Du 15 octobre au 12 novembre, DHC/ART Fondation pour l’art contemporain sera l’hôte de l’exposition Björk Digitalprésentée par la Red Bull Music Academy et Phi. 

En 2011, Björk lançait Biophilia, un projet musical et pédagogique d’envergure comprenant un album de 10 chansons, une suite d’applications pour les plateformes Apple et Android, une série de concerts-résidences et d’ateliers éducatifs offerts à travers le monde ainsi que la réalisation d’un documentaire et d’un concert filmé. Dès sa sortie, les critiques sont quasi unanimes: The New York Times qualifie le projet de «paradigme possible pour l’album du 21e siècle», alors que The Guardian sacre Björk de «dernière grande innovatrice de la musique pop».

Le projet Biophilia confirme l’importance de deux concepts souvent croisés dans l’œuvre de Björk: la nature et la technologie. Si la nature est un leitmotiv des albums de l’artiste dès Debut (1993), la technologie est un outil utilisé dans toutes les étapes de son processus créatif. Dans The Modern Things, chanson parue sur l’album Post en 1995, Björk chante:

All the modern things
Like cars and such
Have always existed
They’ve just been waiting
In a mountain
For the right moment
Listening to the irritating noises
Of dinosaurs and people
Dabbling outside

Par ces paroles en apparence simple, Björk se livre à une réflexion originale sur le potentiel créatif de la technologie dans nos sociétés. Les technologies utilisées dès les premières phases de la révolution industrielle ont des impacts écologiques majeurs à l’échelle mondiale. L’impact se fait sentir jusqu’à la redéfinition de notre rapport à la nature, maintenant comprise comme une ressource à (sur)exploiter. Or, plutôt que d’adopter une position défensive ou de comprendre la nature et la technologie comme deux forces conflictuelles, Björk propose de repenser la technologie par l’acte créatif. Si les développements technologiques des sociétés modernes sont inévitables, entre autres parce qu’ils sont le moteur des économies capitalistes contemporaines, il est tout aussi possible de les mettre à profit d’une autre manière.

Ainsi, les séquenceurs portatifs, comme le QY20 utilisé pendant l’écriture d’Homogenic (1997), permettent à l’artiste de composer en pleine nature, sans s’encombrer d’équipement superflu. Lors de la composition de l’album Vespertine, elle affirme au magazine Wire avoir choisi d’utiliser des instruments – harpe, boîte à musique, célesta – qui allaient conserver une certaine qualité d’écoute après avoir été convertis en .mp3 et téléchargés sur un ordinateur. Lors de l’écriture de Biophilia, c’est l’écran tactile qui deviendra la principale technologie maîtrisée par l’artiste. Björk y voit d’abord la possibilité d’utiliser et de concevoir de nouveaux instruments pour rendre le jeu de ses musiciens plus tangible. Déjà, lors des concerts offerts pour l’album Volta (2007), les spectateurs pouvaient voir sur quelques écrans des images tirées de la Reactable et des consoles Lemur, deux instruments utilisés par les musiciens de la tournée.

Crédit photo: Santiago Felipe

Dans une entrevue récente accordée à The Guardian, Björk pousse plus loin sa réflexion sur l’importance de la technologie, y voyant un outil d’émancipation important pour les artistes comme pour le public: «Quand l’ordinateur portable a été commercialisé, je n’ai plus eu besoin de studio d’enregistrement. [...] Maintenant, je peux écrire ma musique n’importe où. Pour une femme, c’est libérateur, puisque je n’ai plus besoin du monde patriarcal des studios d’enregistrement pour créer ma musique. Plutôt que de me limiter à quelques petits enregistrements avant de passer en studio, je peux en faire jusqu’à 90% par moi-même.»

Si la technologie est source de liberté créative, elle permet également à Björk de présenter au public sa vision de la musicologie à travers les applications de Biophilia. À mille lieues de l’enseignement académique étouffant qu’elle a connu dans sa jeunesse, ces applications proposent au public d’en apprendre plus sur les phénomènes musicaux par le plaisir et l’intuition. Chacune des chansons de l’album est transformée en application, ce qui permet à tout un chacun de mieux comprendre certains concepts musicaux essentiels comme les gammes, les accords, le contrepoint ou les arpèges.

La parution de Biophilia s’inscrit finalement dans une période de redéfinition des modes de présentation et de commercialisation de la musique, affectés par de nouvelles plateformes de distribution en ligne. Au même titre que l’album «payez-ce-que-vous-voulez» In Rainbows de Radiohead ou des récents albums visuels de Beyoncé et de Frank Ocean, l’album-application Biophilia cherche à redéfinir les limites du format conventionnel du disque.

Pendant Björk Digital, les visiteurs ont d’ailleurs la chance d’explorer les applications-chansons de Biophilia, présentées sur des iPad dans une des salles d’exposition. Björk se propose comme «celle qui fait le pont entre les choses humaines et la technologie», à nous d’en faire l’expérience.

Article rédigé par Daniel Fiset (DHC/ART Éducation)

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