L’univers musical du DJ et producteur Francis Latreille (alias Priori) est né alors qu’il s’ennuyait, et contemplait. Bien installé sur la banquette arrière d’une voiture, dans l’autobus qui le menait à l’école ou en déambulant dans les rues de son quartier de Longueuil. Le jeune garçon – puis l’adolescent – mélancolique qu’il était alors découvrait tout un monde, celui de la musique, qui allait l’accompagner dans son ennui.

«C’est en partie parce que j’ai grandi dans un petit quartier de banlieue que j’ai pu passer beaucoup de temps dans ma tête. Les enfants ont une tendance au daydreaming. Jeune, on a moins de stimulus, moins de choses à penser, notre imagination prend plus de place. Je crois que mon environment a contribué à accentuer et à influencer la façon dont je compose de la musique.»

Le DJ et producteur signe d’ailleurs le mix music for... growing up in the suburbs (de la série ear to ear) comme un hommage à ces précieux moments d’ennui, une playlist qui lui a été inspirée alors qu’il se trouvait dans un train le menant à New York, l’Hudson et les Adirondacks défilant à la fenêtre. «C’est un collage que j’ai fait en deux heures. Il y avait un parallèle pour moi entre ça et tout le temps que j’ai passé quand j’étais jeune à regarder dehors.»

Photo: Kane Ocean

Francis Latreille a cette fort jolie conception de l’ennui, et de tout ce qui y réside. À l’ère où chaque instant sans stimulus nous pousse à dégainer notre téléphone cellulaire, le musicien voit dans ces moments une opportunité: «La façon dont le cerveau vit l’ennui, c’est souvent en créant des espaces mentaux qui sont plaisants. Ça peut être négatif aussi parfois, ce ne sont pas toujours des pensées agréables... Mais je pense que c’est important d'être avec soi-même. Avant, beaucoup d’artistes arrivaient à créer des trucs vraiment uniques et sensationnels et le faisaient par ennui, littéralement. À l'ère des médias sociaux, nous sommes constamment bombardés et ça nous absorbe. Il est plus difficile de prendre le temps d’écouter de la musique, de la composer ou bien de construire un monde et de s’y abandonner.

Photo: Maria Murcia Polanco

Grand lecteur de science-fiction, très intéressé par tout ce qui touche l’imaginaire et la fantaisie, avec Priori, la notion d'«univers musical» prend tout son sens. Il nous donne rendez-vous dans de nouveaux espaces, qu’il nous offre comme autant de moments pour visiter notre propre imaginaire. Mais justement dans ces espaces, il y a quoi? «Il y a deux choses: ce sens de l’émerveillement que je souhaite créer, mais aussi un côté teinté de tout ce qui m’entoure, tout ce qui est politique, social, tout ce que j’absorbe en lisant ou lors de conversations… Je pense que mon album est une réponse à ces choses que j’ai observées, il y une certaine frustration par rapport à l’évolution et aux nouvelles technologies, c’est un peu un commentaire par rapport à celles-ci. En live, c’est différent, il y un désir de faire danser les gens tout en les amenant dans un monde.»

La façon dont le cerveau vit l’ennui, c’est souvent en créant des espaces mentaux qui sont plaisants.

Le titre de son premier album solo – On a Nimbus – illustre bien la dualité qui semble l’habiter: ce besoin de s’émerveiller, mais aussi celui de dénoncer, notamment l’omniprésence des technologies. Ce titre parle donc de nuage. Nuage comme dans daydreaming, dans avoir la tête dans les nuages, mais aussi comme dans cloud, ce fameux espace virtuel où le monde moderne stocke toutes ses données et tout ce qu’il a acquis comme connaissances.

La suite

Priori lancera On a Nimbus en septembre, puis les semaines et mois qui suivront seront bien remplis: «L’album sort début septembre. Ensuite je fais un show à Toronto avec Adam [NDLR: Feingold, avec qui il a fondé le label NAFF], on essaie de jouer plus souvent ensemble, c’est toujours une super expérience, on communique sans parler, on sait toujours ce que l’autre va faire. Après, je m’en vais en Europe pour faire quelques performances de la mi-septembre à la mi-octobre. Et il y a d’autres collaborations de prévues, d’autres disques qui vont sortir à l’automne. On se concentre vraiment sur le label, on a beaucoup de sorties intéressantes selon moi, des albums complets qui créent des univers assez extraordinaires.»

Photo: Kane Ocean

Il terminera le mois d’août en offrant une performance au festival MUTEK, ce sera d’ailleurs la première fois qu’il se produira en live avec son projet solo. «Je dirais que le live est composé à 95% de choses que les gens n’auront jamais entendues. Il va y avoir des petits clin d’œils à mon album solo. J’avais vraiment envie d’offrir quelque chose de complètement nouveau.»

Bref, les prochains mois s’annoncent chargés, faudrait pas oublier de «daydreamer».

Par Stéphanie Girouard

Photo (couverture): Kane Ocean

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