent quant à eux rendre la mi-parcours des plus intéressantes. Pensons à Nicole Miglis sur la sulfureuse Surface ou encore à Innov Gnawa, qui nous transporte complètement ailleurs sur Bambro Koyo Ganda. Au final, certains des chemins empruntés surprennent, mais le périple demeure sans accroc, tout en finesse et en élégance. Idéal pour entamer une grande aventure et pour celui ou celle qui se plaît à errer, dans sa propre ville ou ailleurs.

Les sorties: cap sur la relève

C’est le 6 février que sera dévoilée la programmation des Francouvertes, concours-vitrine misant sur la relève francophone, de retour pour une 21e édition. En attendant de voir en concert les artistes qui seront de la partie cette année, rendez-vous pour une soirée en compagnie des porte-paroles Philippe Brach et Rosie Valland. Toujours pas convaincu? La Famille Ouellette, formation ayant remporté les honneurs l’an dernier, sera sur scène pour vous en mettre plein la vue.

Un peu plus tard ce mois-ci, ce sera au tour de Sampha, dont nous vous avions parlé il y a quelques mois, de nous charmer avec sa voix haute perchée. Discret mais prolifique à bien des égards, le nouveau phénomène de la scène soul londonienne est assurément à découvrir, si ce n’est pas déjà chose faite. En concert le 11 février, au Théâtre Corona.

Les chansons: R&B, soft rock et synthés

Le label new-yorkais Cascine, qu’on connaissait déjà pour la sympathique formation Yumi Zouma, nous arrive avec Half Waif, un nouveau projet fort prometteur mené par Nandi Rose Plunkett. Avec Severed Logic, ode synth pop empreinte d’optimisme, on a envie de goûter au printemps avant l’heure.

Au rayon du bizarroïde, Ariel Pink (alias Ariel Rosenberg) et Weyes Blood (alias Natalie Mering) font bien les choses avec leur récente collaboration pour la pièce Tears on Fire. À la fois une ballade folk des années 60 et un tonnerre de cris imperceptibles, la pièce n’a rien d’habituel.

Après en avoir conquis plusieurs avec son très achevé Salad Days, Mac Demarco semble toujours aussi dégourdi et n’a rien perdu de son caractère insolent. This Old Dog, premier extrait de son album à paraître en mai 2017, met de l’avant la guitare acoustique, nouvel instrument de prédilection de l’auteur-compositeur-interprète.

Enfin, au tour du Torontois Mark Clennon de nous faire danser avec sa propre interprétation du R&B. Membre du collectif Moonshine depuis peu, le jeune artiste autodidacte lançait tout récemment un vidéoclip pour la pièce Blood, dont la réalisation est signée par le duo Epher Heilland (Stéphane Grasso et Michael Shu).

À propos de Laurianne Désormiers
Laurianne c’est le bébé de l’équipe, mais c’est aussi celle qui œuvre au sein du Centre Phi depuis son ouverture, en 2012. Elle se dit grande, ultracurieuse et un peu baveuse (mais pas méchante); ses collègues acquiescent et ajoutent qu’elle est surtout la jeune branchée de l’équipe (un titre qu’elle assume plus ou moins), sévèrement atteinte du syndrome FOMO et dotée d’un redoutable esprit critique. Elle est adepte de culture musicale alternative (elle a animé une émission à CISM pendant plusieurs années), de films indépendants, et, par-dessus tout, d'art, celui qui a la capacité d'émouvoir, d'éduquer et de permettre une ouverture sur le monde. Gestionnaire de contenus, Laurianne met sa formation en communication marketing au service de la culture et aime contribuer au rayonnement des artistes, à Montréal et ailleurs.
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