Depuis les débuts de la réalité virtuelle, plusieurs créateurs ont travaillé à exploiter le potentiel de cette technologie de concert avec l’animation. S’il est maintenant entendu que la réalité virtuelle crée un «effet de présence» chez le spectateur, un sentiment de vivre pleinement au sein d’une réalité en 3D, qu’en est-il lorsque l’animation s’y allie? Plusieurs œuvres de Particules d’existence proposent ce mariage: à certains moments, la réalité virtuelle décuple la force d’une expérience somatique créée par l’animation, à d’autres, le dessin offre un supplément de poésie à de dures réalités documentaires, et aussi, l’art même de l’animation stop-motion se voit mis en valeur par la technologie de réalité virtuelle.

Chalkroom: voler à travers un labyrinthe de mots et de craie

Chalkroom, de Laurie Anderson et de Hsin-Chien Huang, est une œuvre de réalité virtuelle où le spectateur vole à travers un vaste labyrinthe formé de mots, de dessins et de récits. Sans cesse, les mots se désagrègent, disparaissent en poussière, puis se reforment. Ici, l’animation façonne un univers onirique impossible à expérimenter dans notre vie quotidienne. Et pour Laurie Anderson, l’ajout de la réalité virtuelle à cet univers nous offre une possibilité unique de vraiment sentir que nous défions la gravité et que nous volons et ce, dans un vaste espace en 360 degrés. Elle affirme: «Ma démarche artistique a toujours porté sur la désincarnation, la possibilité de quitter notre corps. Avec la réalité virtuelle, cela devient encore plus fort, nous devenons ce spectateur complètement omniscient, qui a cette capacité incroyable de voler.» Avec Chalkroom, Laurie Anderson nous fait expérimenter plus intensément ce que l’on vit tous dans nos rêves: filer comme une fusée, sentir le plancher disparaître sous nos pieds, piquer vers le bas, virer vers l’arrière, planer un moment.

Les Sun Ladies: la force poétique d’un bataillon de soldates Yazidi

The Sun Ladies est un documentaire de réalité virtuelle de Christian Stephen et de Céline Tricart où les extraits en live action sont parsemés de passages en animation dessinés par l’artiste Wesley Allsbrooke. En 2014, les guerriers de l’État islamique ont envahi l’Irak, prenant pour cible la communauté Yazidi de Sinjar. Ils ont tué les hommes et pris les filles et femmes comme esclaves sexuelles. Certaines ont pu s’enfuir pour créer une unité de combat féminine: les Sun Ladies. Le documentaire dresse le portrait de Xate Shingali, fondatrice et capitaine de cette unité de combat, depuis sa vie avant la guerre, comme vedette de la chanson au Kurdistan, jusqu’à sa vie de combattante au front.

Céline Tricart affirme: «Lorsque j’ai rencontré les Sun Ladies, j’ai été renversée par leur force et leur beauté incroyables.» Cette réalité nous est transmise bien sûr par notre immersion dans les images en live action du film, où nous côtoyons les soldates dans leur quotidien, mais les dessins de Wesley Allsbrooke — créés grâce à l’outil de peinture en réalité virtuelle Quill — viennent enrichir celle-ci, avec une poésie unique. En début de documentaire, on voit Xate dessinée par Allsbrooke avec son instrument de musique à la main, debout, ses cheveux rouge feu volant au vent: ce portrait représente Xate comme un souvenir de ce qu’elle a été, avant la guerre, source de musique et de joie, mais aussi c’est une image de ce qu’elle est devenue : une force de feu qui se bat pour libérer toutes ses sœurs, qui chante toujours, mais maintenant lorsqu’elle attaque et tue l’ennemi.

Stop-motion et réalité virtuelle: se rapprocher de la matière d’un monde «fait main»

Pour Wes Anderson, réalisateur du film Isle of Dogs, le ficto-documentaire de réalité virtuelle créé notamment par Felix & Paul, Isle of Dogs: Behind the Scenes, est un hommage à l’art du stop-motion. La réalité virtuelle nous offrant la possibilité de nous rapprocher très intimement d’une réalité, elle accentue ce qui fait le merveilleux du stop-motion: des marionnettes qui prennent vie et la beauté d’un monde fait entièrement à la main. Dans le documentaire, nous somme miniaturisés à l’échelle des marionnettes, nous nous immisçons intimement dans leur univers. Cela crée une connexion très touchante à l’affect des chiens: la subtilité de leurs mouvements faciaux, la fascinante variété des émotions qui s’y lisent. Cette proximité accentue le sentiment de magie suscité par la matérialité délicate, riche et diversifiée des objets, figurines et décors façonnés. Wes Anderson aime le stop-motion fabriqué à l’ancienne, et s’attarde énormément sur les matières: d’un tissu de vêtement porté par un personnage, qui imite le tweed d’un de ses propres complets, jusqu’à son amour de l’effet de «vent invisible» sur les poils des chiens. Et dans Isle of Dogs: Behind the Scenes, cette petite brise souffle sur nos joues.

Par Marie-Hélène Lemaire (DHC/ART Éducation)

Les idées explorées dans cet article seront discutées lors de notre prochain 5 @ Tech, le 30 mai. Cette discussion en marge de l'exposition Particules d'existence aura pour thème Animation et stop-motion en réalité virtuelle.

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