Entrepreneur dans l’âme, André Bathalon a déambulé dans les milieux du dessin animé et du commerce électronique avant d’avoir un vif coup de cœur pour une ville floridienne, qui l’a poussé à cofonder Mural avec son meilleur ami et deux autres partenaires. Agissant maintenant à titre de porte-parole et de conseiller à la direction artistique du festival d’arts urbains montréalais, il entrevoit les défis qui se présentent à lui avec une passion vive et un calme serein.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui t’a attiré vers le milieu des arts urbains?
J’ai toujours été attiré par les arts. Mon père est céramiste de métier, et je suis entouré de créateurs et d’artisans depuis que je suis petit. Enfant, je voulais faire des dessins animés pour Disney et des effets spéciaux pour Star Wars. Je trouvais ça fantastique que les dessins de ces gens-là puissent être diffusés sur grand écran. Dès que j’ai pu faire un choix dans la vie, je suis allé en arts plastiques à l’école, ce qui m’a amené vers le dessin assisté par ordinateur. J’ai ensuite travaillé dans cette industrie-là pendant six ou sept ans, notamment pour le cinéaste Roch Demers qui s’était parti un studio de dessin animé à la fin des années 1990.

Parallèlement à ça, mon amour de l’internet a grandi. Dès 1997, je capotais sur Ebay et, plus généralement, sur cette idée de grosse plateforme où tout le monde peut vendre ou acheter quelque chose. J’ai donc travaillé de concert avec l’artiste montréalais Pin Barnart, qui vendait des très beaux dessins en sharpie sur les marches d’une église. J’ai d’abord mis 2-3 de ses œuvres sur internet et, peu à peu, je suis devenu son canal de vente. Tout ça m’a amené vers le milieu du «art toy», une tendance créée par les Japonais qui consistait à créer des jouets artistiques en vinyle à édition limitée. En m’inspirant de la plateforme américaine Kidrobot, j’ai créé ma propre business de vente en ligne: Karma Toy. C’est durant ces années-là que je suis allé étudier en commerce électronique à HEC.

Ensuite, qu’est-ce qui t’a mené à cofonder Mural?
Entre 2007 et 2009, j’ai été super malade. En deux ans, j’ai dû rester à l’hôpital pendant huit mois. Tout ce que j’avais à faire, c’était de penser à ce que je voulais faire dans la vie. Le «art toy», c’était quelque chose d’assez niché, et je savais que je pouvais trouver un projet plus grand public. C’est là que mon ami Yan Cordeau, qui travaillait au département marketing du Cirque du Soleil, m’a annoncé que sa nouvelle patronne était ouverte à développer des nouvelles idées créatives et qu’un programme de bourse de plusieurs milliers de dollars était destiné à ça. On est arrivés avec le projet Safewalls qui, en gros, consistait à inviter des artistes visuels à revisiter les affiches promotionnelles de l’histoire du Cirque du Soleil.

C’est durant un voyage à Miami relié à ce mandat-là qu’on est arrivés à Greenwood, un quartier semi-industriel habité par des utilisateurs de drogues dures et des entrepôts de pneus et, curieusement, de perruques. Là-bas, il y a deux ou trois propriétaires qui s’étaient donné le mot pour demander à des artistes de venir peindre leurs murs. L’idée a tranquillement fait son chemin dans le quartier et, quand on y est retournés en 2010 et en 2011, il y avait toujours plus d’artistes qui avaient réalisé des œuvres. C’est là qu’on a eu l’idée d’amener le concept à Montréal, en s’assurant de corriger les irritants de Greenwood.

Pour soutenir Mural, tu as créé la compagnie de marketing créatif LNDMRK avec Yan Cordeau et deux autres partenaires, Alexis Froissant et Nicolas Munn Rico. Comment s’est déroulée la conception à quatre têtes? Y’a-t-il parfois eu des frictions au sein de la direction?
Au départ, on est deux duos de meilleurs amis avec un espacement important dans nos âges. Yan et moi, on approche de la quarantaine, alors qu’Alexis et Nicolas viennent d’entrer dans la trentaine. Ça fait en sorte qu’on a une dynamique parfaite, car on se complète bien. Durant les premières années, on a vraiment tout fait. On ne savait pas qu’en créant Mural dès les balbutiements de LNDMRK, on aurait autant de travail. La courbe d’apprentissage a donc été vraiment abrupte! La clé de notre réussite, c’est qu’on n’a jamais eu peur de se questionner, d’être l’avocat du diable et de ranger notre ego dans le tiroir. Là, ça va mieux. Le festival est commencé, et c’est la première fois que je bois un café sans être trop stressé.

Comment ton poste a-t-il été amené à évoluer dans les dernières années?
Au début, on s’était divisé le festival en quatre rôles: gestion des opérations, des commandites, de la production et des communications. Moi j’avais hérité des communications, mais je me retrouvais à faire un peu de tout durant le festival, autant de la vente de t-shirts que de la collecte de poubelles ou de la gestion de boulettes de hamburger. On a gardé ces rôles-là jusqu’en 2015, année où on a décidé d’engager quelqu’un pour assurer la direction générale. On venait de se rendre compte que Mural nous demandait trop d’énergie face à LNDMRK, qu’on avait de la difficulté à développer. Maintenant, je fais donc davantage de création de projets pour l’agence, mais j’ai aussi gardé mon rôle à la vice-présidence du conseil d’administration du festival, en plus de ceux de conseiller à la direction artistique et de porte-parole.

Avec tous ces mandats, on imagine que ton agenda doit souvent débordé. Quels sont les sacrifices qu’un métier de la sorte nécessite?
Les premières années ont été intenses. On a mis beaucoup d’argent dans l’entreprise, à un point où l’on a dû manger du spaghetti tous les jours pendant six mois. Notre budget était extrêmement restreint, mais l’avantage de travailler constamment, c’est qu’on ne dépensait pas. Quand on eu le feu vert pour créer la première édition du festival, c’était en janvier 2013, ce qui nous laissait un maigre quatre mois et demi pour tout organiser. On a donc doublé nos heures de travail pour faire comme si on avait neuf mois devant nous! Évidemment, on a dû mettre la hache dans pas mal tout, autant dans les blondes, les amies et les sorties.

Dernièrement, quels sont les principaux défis professionnels auxquels tu as dû faire face?

C’est toujours le financement qui est difficile. C’est ça qui prend 80% de notre énergie et de notre stress. Quand tu veux de l’argent d’un commanditaire, c’est rare que tu vas en recevoir uniquement parce que les compagnies aiment ce que tu fais. Ils veulent toujours de quoi en retour, et il faut contrôler leurs attentes, en trouvant le juste milieu entre le rayonnement du partenaire et la nature de notre évènement. En quelque sorte, on est chanceux puisque les murales commerciales sont interdites sur le Plateau. Ça nous aide dans nos négociations commerciales, car tout de suite, on leur dit que cette option n’est pas envisageable. Ça nous oblige donc à redoubler de créativité. À mon sens, l’art un véhicule incroyable de communication si tu sais bien l’utiliser.

Actuellement, qu’est-ce qui t’emballe le plus dans le milieu des arts urbains au Québec?
Ce qui m’épate, ce sont les possibilités, tous ces paramètres d’innovation qu’on peut ajouter afin de pousser les œuvres plus loin. En ce moment, le fusionnement des pratiques que met de l’avant la technologie permet une renaissance des arts, et on en voit seulement la pointe de l’iceberg. Soudainement, on découvre un langage qui permet de créer plus, notamment grâce à la réalité virtuelle et à la réalité augmentée. Juste de penser à ça, ça me donne de frissons. C’est à la fois sublime et épeurant.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
J’aimerais que l’art public puisse être intégré dès le départ dans les projets d’envergure plutôt qu’à la fin. Actuellement, on fait appel aux arts urbains pour mettre des chandelles sur un gâteau, alors qu’on gagnerait à les incorporer dans la recette originale. De cette façon, elles feraient partie intégrante de l’urbanisme et de l’architecture de la ville. Les gens auraient une meilleure compréhension de ce qu’est l’art public et, par conséquent, passeraient moins de temps à critiquer les investissements dans l’art.

En terminant, quels sont les incontournables de la programmation de cette 6e édition de Mural?
Il y a notamment l’exposition du groupe Canadian Tuxedo, dédiée à des artistes qui créent des œuvres sur des vestes de denim. Ça se passe au local de Oatbox jusqu’au 18 juin. Ensuite, du 14 au 17 juin à l’Espace 8, il y a l’expo de Gab Bois, une jeune photographe montréalaise très talentueuse. Profitez-en pendant qu’elle est encore chez nous, car bientôt, sa carrière va exploser! Enfin, il y a le Grill Saint-Laurent les 13 et 14 juin qui est toujours un incontournable. Je suis un grand fan de BBQ, alors chaque année, je finis par manger beaucoup trop et à avoir de la difficulté à rentrer dans mes pantalons.

Le festival Mural a lieu jusqu'au 17 juin.

Entrevue par Olivier Boisvert-Magnen
Photos: courtoisie de Mural (1 et 2) + Justine Leroux (3) + Gaspard Nahmias (4)

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