Crédit photo: Sarah Marcotte-Boislard

Toujours prêt à explorer différentes avenues artistiques, l’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon se nourrit constamment d’œuvres littéraires et visuelles pour la création de ses chansons. Paru l’an dernier, son projet numérique de photochanson inversait le processus.

Pour l’occasion, le Montréalais avait demandé à six photographes de créer une œuvre inédite en lien avec une chanson de son troisième album Les femmes comme des montagnes. Une idée qui lui est venue en réfléchissant à des manières originales de donner une seconde vie à cet opus lancé en septembre 2015: «À la base, on peut dire que c’est une opération de promotion créative, un peu comme j’avais fait auparavant en demandant à des auteurs de réagir sur les chansons de mon deuxième album. On a fait appel à ces artistes-là en leur laissant une pleine liberté. Si on leur avait imposé une quelconque contrainte, ça aurait pu devenir mécanique.»

Pour La musique, la photographe et graphiste Sarah Marcotte-Boislard a choisi d’illustrer le bonheur et la sensualité à travers une succession d’images chaleureuses. «Dans la chanson, je compare la musique à l’amour et au désir, mais la comparaison a quelque chose de flou, qui m’échappe encore. Sarah, elle a carrément pris le côté lumineux de tout ça, en délaissant la partie plus confuse», analyse Philémon Cimon.

«Dans ses photos, les deux protagonistes vivent quelque chose de très tendre et ils ont presque l’air de danser. Je crois que c’est une belle métaphore de la musique, car il y a quelque chose de nécessairement sexuel là-dedans. C’est particulièrement le cas en spectacle lorsqu’une espèce de danse se crée entre moi, les musiciens et le public. Ça devient un jeu d’écoute avec l’autre, et on peut se nourrir de l’ambiance, de la lumière et des sons pour se libérer.»

La Montréalaise Caroline Desilets a choisi le photoreportage pour mettre en images Vieille blonde. Pendant plusieurs jours consécutifs, elle s’est rendue chez Philémon Cimon pour le photographier à des moments de son quotidien. «Ça a l’air super banal, mais ça a fini par créer quelque chose de vraiment intéressant. Le fait qu’elle vienne me voir pendant plusieurs jours nous a amenés à nous parler pour vrai, à créer un lien. Ça faisait différent des portraits qui sont supposés te représenter, mais qui se font in and out, presque comme un one night», indique le chanteur.

«La toune, elle parle d’une vieille blonde, une partenaire avec qui le narrateur vit depuis longtemps. Parfois, il a une image assez claire d’elle, mais d’autres fois, il y a quelque chose qui reste insaisissable. Caroline a illustré ça en prenant des photos avec un appareil à longue exposition. Je prenais une pose que je pensais être capable de tenir pendant trois ou cinq minutes, mais je finissais souvent par bouger. Le meilleur exemple de ça, c’est quand mon chat m’a sauté dans les bras.»

Les deux complices LePigeon et Léa Grantham ont déjoué les attentes de Philémon Cimon pour exprimer l’infidélité, thème central de sa chanson Maudit. «J’ai été très surpris, surtout venant de la part de Jerry dont le travail ne ressemble pas du tout à ça habituellement», relate-t-il, ajoutant qu’il a particulièrement aimé l’aspect à la fois spontané et rationnel des deux photos.

«L’image des prises de cellulaire représente bien le côté froid et très mécanique qui peut mener vers l’infidélité: deux prises placées en parallèle qui ne se touchent pas, comme deux personnes qui habitent ensemble, mais qui n’arrivent plus à se rejoindre. À côté de ça, les fruits pourris ou vieillis symbolisent un sentiment que tu portes en toi et qui finit par pourrir, car tu n’arrives pas à l’exprimer. Tranquillement, le chemin qui s’offre à toi, c’est l’infidélité.»

Reconnue pour ses portraits de personnalités culturelles, la photographe Maude Chauvin a joué d’audace en choisissant de tourner une vidéo pour Sur la ville. Pendant trois minutes, on peut y voir des couples s’embrasser au ralenti. «L’idée est en phase avec la musique gaie et chaleureuse de la chanson. À la base, par contre, j’avais composé une musique plus lente et triste, que j’ai fini par trouver plate. La toune a continué de me travailler un peu, et j’ai finalement changé les accords mineurs en majeurs», explique Philémon Cimon.

«Même si elle parle de déception amoureuse, la chanson dit qu’il y a quelque chose de beau et de positif dans l’amour, peu importe si ça marche ou pas. Maude a choisi d’exprimer ce sentiment de liberté là.»

Pour sa série de photos animée en lien avec Je t’ai jeté un sort, Cindy Boyce a mis en scène un décor enneigé aux instants troubles, faisant écho «à ce voile brumeux qui envahit l'espace après une douche bien chaude et à ce sentiment d'euphorie et de bonheur d'être amoureux».

«Plus on avance dans la suite d’images, moins on voit le gars avec sa guitare, comme s’il disparaissait. La nature aussi devient progressivement floue, observe le musicien. Encore une fois, ça montre que, même quand t’es bien avec une autre personne, il y a quelque chose que tu ne peux pas totalement saisir ou définir en elle.»

Sans avoir complètement changé le sens que Philémon Cimon accorde à ses chansons, ce projet de photochanson a modifié certaines relations qu’il entretenait avec elles. «Le rapport que j’ai avec mes pièces est tellement intangible qu’un nouveau projet comme ça, ça peut me donner envie de les chanter à nouveau ou, même, de les chanter différemment, expose-t-il. C’est vraiment l’fun, car en général, quand j’ai sorti une toune, je ne lui accorde plus autant d’intérêt et d’espace mental.»

Entrevue par Olivier Boisvert-Magnen

L'intégralité du projet photochanson est disponible sur le site Web de Philémon Cimon.

Crédits photo:
Sarah Marcotte-Boislard (La musique et photo de couverture)
Caroline Desilets (Vieille blonde)
LePigeon et Léa Grantham (Maudit)
Maude Chauvin (Sur la ville)
Cindy Boyce (Je t’ai jeté un sort)

Philémon Cimon sera en concert au Centre Phi le 21 avril prochain, avec Lydia Képinski en première partie.

Propos recueillis par Centre Phi
Le Centre Phi, c’est des salles qui se transforment au gré des activités: lancement, conférence, colloque, projection, exposition, concert, spectacle, installation interactive. C’est des studios de création et de production, avec la technologie la plus sophistiquée, mise au service des besoins artistiques. C’est un centre multifonctionnel où l’art peut s’exprimer dans tous ses états. Et c’est surtout un lieu d’échanges, d’apprentissage, de découverte, de lancement, de tournage, d’enregistrement, etc.
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