Espoir de premier plan de notre fertile scène artistique, la chorégraphe Andrea Peña est à la recherche de la sensibilité la plus brute. Dans le court métrage The ________ Between, «une conversation visuelle entre le corps et la matière» créée en collaboration avec Phi et l’hôtel William Gray, la Colombienne d’adoption québécoise laisse une place fondamentale à la spontanéité de ses danseurs.

The ________ Between cherche à créer «un espace méditatif quelque part entre l’immobile et le mouvement». Comment ta chorégraphie s’intègre-t-elle dans cette idée générale?
À la base, on nous a demandé de créer une œuvre somptueuse et apaisante, qui laisserait chez le spectateur une impression de sérénité. Avec le réalisateur George Fok, je me suis donc demandé comment traduire artistiquement ces idées abstraites, et c’est à ce moment-là qu’on a choisi de miser sur la juxtaposition visuelle. Plus précisément, on a imaginé une dichotomie entre des représentations opposées, des forces antagonistes comme la tension et la fluidité. Ce sont deux concepts qui s’expriment assez facilement chacun de leur côté, mais qui ont le pouvoir de générer de toutes nouvelles formes d’expression corporelles lorsqu’elles sont évoquées en même temps par un même danseur.

Comment as-tu fait pour que les deux danseurs comprennent et incarnent ce contraste?
Nous sommes allés en studio pour tenter d’analyser et de décomposer les multiples niveaux de la tension et de la fluidité. Les danseurs ont donc personnifié ces émotions en bougeant leurs os, leurs muscles et leurs vaisseaux sanguins. Ils se sont mis à improviser devant une caméra pendant que moi, je prenais des notes. Peu à peu, j’ai été capable d’extraire l’essence émotionnelle la plus juste à travers leurs mouvements, et on a construit la chorégraphie à partir de là. C’est vraiment une approche chorégraphique à mi-chemin entre la conception scénarisée et l’improvisation. Tout repose sur le va-et-vient créatif entre les danseurs et moi.

Photo: George Fok

Tu es réputée pour créer des œuvres assez exigeantes sur le plan physique. Te considères-tu comme une chorégraphe intransigeante?
Je dirais plus que je suis une chorégraphe rigoureuse qu’intransigeante. Oui, j’en demande beaucoup à mes danseurs, mais le plus important pour moi est de respecter leur corps, car j’ai moi-même eu plusieurs blessures dans ma carrière. L’idée, c’est d’être la plus précise possible dans mes demandes, ce qui implique beaucoup d’heures de pratique. Je veux retrouver l’essence humaine du danseur à travers ses mouvements, lui enlever une à une toutes les couches d’apprentissage qu’il a acquises afin que sa vulnérabilité apparaisse. Bref, je ne cherche pas seulement à ce que le danseur soit bon, mais bien à ce qu’il soit vrai, en phase avec sa nature profonde. D’ailleurs, quand je cherche un nouveau danseur, je ne le convoque jamais à une audition dès le départ. Je veux d’abord apprendre à le connaître tel qu’il est.

Dans le cas présent, qu’est-ce qui t’a attirée chez les danseurs de The ________ Between, Valeria Galluccio et David Albert-Toth?
Leur complicité, tellement tangible. Sincèrement, on dirait le même être humain dans un corps d’homme et de femme. Ils étaient tellement beaux à voir en studio! Ce sont deux artistes très talentueux que je connaissais séparément, mais qui n’avaient jamais dansé ensemble: Valeria a déjà travaillé avec Marie Chouinard, tandis que David a sa propre compagnie, Parts+Labour_Danse.

Photo: George Fok

Tu es chorégraphe depuis maintenant quatre ans, soit depuis la fondation de ta compagnie Andrea Peña & Artists. Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ce métier au lieu de poursuivre ta carrière de danseuse, notamment au sein des Ballets Jazz de Montréal?
En fait, j’ai eu une grave blessure au ménisque en 2013 et j’ai tout de suite su que je ne pourrais plus jamais danser. J’ai donc commencé des études en design industriel et, en même temps, j’ai fondé ma compagnie. Dès mes premières expériences en tant que chorégraphe, j’ai compris que c’était ce à quoi j’étais destinée. J’ai dansé pour des compagnies d’envergure dans ma carrière et ce que je n’aimais pas parfois, c’était le manque de dialogue entre la direction et les danseurs. Moi, bien au contraire, je mise sur la discussion et la communication entre tout le monde.

Tu as tout récemment remporté le prestigieux prix Clifford E. Lee, remis à un artiste canadien émergent issu du milieu de la danse. Tu bénéficieras ainsi d’une résidence de création au Centre des arts de Banff avec les autres artistes de ta compagnie. Sur quel projet allez-vous travailler?
Nous allons poursuivre la création de 6.58, une pièce qu’on avait présentée dans une version embryonnaire à la galerie d’art contemporain Arsenal au printemps dernier. C’est une œuvre qui aborde l’artificialité et les façons que celle-ci séduit l’humanité en cette période d’avancées technologiques fulgurantes. On s’interroge sur l’humain du futur, sur les manières dont, peu à peu, il devient lui-même une forme de technologie. Les danseurs seront notamment habillés en latex transparent, comme pour donner l’impression d’une peau artificielle.

Par Olivier Boisvert-Magnen

Le vernissage de The ________ Between aura lieu le 6 novembre à l’hôtel William Gray.

Photo (couverture): Bobby Leon

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