Marina Abramović préparant son œuvre "Rising" (produite par Acute Art)

Septembre 2019. Près d’un demi-million de personnes sur l’île de Montréal à manifester pour le climat. Une marche historique au Canada. Si la prise de conscience prend de l’ampleur chez les citoyens, certains artistes contemporains intègrent ces questionnements environnementaux dans leurs démarches. Loin d’être coupées du visiteur, leurs œuvres l’impliquent dans leur processus. Voici une sélection non exhaustive de regards engagés sur notre futur. Quand art et science se rencontrent.

Olafur Eliasson et le changement climatique

L’artiste dano-islandais Olafur Eliasson a passé une grande partie de son enfance à observer les paysages changeants et les phénomènes naturels de son Islande natale. Ses œuvres, depuis la fin de ses études en 1993, en découlent. C’est d’ailleurs à cette date qu’il produit Beauty à l’aide d’un tuyau d’arrosage percé et d’un dispositif d’éclairage dirigé sur un fin rideau de pluie. Un arc-en-ciel apparaît alors selon notre position dans l’espace. L’œuvre de réalité virtuelle Rainbow en est inspirée. L’eau offre un moment magique et mêle fascination et contemplation.

"Rainbow" by Olafur Eliasson (produced by Acute Art)

En 2003, le solaire et merveilleux The weather project a fait prendre conscience à Olafur Eliasson de l’impact d’une oeuvre sur son public: «J'ai compris à ce moment-là que le temps - et, par extension, le climat - agit sans cesse sur nous, nous influence, et que c'est tout aussi vrai de notre rapport à une œuvre d'art.»

L’installation Ice watch, réalisée par le Studio Eliasson pour la Cop21 à Londres, Copenhague et Paris, a tout autant marqué les esprits en hiver 2015. Composée de douze blocs de glace et disposée comme le cadran d’une horloge devant le Panthéon, cette installation mise en place avec le géologue Minik Rosing représentait sans détour un compte à rebours de notre planète.

J'ai compris à ce moment-là que le temps -et, par extension, le climat- agit sans cesse sur nous, nous influence, et que c'est tout aussi vrai de notre rapport à une œuvre d'art.

Cent tonnes de glace venues du Groenland disparaissaient sous les yeux émerveillés et désœuvrés des visiteurs européens. Le volume de glace exposé était le même qui, à chaque centième de seconde, fond dans le monde. «L'un des graves problèmes aujourd'hui est l'indifférence, l'insensibilité aux problèmes des autres», a déclaré Olafur Eliasson, ajoutant : «On manque terriblement d'empathie, où que le regard se porte. L'art, je pense, peut s'y opposer car il cherche toujours à toucher les gens, à les émouvoir.»

Rising de Marina Abramović s’inscrit dans le même ordre d’idée. L’artiste serbe a indiqué à ce propos à Dazed: «Les icebergs fondent, les eaux montent et ce qui était de la science-fiction il y a cinquante ans est aujourd’hui aux bords de nos villes.» La représentation virtuelle découle d’une performance de l’artiste serbe, dont chaque mouvement et expression faciale a été capté par Acute Art. L’artiste a performé dans un bassin se remplissant d’eau et les techniciens ont créé son avatar sur mesure. Cette oeuvre nous met face à la fonte des glaciers et l’élévation du niveau de la mer (de deux mètres d’ici la fin du siècle).

Si l'expérience mobilise l'empathie du visiteur, celui-ci ressent une frustration, se voyant impuissant face à l’incapacité de sauver la protagoniste de la noyade. «Ce n'est que lorsque nous nous changeons nous-mêmes que nous pouvons changer les autres. L'eau compte», clame Abramović.

"Rising" by Marina Abramović (produced by Acute Art)

Face à l’état d’urgence, celle-ci nous propose de passer à l’action dans la vie de tous les jours via l’application Rising afin de reconsidérer notre empreinte écologique et l’impact que nous avons sur la planète. Selon un article de Radio-Canada, si rien n’est fait, environ 1,79 million de kilomètres carrés de terres (soit la superficie du Québec) seront engloutis par la mer, notamment des régions essentielles à la production alimentaire, forçant ainsi le départ de 187 millions de personnes. L’engagement social est l’une des clés pour y faire face.

Lines (57° 59′ N, 7° 16’W), mise en lumière de la montée des eaux

Pekka Niittyvirta et Timo Aho, artistes finlandais, ont dressé dans un village écossais des lignes lumineuses qui indiquent le futur et probable niveau des eaux si aucune action concrète n’est engagée pour ralentir le réchauffement climatique. Niittyvirta traite des conséquences des actions humaines dans son travail, ainsi que des projets liés à la société, à la technologie, à l'environnement et au marché financier.

L’installation située sur l'archipel d'Uist, au large de la côte ouest de l'Écosse, explore l’impact catastrophique de notre relation avec la nature et ses effets à long terme ainsi que la menace imminente. L’œuvre lumineuse invite à un dialogue sur la manière dont l’élévation du niveau de la mer affecte les zones côtières, ses habitants et l’utilisation des terres à l’avenir. Ces lumières LED présentes sur les murs des maisons et placées également dans les paysages voisins interagissent par des capteurs actionnés par la marée.

Antarctica World Passport, citoyens sans frontières

Ouvrons une brèche dans l'iceberg, avec le duo d’artistes Lucy+Jorge ORTA, composé de la Britannique Lucy Orta  et de l'Argentin Jorge Orta. Fondé en 1992, le Studio Orta oscille entre Londres et son studio de recherche artistique en région parisienne. Ses œuvres sont exposées dans le monde entier et beaucoup d’entre elles traitent de sujets sociaux et de l’urgence écologique à plusieurs niveaux. L’une d’elles, un bureau des passeports conceptuel, nous questionne: «Comment la pratique artistique peut-elle ouvrir une nouvelle perspective critique, en regard des problèmes croissants du monde? Comment les œuvres d’art peuvent-elles générer et nourrir un dialogue constructif?».

On manque terriblement d'empathie, où que le regard se porte. L'art, je pense, peut s'y opposer car il cherche toujours à toucher les gens, à les émouvoir.

En itinérance dans les centres d’art et accessible en ligne, l'installation Antarctica World Passport invite les visiteurs à enregistrer leur demande et à devenir membres du projet Communauté Antarctique Mondiale qui réunit des citoyens du monde entier autour d’une charte éco-responsable. Cette œuvre mobile est faite de bois, drapeaux et objets de sauvetage. Elle abrite des douaniers-médiateurs armés de passeports et d’étampes réalisés par le Studio ORTA. Une belle manière de mobiliser les citoyens pour protéger l’Antarctique, agir contre le réchauffement climatique et lutter pour la paix.

Antarctica World Passport (credit: Studio Orta)

D’autres artistes nous proposent d’explorer leurs propres éléments de réponses dans le cadre de l’exposition Cadavre exquis qui se déroule jusqu'au 19 janvier 2020 au Centre Phi: Density de Koo Jeong A, To the Moon de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang, ainsi que Lunatick de Antony Gormley et Priyamvada Natarajan.

Text by Hélène Gruenais
About Centre Phi
The Phi Centre is a versatile space with venues that adapt to accommodate the event at hand: launches, conferences, seminars, screenings, exhibitions, concerts, performances, interactive installations. It has creative studios and production suites equipped with the latest technology for all artistic needs. It’s a multifunctional centre where art can express itself in its various forms. It’s a space where people can exchange, learn, discover, launch, shoot, record, and more.

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