Depuis deux ans, Catherine Bilodeau s’investit corps et âme dans le développement de SOIR, festival d’arts multidisciplinaires qu’elle a cofondé avec son mari Thomas Bourdon. Après une édition sur Mont-Royal plus tôt cet été, l’événement reviendra prendre d’assaut les rues Beaubien et Ontario ce mois-ci avec une myriade de projets artistiques, allant de la musique aux arts visuels en passant par le cinéma et les arts vivants (théâtre, performance, danse). Entrevue avec une entrepreneure dévouée qui fait confiance à son instinct.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui t’a attirée vers le milieu des arts?
J’ai étudié en cinéma au Cégep Saint-Laurent. J’étais pas particulièrement passionnée par le cinéma, mais j’étais attirée par l’idée de travailler en équipe sur un plateau, de faire du montage. C’est un peu absurde, mais j’ai un peu choisi ce programme-là car je trouvais que les locaux étaient beaux! (rires) En 2013, je suis partie six mois en Amérique du Sud et j’y ai rencontré un Britannique qui travaillait dans le domaine culturel. Il me parlait des tâches qu’il accomplissait, et ça m’a vraiment ouvert les yeux. C’est pas mal là que j’ai compris que je voulais davantage travailler en coordination ou en production de films qu’en réalisation.

À mon retour, mon objectif, c’était de rentrer dans le programme de stratégies de production à l’UQAM. Le problème, c’est que j’avais pas des notes assez élevées et, surtout, que les inscriptions étaient terminées pour la session prochaine. Bref, après être passée par la mineure en arts et sciences de l’Université de Montréal et la majeure en communication à l’UQAM, on m’a ouvert les portes du programme que je convoitais... mais j’ai fini par tout lâcher pour fonder SOIR!

Plus précisément, qu’est-ce qui t’a menée à cofonder ce festival avec ton mari?
Thomas étudiait en sociologie et, ensemble, on avait souvent des longues discussions sur notre avenir. On avait vraiment envie de bâtir quelque chose, de se démarrer une entreprise ou un projet quelconque. On a d’abord essayé de faire un court métrage avec des amis, mais c’était tellement pourri qu’on a fini par ne jamais le monter!

Après ça, on est repartis complètement à zéro avec l’idée de développer un événement qui ressemblerait aux Firsts Fridays de l’avenue Telegraph à Oakland. J’y étais déjà allée et j’avais été enchantée de voir qu’une journée par mois, sur la même rue, il y avait plein de galeries qui faisaient des vernissages, et plein de performances et de spectacles de musique à chaque artère. On trouvait qu’il manquait de contextes décentralisés du genre à Montréal et on a eu cette idée de créer un festival pas trop encadré qui aurait comme mission de démocratiser les lieux du quotidien et les intégrer à l’art. Bref, c’est l’idée d’être confronté à l’art de manière informelle, de se rendre à un spectacle de musique, mais de se permettre d’errer et de tomber sur un spectacle de danse contemporaine. Au lieu de miser sur des gros noms, on voulait miser sur une expérience éclatée.

En deux ans, comment ton rôle a-t-il été amené à évoluer au sein du festival?
Il y a beaucoup de tâches que j’ai délaissées. Avant, j’avais plus de contacts directs avec les artistes et les commerces, alors que maintenant, je travaille plus de manière acharnée sur le développement du festival, notamment sur la mise en place d’autres éditions qu’on prévoit faire dans d’autres villes du Québec. Aussi, on a ajouté une nouvelle division à notre entreprise l’an dernier: Pestacle, qui regroupe une dizaine d’artistes visuels, allant de la peinture à la réalité virtuelle. Notre but est de les accompagner dans leur travail et de diffuser leurs œuvres dans différents évènements artistiques.

Avec ces nouvelles tâches qui s’ajoutent, on se doute que ton horaire doit être plutôt chargé. Est-ce que cette implication nécessite des sacrifices personnels?
Avec Thomas, on fait pas grand-chose d’autre que travailler! On a eu deux jours de congé il y a deux semaines, mais encore là, c’est sûr qu’on pouvait pas s’empêcher d’aller sur l’ordinateur pour voir si tout était correct. À nos débuts, c’était encore plus exigeant, car on avait parfois de la misère à payer notre loyer. Il fallait donc aller travailler dans un café pendant un moment et continuer à plancher sur SOIR. Là, on ose espérer que ça va aller mieux. On a eu une subvention du Conseil des arts de Montréal, une autre d’Emplois d’été Canada, une autre de l’arrondissement de Rosemont… Malgré tout, c’est sûr qu’on travaille avec des budgets un peu ridicules.

Est-ce qu’il y a une séparation claire entre votre vie personnelle et professionnelle? Quels sont les avantages et inconvénients de ce genre de relation amour-travail?
L’avantage, c’est qu’on n’arrête jamais de parler de notre projet. On n’a pas de moment de décrochage et, en quelque sorte, ça fait constamment avancer le festival. C’est certain qu’on a eu plusieurs défis communicationnels au début qui nous ont amenés à mettre cartes sur table concernant certaines situations ou problématiques. Ça nous a forcés à communiquer de façon claire, ce qui est forcément bon pour notre couple.

Au-delà de ces enjeux personnels, quels sont les principaux défis auxquels tu as dû faire face dernièrement?
Mon principal enjeu, c’est que l’équipe et les artistes soient heureux. Évidemment, il y a toujours un aspect financier qui importe là-dedans. Pour les musiciens, on arrive à les payer par la rentabilisation de la vente de billets, alors que les artistes visuels arrivent à se payer en vendant de leurs oeuvres. Par contre, on n’a pas encore de cachet fixe à donner aux projets d’arts vivants. Malheureusement, on ne peut pas mettre de billets à la porte, car ça viendrait briser l’idée de la découverte, inhérente au concept du festival. Aussi, ces projets d’art sont souvent mis en place dans des commerces, et ce serait impensable d’empêcher un quelconque client d’aller boire son latté s’il refuse de payer son entrée. Bref, pour l’instant, on a instauré une cagnotte «Pay What You Can», qui fonctionne tout de même bien. L’initiative sur laquelle on travaille serait d’implanter une passe SOIR, qui permettrait au public d’accéder à tout le festival et qui, en fonction du nombre de ventes, nous permettrait de payer tous nos artistes.

Actuellement, qu’est-ce qui t’emballe le plus dans le milieu des arts au Québec?
L’ouverture des gens en général. On travaille avec beaucoup de diffuseurs et de partenaires culturels, et tous ont une bonne drive. Peu importe les moyens qu’ils ont, ils veulent embarquer avec nous, tout simplement pour l’amour de se lancer dans quelque chose. Ça donne un milieu qui s’entraide beaucoup avec une dynamique très agréable et enrichissante.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
Il y a des cloisons entre les disciplines artistiques qui sont parfois nuisibles. Que ce soit la danse, le théâtre ou la musique, les attitudes et les codes sont différents. Ça donne une culture très compartimentée. Sinon, je trouve également qu’il y a une distorsion dans la vision que le public a de la culture. Souvent, le public va être prêt à payer 1$ pour une bouteille d’eau, alors que l’eau est gratuite, mais va hésiter à payer 1$ pour une chanson sur laquelle 50 personnes ont travaillé. Je trouve que, collectivement, on a de la difficulté à donner de la valeur à notre culture.

En terminant, quels sont les incontournables de la programmation des prochaines éditions de SOIR?
Pour l’édition de Beaubien, on a une production maison assez intéressante: Hunger Paint, qui est un genre de ligue de lutte d’artistes visuels. Plus précisément, chaque peintre a un personnage avec un costume et doit peindre chacun de son côté sur un canevas qu’on a mis au sol, tout près du métro Beaubien. Après, on a instauré des règles variées, et chaque artiste est amené à faire des interventions sur le travail de l’autre. Ça donne un résultat assez éclaté. Ensuite, il y a le show final à l’église Saint-Édouard, qui est toujours le moment magique clôturant la soirée. Cette fois, ce sera Elle Barbara et Bernardino Femminielli qui vont être sur scène. Il va y avoir aussi des trucs assez funky comme Cry Baby, un show de théâtre à l’épicerie Le Petit Coin, et le parcours arts visuels, qui s’arrête notamment au Ausgang Plaza avec l’expo vraiment cool de Niti Marcelle Mueth.

Pour l’édition d’Ontario, il y aura beaucoup plus d’expositions extérieures, car le festival aura lieu en même temps que la vente-trottoir. Sinon, à l’intérieur, il y aura entre autres un show vraiment trippant avec Mon Doux Saigneur et Alex Burger dans une taverne. Il y aura aussi KNLO et Naya Ali qui performeront au Chic Resto Pop, un centre communautaire qui donne des repas à bas prix aux gens du quartier.

SOIR:
Le 10 août sur la rue Beaubien
Le 31 août sur la rue Ontario

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