Le 19 août, les humoristes Tranna Wintour et Thomas Leblanc lancent leur podcast Chosen Family, qui sera diffusé deux fois par mois sur le site Web du Centre Phi, SoundCloud et iTunes. Au programme, des entrevues, du storytelling devant public et des discussions musclées autour d'enjeux d'actualité, proposés par deux complices renommés pour leurs cabarets queer bilingues qui font courir le Tout-Montréal.

Comment préférez-vous être présentés aux gens qui ne vous connaissent pas, ou peu?
Thomas Leblanc: Chroniqueur radio, réalisateur, humoriste avec un sentiment d'imposteur (quoique de moins en moins). Je suis plein de choses en fait. Résident du Mile-End. Roux. Je ne m'identifie plus comme un homme gai, je préfère le mot queer.

Tranna Wintour: In an ideal world, I don't need to present myself. (Laughs) I'd feel free to just be who I am, no justification, no labels but people seem to need them. So if I have to check a box, the obvious ones are transgender and performer. I like the French word comédienne, it elevates feminity beyond comedy.

Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble?
TL: Je voulais me lancer en humour depuis plusieurs années et je rêvais de faire un show sur le phénomène Céline Dion, que je trouve fascinante parce qu'elle a su rester elle-même malgré son succès planétaire. J'assistais à un spectacle solo de Tranna et elle a demandé à la foule: «Qui est votre diva préférée?». J'ai répondu «Céline», ce qui l'a un peu choquée.

TW: I was never a fan of Céline, there was something in her I instinctively disliked. I'm sure part of it is plain jealousy and it's not that black and white anymore. Céline is such a big dork, she's not cool, even though the perception of her is changing...

TL: On est quand même devenus amis sur Facebook, puis on s'est rencontrés dans un party de Noël et, un jour, on s'est appelés et on a décidé d'assister à la veillée funèbre de René Angelil (NDLR: l'époux de Céline Dion, décédé en janvier 2016).

TW: But our plans were foiled, we were late, so we decided to grab a coffee instead. We became creative partners first, then friends. The very next April, we launched our live queer cabaret with stand-up, sketch, live music, burlesque and drag performances. The first show was called, what else, Sainte Céline: A Dion Cabaret.

TL: On a récidivé le Noël suivant avec Sweet Mariah (là, c'est moi qui n'aime vraiment pas Mariah Carey!), puis, récemment, avec le cabaret Crazy Sexy 90's, qui s'inspire de nos enfances queers dans les années 90, avant Internet, quand la télé, la radio, les magazines et la musique ont contribué à façonner notre identité. C'était complet tout le temps, c'était aussi crazy que le show finalement.

Quels sont les avantages d'un podcast par rapport aux médias plus traditionnels?
TL: Les podcasts sont comme des minishows diffusés live. Je me suis beaucoup inspiré des podcasts en humour qui tournent souvent autour d'une conversation. Je pense à WTF with Marc Maron, un humoriste américain qui signe un podcast depuis 10 ans au moins, avec plus de 500 épisodes déjà produits. J'aime aussi le podcast des 2 Dope Queens, deux filles cabotines de New York, qui combine entrevues décalées et performances devant public. Avec Chosen Family, on avait envie de produire un podcast dans l'esprit radio, où on inviterait des gens avec qui on rêve de discuter.

Racontez-nous un podcast typique avec ses invités.
TW: We have a very loooong wish list and some very interesting people will be coming to Montreal soon. Between Thomas and I, we know a lot of incredible actors, writers, directors... There'll be a main theme usually, with a live segment streamed on Facebook, because preserving the live experience is very important to us. We'll have Skype conversations, like a "friend calling home" kind of idea. The main focus though remains an interview with a favourite guest, someone we love. In the first podcast, we're chatting with stand-up comedian Jen Kirkman, who people know through Chelsea Lately.

TL: Le critère le plus important? On veut parler avec des gens qui ont des tas de choses à dire et 30 minutes suffisent à peine. Le choix se fera un show à la fois. On est intéressés tous les deux par la culture populaire et la célébrité. Personnellement, mon regard est plus alternatif et underground, j'ai besoin d'être au courant de tout ce qui se passe, tout ce qui sort. J'ai des goûts très variés.

D'où vient le titre de votre podcast, Chosen Family?
TL: C'est une expression qui vient du milieu queer et qui exprime la résilience. Chosen Family, ce sont les gens autour de toi que tu as choisis afin qu'ils deviennent ta famille. Avec notre podcast, on veut étendre ce concept de famille à l'univers créatif en soi.

Pourquoi un podcast bilingue?
TL: Les gens de ma génération sont tous bilingues. On arrive à se comprendre dans les deux langues, même si c'est à divers niveaux de confort. Je suis francophone, mais je fais surtout de l'humour en anglais parce que je me reconnais plus dans les façons de faire de la comédie anglophone. En même temps, je n'ai pas honte d'être Québécois, certains jours je suis plus fier, d'autres moins, ça dépend de l'actualité. Mais comme Montréalais, le bilinguisme fait partie de ma vie, je travaille dans les deux langues et, à la limite, je vois la personne qui me parle et non la langue utilisée, qui devient un outil. Notre podcast sera environ 80% anglais, 20% français, à cause des gens qu'on a envie de rencontrer et non pas par choix politique.

Tranna, in a 2014 interview in the Montreal Gazette, you said: "Everything and everyone in entertainment has become so disposable." Do you still feel that way?
TW: More than ever! With so many new platforms and formats, you need to fill the space with something. Anything. It's impossible to cram that amount of bandwidth with quality work all the time, so content is created quickly for instant consumption. Everyone seems to get bored with a song five minutes after it comes out. Entertainment seems less and less created to last, it's meant to fill the need for the new.

TL: Parallèlement, il y a un mouvement slow auquel le podcast appartient. Ce n'est pas du contenu en continu ou une quotidienne de deux heures. Chosen Family dure 50 minutes et sera présenté deux fois par mois, la qualité va être au rendez-vous. J'ai confiance en l'avenir des médias à cause de ces nouvelles plateformes. Je ne suis pas aussi pessimiste que Tranna! (Rires)

TW: Yeah, I'm an alarmist. If it leads to more freedom, I'm okay to be wrong.

Vous avez dit par le passé que le climat politique actuel vous semble sombre et incertain. Quel rôle occuperont les questions politiques dans Chosen Family?
TL: On vit actuellement un repli qui n'est pas juste de la droite, qui n'est pas limité au populisme et au phénomène Trump. On voit la même chose à gauche, une escalade des points de vue, un manque d'ouverture avec plein de gens qui cherchent à se conforter dans un camp. Pour le meilleur et pour le pire, on assiste à une révolution à tous les niveaux, à commencer par le travail et donc l'argent. Alors, on se replie sur ce qu'on est. On oublie le sens du dialogue, surtout avec les gens en désaccord avec nos valeurs. Dans Chosen Family, je veux explorer ces angoisses, mais avec la même autodérision que dans mon travail. Je suis extrêmement politique, donc c'est sûr que ça va s'exprimer, encore plus face à quelqu'un avec un point de vue affirmé. Rien de plaqué ou de forcé par contre. Le fait de présenter un podcast bilingue et queer, le fait d'être un Canadien français fier de sa langue, mais qui travaille en anglais, ce sont déjà des gestes politiques.

TW: Some people say a trans person shows more bravery just stepping out the door in the morning, it's a show of empowerment. I don't really think about my existence in that way, I am unapologetic about who I am. Yet people around me see bravery in that. A lot of what happens today in politics and the media is telling you to be ashamed of who you are. We've been taught our lives don't matter as much, I say we will occupy space in this world. These are defining times.

Parlerez-vous d'être queer ou trans et d'identité sexuelle en général?
TL: On ne veut pas faire de l'identité sexuelle notre principal sujet de conversation, ce n'est pas le but de Chosen Family. L'identité sexuelle s'exprimera plus dans le choix des invités, majoritairement féminins, majoritairement queer. Personnellement, en tant que gars queer, je ne suis pas si à l'aise avec les hommes straight dans la vie... Ça ne veut pas dire que notre podcast n'est pas pour eux: lors de notre dernier show, la salle était pleine de gars straight avec leur blonde.

TW: It's always about being transgender whenever I give interviews. I'm happy to talk about other things, you know what I'm saying? Yes, being trans affects my life and how I live it. If I go to an event not wearing makeup, not wanting to look super femme, I get tired about having to explain why. Straight white people never have to explain who they are fundamentally, they get to just be. I like that straight men are finally realizing how patriarchy is toxic for everyone though. What it means to be "a man" is not benefiting them. It benefits rich white men, but it's toxic for everyone else. Look at the statistics, men commit suicide much more than women! The idea of masculinity hurts them, but shaking it off is a slow, evolving process. That said, we're especially conscious of what we don't want, like some unevolved straight white male comedian on our show. Dude, you have a platform already, you don't need us!

Propos recueillis par Lynne Faubert
Crédit photo: Jimmi Francoeur

Pour célébrer le lancement du podcast Chosen Family, Tranna Wintour et Thomas Leblanc ont programmé une soirée avec leurs musiciens montréalais préférés: Ghost Love, Rose Bush et AWWFUL. L'événement Ghost Love X Chosen Family se tiendra le 19 août au Centre Phi.

Interview by Centre Phi
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