Réalisé en 1996, Cosmos est un oiseau rare dans le paysage cinématographique québécois. Peu de films ont réuni autant de têtes d’affiche derrière la caméra. Le résultat? Une fresque en six temps qui reste toujours aussi éloquente et actuelle, 20 ans plus tard.

Manon Briand. Denis Villeneuve. Arto Paragamian. Jennifer Alleyn. Marie-Julie Dallaire. André Turpin. En 1996, six espoirs de la relève unissent leur créativité pour réaliser un projet singulier: un film en six sketchs  gravitant tous autour d’un même personnage: Cosmos. Chauffeur de taxi de son métier, ce dernier nous entraîne ainsi au fil de ses courses et de ses rencontres urbaines.

Cosmos marque non seulement les débuts de six talents qui figurent maintenant parmi nos plus grands réalisateurs, mais il lance aussi une nouvelle génération de cinéastes qui ont su imposer leur vision et leur audace. Vingt ans plus tard, ces cinéastes se réuniront lors d’une soirée anniversaire au Centre Phi. Quatre d'entre eux nous partagent ici leurs souvenirs.

Marie-Julie Dallaire

Vingt ans plus tard, quel regard portez-vous sur Cosmos?
Cosmos, c’était un cadeau du ciel que Roger Frappier nous a offert sur un plateau d’argent, alors qu’on était en début de carrière. Il nous a réuni dans le but de faire un film polaroïd d’une époque, d’une jeunesse, d’une ville. Je porte donc un regard tendre et reconnaissant sur Cosmos.

Quelle était l’inspiration de votre sketch L’individu?
Mon film est sur le doute, sur le fait qu’on ne sait jamais, vraiment, à qui on a affaire. Qui sont les gens que l’on croise, que l’on côtoie, avec lesquels on vit? Sont-ils ce qu’ils laissent croire, voir? C’est une idée un peu paranoïaque qui me trouble depuis toujours!

Comment s’est déroulé le tournage?
Un de mes souvenirs marquants de Cosmos, c’est quand, le veille du début du tournage, insatisfait des tests caméra que nous venions de visionner, Roger a décidé qu’on allait tourner en pellicule 35mm. Je me souviens qu’on était à la sortie du studio, sur la rue Sainte-Catherine, et qu’on était vraiment énervés!

Pourquoi Cosmos est-il toujours d’actualité en 2016?
Cosmos est une série d’incursions très brèves dans six réalités parallèles qui n’ont que le personnage de Cosmos comme lien. Toutes les histoires pourraient se dérouler aujourd’hui. En ce sens, le film n’a pas vieilli.

Pour vous, qui est Cosmos?
Un chauffeur de taxi qui en a vu d’autres! Cosmos a accès à des parcelles d’intimité avec une panoplie de gens. Sa vision de l’humanité est forcément très vaste et colorée.

Quelles sont vos attentes pour cette soirée anniversaire au Centre Phi?
Je suis excitée et un peu nerveuse. C’est un film de jeunesse. Vingt ans, c’est long!

Quels sont vos prochains projets?
Je travaille actuellement sur un grand projet de documentaire sur la musique, dont la sortie est prévue en 2018. J’ai aussi deux scénarios de long métrage de fiction en fin d’écriture. Et comme toujours, je réalise des films publicitaires entre tout ça!

L'individu

Arto Paragamian

Vingt ans plus tard, quel regard portez-vous sur Cosmos?
Je porte un regard de nostalgie, d’un temps plus simple et d’amitiés créatives.

Quelle était l’inspiration de votre sketch Cosmos et agriculture?
Je savais que mon sketch serait à la fin et je voulais ajouter une note humoristique, voire carrément caricaturale, afin de brasser les choses et de terminer le film de façon littéraire, avec un petit clin d’œil: la destruction du véhicule narratif principal. Et je voulais le faire en montrant toute l’indifférence et l’injustice qui caractérisent le monde dans lequel nous vivons. J’ai eu envie de plonger presque exclusivement dans l’univers de Cosmos, d’offrir un petit aperçu de sa routine quotidienne, de montrer son monde plus que celui de tout autre personnage, pour ensuite le démanteler et le détruire de façon totalement soudaine et inattendue.

Comment s’est déroulé le tournage?
Je n’avais encore jamais tourné un aussi grand nombre de scènes extérieures. La fosse à ciel ouvert et les différents paysages ont campé un décor théâtral et m’ont donné une grande impression de liberté, une possibilité d’interagir avec la nature comme jamais auparavant. C’était également ma première expérience dans le tournage d’une scène de poursuite de voiture!

Pourquoi Cosmos est-il toujours d’actualité en 2016?
Cosmos n’est pas vraiment lié à une période, une tendance ou un style spécifique. En ce sens, c’est un film assez intemporel. Je crois que son message restera toujours d’actualité. Il présente un vaste éventail de vies humaines, avec toutes les émotions que cela implique: peur, bonheur, solitude, honte, joie, colère, vengeance, curiosité, humour… Ces bizarreries humaines sont et seront toujours en nous. Ce ne sont pas des sujets. C’est tout simplement la vie.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Je travaille à l'écriture d'un nouveau scénario, intitulé Hard as a Rock, qui devrait être production l’été prochain.

Aurore et Crépuscule

Manon Briand

Quelle était l’inspiration de votre sketch Boost?
Il y avait ce thème imposé du chauffeur de taxi. Chacun devait l’utiliser dans son segment afin de faire le lien avec les autres. J’ai immédiatement eu envie de trouver une autre façon d’exploiter le sujet que la simple course en taxi dans la ville. L’idée d’appeler Cosmos pour survolter la batterie d’une voiture s’est ainsi imposée. À partir de là, il me fallait résoudre tout le reste: pourquoi la voiture devait-elle être «boostée»? En quoi cela serait-il important dans l’histoire? Quel en était l’enjeu? Mon père m’avait répété je ne sais combien de fois la technique pour faire un survoltage. Je l’ai retranscrite mot pour mot dans la bouche du personnage: «Positif avec positif, négatif avec négatif.» Le reste s’est construit de lui-même.

Je ne sais pourquoi, je suis toujours attirée par le paradoxe des choses, des mots, des idées. Qu’un résultat positif puisse être la chose la plus négative du monde par exemple. Nous étions dans une époque qui se remettait à peine du traumatisme du sida et où un verdict séropositif signifiait une condamnation. J’avais perdu un membre de la famille. Je vivais avec l’inquiétude que des amis puissent recevoir ce verdict et que je ne sache pas comment les aider. Quand on ne croit pas en Dieu ni aux prières, on cherche autre chose. Des amulettes, par exemple. Ce que j’ai donc donné à mon personnage, avec cette auto «porte-bonheur» qui doit rouler à tout prix en dépit d’une batterie défaillante, pour garder l’espoir vivant.

Comment s’est déroulé le tournage?
Plus amusant et anecdotique que véritable défi, j’ai choisi une actrice qui ne possédait pas de permis de conduire, alors qu’elle devait passer pratiquement tout le film à conduire une auto sur la route! Vive la magie du cinéma.

Pourquoi Cosmos est-il toujours d’actualité en 2016?
Sans doute pour plusieurs raisons, mais assurément, une qui ne l’est pas, c’est la récrimination des chauffeurs entre eux. Dans le film, ils blâment tout sur l’agriculture. Clairement, Uber n’était pas encore inventé!

Pour vous, qui est Cosmos?
Je ne me rappelle plus qui a eu l’idée d’appeler ce chauffeur Cosmos. Je crois que c’est Arto, mais je ne suis pas sûre. Quoi qu’il en soit, le nom a tout de suite rallié tout le groupe dans cette image formidable de l’individu qui porte l’univers en lui. En ce qui me concerne, je vois Cosmos comme l’incarnation idéale du témoin objectif-subjectif. Par sa position, ce personnage a un accès instantané à une forme d’intimité avec chacun de ses clients. Il peut ou non en user. Il peut se mêler ou rester à l’écart. C’est un étranger familier. C’est surtout, dans le cas qui nous occupe, un sympathique témoin de nos ridicules.

Quelles sont vos attentes pour cette soirée anniversaire au Centre Phi?
Aucune. Je n’ai pas revu le film depuis les premières années de sa sortie. Je suis curieuse de confronter mes souvenirs avec la réalité. Je suis surtout surprise et charmée qu’on ait pensé à célébrer cet anniversaire.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
J’espère toujours obtenir le financement pour pouvoir tourner Mile-End l’été prochain, le dernier projet que j’ai développé avec Roger. Je travaille aussi à l’écriture de deux films: Le chef et la douanière, une comédie de bouffe et de territoire, et Les girls, une épopée de hockey féminin qui prend naissance lors de la Première Guerre mondiale et culmine aux J.O. de 2014.

Aurore et Crépuscule

Jennifer Alleyn

Vingt ans plus tard, quel regard portez-vous sur Cosmos?
C’est un souvenir de camaraderie et de liberté. Tant dans l’écriture et l’écoute que nous avions les uns des autres, que lors du tournage où André [Turpin] derrière la caméra, s’évertuait à être inventif en respectant chaque fois le style personnel et la vision de chaque réalisateur. Ce fut un laboratoire bouillonnant à six têtes – en fait neuf, car il y avait aussi Roger Frappier, Yvon Rivard, conseiller à la scénarisation, ainsi que Richard Comeau, le monteur. Un grand bonheur qui s’est prolongé avec la sélection à Cannes et notre semaine à ce festival tous ensemble. C’était une plongée dans le cinéma, à la fois par l'expression d’une vision vraiment personnelle et la découverte d’une industrie, de son cirque de paillettes.

Quelle était l’inspiration de votre sketch Aurore et Crépuscule?
L’idée d’une rencontre entre deux étrangers, aussi éphémère qu’une course de taxi, mais déterminante et inoubliable pour l’un et l'autre.

Comment s’est déroulé le tournage?
J’avais 26 ans, j’étais impressionnée par le prestige de l’aventure, l’équipe de 35 techniciens, le tournage en 35mm, en noir et blanc… Tout le monde avait plus d’expérience que moi sur le plateau. Mais c’était fabuleux de tourner dans ces conditions. Je tournais au théâtre Rialto, Arto Paragamian avait revêtu pour moi l’habit de Rabbin, c’était très amical et solidaire comme tournage. Et un soir, au moment de la pause, les lumières se sont éteintes dans le théâtre. Nous avions nos assiettes dans les mains et l’écran s’est illuminé. Roger avait prévu de nous projeter des films durant la pause. J’ai compris quel passionné de cinéma nous avions comme producteur. Je n’ai jamais oublié ce moment, où nous étions absolument immergés dans le cinéma.

Quelles sont vos attentes pour cette soirée anniversaire au Centre Phi?
Je n’ai pas revu le film depuis des années. Le revoir, tous ensemble, sera certainement émouvant.

Quels sont vos prochains projets?
Après plusieurs films sur l’art, je suis de retour à la fiction. Ces jours-ci, je termine le tournage, avec un microbudget, d’un long métrage intitulé Impetus, qui traite de la force de l’inertie. Une comédie fine où se marie la caméra-stylo documentaire et la fiction faussement autobiographique. Par le côté très libre de l’approche cinématographique, je renoue avec un certain geste créateur qui s’apparente à Cosmos...

Par Julie Champagne
Crédit photo: Max Films inc.

Cosmos sera présenté au Centre Phi le 13 décembre en formule Cinéma cabaret. Les réalisateurs suivants seront présents: Jennifer Alleyn, Manon Briand, Marie-Julie Dallaire, Arto Paragamian, André Turpin. Plusieurs acteurs assisteront aussi à la projection.

About Centre Phi
The Phi Centre is a versatile space with venues that adapt to accommodate the event at hand: launches, conferences, seminars, screenings, exhibitions, concerts, performances, interactive installations. It has creative studios and production suites equipped with the latest technology for all artistic needs. It’s a multifunctional centre where art can express itself in its various forms. It’s a space where people can exchange, learn, discover, launch, shoot, record, and more.
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