Crédit photo: Erwin Fichou (Soft Hair)

L’équipe du Centre Phi vous partage ses plus récentes découvertes, sa sélection de concerts immanquables ainsi qu’un échantillon de chansons en écoute sur repeat. Talents locaux, artistes internationaux de passage dans la métropole et autres incontournables à vous mettre sous la dent.

Les albums: costumes, vampires et jeunesse conceptuelle

Front Row Seat To Earth, par Weyes Blood
Déjà, en s’attardant à la pochette de l’album, on découvre un personnage surréaliste, une sorte de sirène des temps modernes échouée sur une plage aux airs de bouts du monde. On reconnaît, sneakers aux pieds, Natalie Mering, pilote du projet Weyes Blood. À 28 ans, l’Américaine nous sert une quatrième galette bien réjouissante. Non pas que ses précédentes parutions ne méritaient point notre attention, bien au contraire, mais Front Row Seat To Earth délaisse les explorations plus underground où l’auteure-compositrice-interprète a fait ses armes pour laisser place à de majestueuses sérénades. Intemporelles, les pièces de Mering semblent figées dans le temps, quelque part entre la Renaissance – pour les penchants médiévaux et celtiques – et un folk fin sixties à la Karen Carpenter. On a droit à une lente escalade jusqu’à Do You Need My Love, durant laquelle l’artiste est à son apogée. S’ensuit Generation Why, possiblement la pièce maîtresse de l’album, où Mering nous met au pied du mur avec une réflexion sur l’ambiguïté des relations amoureuses, empreinte d’une fausse sérénité plutôt dystopique. Une œuvre d’art aboutie.

Soft Hair, par Soft Hair
Il y a un peu de magie sur cet album. Le genre de magie qui résulte d’une collaboration improbable, mais ô combien fructueuse! D’un côté, Connan Mockasin, le blondinet bizarroïde qu’on connaît pour sa pop psychédélique, puis de l’autre, Sam Dust, aussi membre des formations LA Priest et Late of the Pier. Il y a quelques années, les deux acolytes s’étaient réunis pour expérimenter et écrire des chansons. Le résultat? En plus d’une pochette des plus étranges, huit morceaux au summum de l’extravagance et aux sonorités aussi déjantées qu’attrayantes. L’odyssée s’ouvre sur une atmosphère plutôt calme et socialement acceptable avec Relaxed Lizard, mais les choses se gâtent à mi-parcours, pour se conclure dans un délire jubilatoire avec Alive Without Medicine et I.i.v. En boucle.

La 4ième dimension (version longue), par Les Hay Babies
Après avoir louangé le premier album de Laura Sauvage, projet solo de Vivianne Roy, nous revenons au trio d’origine pour une écoute attendue de leur 4ième dimension. Trois ans après avoir remporté les honneurs aux Francouvertes, la formation se lance dans un projet résolument plus rock. Difficile de détrôner Mon Homesick Heart et ses ritournelles folk, mais le nouvel opus des trois Acadiennes ne manque pas d’audace. Adieu banjos et autres dérivés du country, place aux orchestrations plus élaborées et aux amplis. Plus assumé, ce deuxième effort met de l’avant un potentiel jusqu’à maintenant dissimulé chez Les Hay Babies. Et, décidément, tout le monde en ressort gagnant.

Blood Bitch, par Jenny Hval
Dans une thématique on ne peut plus sanguine, Jenny Hval nous livre un art pop expérimental qui, par moments, se rapproche de la performance artistique. Créatrice se démarquant par son esprit d’avant-garde, la Norvégienne ne fait pas dans la demi-mesure et traite chaque pièce comme un manifeste où sont abordés des sujets comme le period art — souvenons-nous de la polémique créée par Rupi Kaur, photographe féministe dont le travail avait été sévèrement critiqué puis censuré sur les médias sociaux. Murmures apocalyptiques sont au rendez-vous, avec quelques séquences de noise brutal, dans une ambiance cinématographique, comme quoi Blood Bitch aurait très bien pu servir de trame sonore au film A Girl Walks Home Alone at Night. Somme toute, ce sixième opus glorifié par Pitchfork est imprégné d’une signature originale. Un beau conte vampiresque post-Halloween.

Les sorties: M pour Montréal, Coup de cœur francophone et autres arrêts obligatoires

En novembre, Montréal ne manquera pas de briller par la richesse de ses propositions côté concerts. D’une part, le festival Coup de cœur francophone, qui est déjà bien amorcé, saura ravir les mélomanes avec des têtes d’affiche incluant Avec pas d’casque et de nouveaux venus comme Pandacide et Loïc April. Dans tous les recoins de la ville jusqu’au 13 novembre.

Puis, il y a M pour Montréal qui est à nos portes. Le festival visant à propulser la carrière de nos artistes locaux promet diversité et créativité, avec des performances de Peter Henry Philips, Michael Rault, Gabriella Cohen, Martha Wainwright et Tasseomancy, entre autres. Plus d’excuses pour rester chez soi.

Également à surveiller, la formation rock abrasive Chocolat qui lancera son second album, Rencontrer Looloo, le 10 novembre au Loft Matahari. Et, dans un tout autre registre, l’auteure-compositrice-interprète électro pop Aurora se produira le 7 novembre au Théâtre Corona.

Les chansons: mosaïque automnale

C’est officiel, rien n’arrête les membres de Duchess Says, véritables bêtes de scène et pionniers du synth punk montréalais. De retour avec Sciences Nouvelles, le quatuor redouble d’ardeur et nous entraîne dans sa douce folie avec le morceau I Repeat Myself. Juste assez déchaîné.

Dans notre ligne de mire également, Sampha, jeune prodige de la scène soul londonienne, qui, jusqu’à tout récemment, s’était fait assez discret. Emballés par sa performance à Montréal, qui avait lieu dans le cadre de la Red Bull Music Academy, nous continuerons assurément de le suivre avec attention, du moins jusqu’à la sortie de son premier album complet, prévu pour très bientôt. D’ici là, on écoute Blood On Me.

Parlant de la RBMA, il y a aussi le Montréalais Jacques Greene, maître dans son genre, qui s’est offert un retour au bercail dans le cadre du prestigieux événement. Son passage dans la métropole nous aura permis de retomber en amour avec ses beats inimitables, et de constater que sa nouvelle pièce, Afterglow, n’est pas très loin de la perfection.

Autre trouvaille, Oliver Hugh Perry, alias D.D Dumbo, est un multi-instrumentiste natif d’Australie qui a tout le potentiel pour se retrouver sur les affiches des grands festivals l’été prochain. Son premier album, Utopia Defeated, paraissait le mois dernier et Walrus, la pièce d’ouverture, donne le ton à cette œuvre qui a tout pour charmer.

En bonus: le projet musical coup-de-poing de Gord Downie

Anciennement chanteur de la regrettée formation Tragically Hip, Gord Downie donnait tout récemment vie à un brillant projet multimédia. Le point de départ? Une série de poèmes dédiée à l’histoire de Chanie Wenjack, jeune garçon ayant tenté de fuguer de la Cecilia Jeffrey Indian Residential School, un pensionnat autochtone comme on en compte plusieurs au pays. Ces textes se sont transformés en chansons, pour éventuellement devenir l’album Secret Path. S’entourant de collaborateurs issus de sphères diverses, Downie a su créer une œuvre complète et à vocation sociale, bien au-delà du disque conventionnel. Avec l’aide du bédéiste Jeff Lemire et des réalisateurs Kevin Drew et Dave Hamelin, l’album s’est décliné en un court métrage et en un roman graphique. Sublime.

À propos de Laurianne Désormiers
Laurianne c’est le bébé de l’équipe, mais c’est aussi celle qui œuvre au sein du Centre Phi depuis son ouverture, en 2012. Elle se dit grande, ultracurieuse et un peu baveuse (mais pas méchante); ses collègues acquiescent et ajoutent qu’elle est surtout la jeune branchée de l’équipe (un titre qu’elle assume plus ou moins), sévèrement atteinte du syndrome FOMO et dotée d’un redoutable esprit critique. Elle est adepte de culture musicale alternative (elle a animé une émission à CISM pendant plusieurs années), de films indépendants, et, par-dessus tout, d'art, celui qui a la capacité d'émouvoir, d'éduquer et de permettre une ouverture sur le monde. Gestionnaire de contenus, Laurianne met sa formation en communication marketing au service de la culture et aime contribuer au rayonnement des artistes, à Montréal et ailleurs.
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