TRIANGLES

Le premier concours de création d’expériences de réalité virtuelle organisé au Québec, Montréal 3/60, visait à révéler les artistes et créateurs d’expériences en 360° de demain. À la suite du dépôt de près de 30 projets, trois équipes ont été sélectionnées en septembre 2016 pour participer à une résidence de trois mois chez Valtech, résidence à l’issue de laquelle elles devaient présenter une œuvre en 360° sur le thème «Montréal du futur». Le public peut maintenant découvrir les trois courts métrages au Centre Phi, dont l’œuvre gagnante: In/Future.

Nous avons rencontré Pierre Friquet, président du jury, alors qu'il revenait tout juste de deux mois de tournage en 360° dans le désert australien. Armé d'un café, le cinéaste nous a parlé de son parcours avant de répondre à nos questions sur le déroulement de la résidence.

À l’instar d’un Georges Méliès, le cinéaste fait partie de ces pionniers d’une nouvelle ère qui inventent leurs propres outils et techniques, expérimentent et échouent cent fois, mais gardent une croyance inébranlable en l’avenir de leur art. Né en France, il a étudié en Inde au prestigieux Film and Television Institute of India et a réalisé une vingtaine de courts métrages tournés sur pellicule avant de s’intéresser au 360°.

Après avoir réalisé plusieurs films immersifs aux quatre coins du globe, dont les très récompensés Jet Lag et Vibration, Pierre Friquet a rejoint le studio montréalais La Hacienda Créative pour développer leur département de réalité virtuelle. En octobre 2016, dans le cadre d’une résidence à la Société des arts technologiques (SAT), il réalise le triptyque Patterns, une série de courts métrages aux processus immersifs distincts (film 360°, film dôme et expérience interactive) qui permet de saisir l’approche philosophique du réalisateur face à ce qu’il l’appelle aussi le «cinéma total» (terme inspiré de l’écrivain René Barjavel). Dans Patterns, le spectateur voyage dans les souvenirs et les cauchemars d’un homme pour essayer de déceler un secret de famille qui apparaît sous une forme monstrueuse. «Grâce à la réalité virtuelle, nous pouvons plonger dans des états intérieurs, explique le cinéaste, en ce sens le spectateur est "psycho-naute": un cosmonaute de son propre subconscient».

In/Future

Quel était selon vous l’objectif du concours Montréal 3/60?
Le Centre Phi et Valtech ont donné l’opportunité à de jeunes créateurs d’expérimenter la création d’œuvres immersives en bénéficiant de mentorats d’experts du 360° et en ayant accès à des technologies utilisées seulement par une petite communauté dans le monde. Cette résidence leur aura permis d’explorer, de faire des erreurs, et de développer une réflexion autour de la réalité virtuelle.

Le Centre Phi a été l’un des premiers établissements dans le monde à proposer un lieu de diffusion permanent dédié à la réalité virtuelle. Il continue, à travers le concours, à développer l’une de ses missions: soutenir les nouvelles formes d’art et les artistes émergents.

Pour l’agence Valtech, pionnière dans les nouvelles technologies, l’objectif était aussi de rencontrer la relève et de former des gens aguerris à la 2D au 360°, pour éventuellement collaborer avec eux.

Vous étiez président du jury, mais votre rôle semble aussi s’être élargi.
Oui, mes responsabilités se sont étendues au fil du projet. Initialement, l’idée était de donner un feedback sur la définition des enjeux de la résidence et le choix des équipes. Finalement, je me suis totalement investi dans cette résidence, notamment dans la création et la supervision des ateliers, le choix des membres du jury, la sélection des dossiers, le choix des intervenants… Ce qui est intéressant, c’est que les mentors sont eux aussi allés au-delà de l’envie d’aider. Nous étions tous dans l’expérimentation.

Au début de la résidence, il y avait des choses qui n’existaient pas. Par exemple, Facebook, qui a commercialisé le casque Oculus Rift, avait proposé des plugins pour spatialiser le son. Avec Jean-Yves Munch (NDLR: mentor et ingénieur du son), on a pu offrir aux équipes ces outils dans leur version bêta. Chaque mois, l’arrivée de nouveaux outils pouvait révolutionner les technologies employées et contredire la méthodologie de travail établie avec les équipes.

La symphonie des grues

Tous les candidats avaient déjà un solide bagage en réalisation 2D, mais certains n’avaient jamais approché les technologies immersives avant de commencer la résidence. Comment s’est déroulée la transition vers le 360° pour ceux qui le découvraient?
Si on n’est pas un peu bricoleur, ce n’est pas évident de faire cette transition. Il faut d’abord remettre en cause les principes du cinéma: scénarisation, réalisation, espace, identification au personnage… En somme, il faut désapprendre. Certains venaient du documentaire, qui consiste à capter le réel. Or, l’idée en réalité virtuelle, c’est de sculpter le réel pour recréer le réel, l’image devient sculpture, ce n’est plus un moving picture, c’est un moving sculpture.

Aussi, la qualité d’un film immersif repose à 40% sur l’expérience du spectateur. Il n’y a pas d’angle ou de composition à définir: le spectateur accepte l’expérience telle qu’elle lui est offerte. Ce n’est plus un produit qu’il consomme. Donc avant toute chose, il faut oublier le quatrième mur, qui est une notion importante en cinéma et en théâtre. Par exemple, dans Strangers with Patrick Watson de Felix & Paul Studios, le quatrième mur est brisé quand le musicien regarde le spectateur.

Quels conseils avez-vous donnés aux apprentis pour gérer la contrainte de temps et les nombreux apprentissages inhérents à ce concours?
Fell fast! Faites des erreurs tout de suite. Il fallait que les candidats apprennent leur matière avant de passer à l’écriture. C’est le processus inverse de la réalisation de films en 2D. Je leur ai conseillé de travailler dès le départ avec une caméra Samsung Gear 360 et de simplement expérimenter avec l’équipement. L’objectif était de comprendre les méthodologies de tournage et de se rendre compte rapidement des limites et des contraintes techniques, de façon à mieux les contourner ensuite.

Sur quels critères vous êtes-vous basé pour départager l’équipe gagnante?
Une série de critères a été prédéfinie, notamment une bonne appropriation du thème imposé (Montréal du futur), l’adaptation aux contraintes techniques et au temps imparti et une utilisation judicieuse des outils mis à disposition. Il fallait aussi considérer le potentiel de distribution, car l’œuvre devait pouvoir être présentée au public du Centre Phi.

Il faut d’abord remettre en cause les principes du cinéma: scénarisation, réalisation, espace, identification au personnage… En somme, il faut désapprendre.

Pouvez-vous nous parler des œuvres réalisées par les trois équipes?
Il s’agit de trois expériences totalement différentes, tant du point de vue technique que de la narration. Avec TRIANGLES, l’équipe Bucky propose un film très playful: d’entrée de jeu, on a une proposition d’interaction. Pendant l’expérience, le spectateur est appelé à regarder partout autour de lui. Conceptuellement, c’est une proposition très intéressante.

L’équipe Mythologi a proposé quelque chose de plus simple sur le plan conceptuel, mais rondement mené techniquement parlant. L’œuvre In/Future est centrée sur un dialogue entre des personnages semblant s’adresser à l’utilisateur. Je dois avouer que, sur le papier, je n’y croyais pas trop, mais la profondeur des dialogues, la gestuelle des orateurs et la mise en scène favorisent le sentiment d’intimité et d’engagement du spectateur.

L’équipe Pupaz, qui a réalisé La symphonie des grues, vient du milieu du documentaire et elle a proposé une œuvre inspirée du genre. Ils ont rencontré pas mal de difficultés durant le tournage, notamment pour obtenir des autorisations, car ils proposent des prises de vues réelles de chantiers de construction situés en hauteur. Néanmoins, ils ont fait preuve d’audace pour contourner ces problèmes et nous proposer quelque chose d’assez vertigineux.

Avez-vous facilement trouvé un consensus, avec les membres du jury, sur le choix des gagnants?
En fait, nous n’étions pas tout à fait d’accord, mais c’est normal. Une expérience de RV c’est très organique et donc subjectif. C’est un peu comme écouter de la musique, on aime ou on n’aime pas. Mais si l’on s’en tient aux critères établis, il y a effectivement une équipe qui a rendu une copie qui se démarque (NDLR: l’équipe Mythologi). Quoi qu’il en soit, tous les candidats ressortent de cette résidence avec le sentiment d’appartenir à une communauté.

Par Victoire Pottiez

Le public peut maintenant découvrir gratuitement les trois œuvres en 360°, qui seront présentées au Centre Phi jusqu'au 18 mars.

About Centre Phi
The Phi Centre is a versatile space with venues that adapt to accommodate the event at hand: launches, conferences, seminars, screenings, exhibitions, concerts, performances, interactive installations. It has creative studios and production suites equipped with the latest technology for all artistic needs. It’s a multifunctional centre where art can express itself in its various forms. It’s a space where people can exchange, learn, discover, launch, shoot, record, and more.
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