Au Centre Phi et à DHC/ART, nous avons la chance de côtoyer les femmes inspirantes que sont Phoebe Greenberg et Cheryl Sim et nous avons eu envie de partir à la rencontre des autres femmes qui font une différence dans le milieu de l'art contemporain à Montréal. Dans le cadre de cette série d'entrevues, nous avons rencontré la plus qu’inspirante Lillian Mauer, collectionneuse d’art et fondatrice d’Art Speaks, une plateforme ayant pour mandat de susciter une discussion autour de l’art contemporain. Elle nous a parlé de l’importance d’ouvrir le dialogue entre les artistes et la communauté artistique internationale.

Qu’est-ce qui vous a motivé à œuvrer dans le secteur de l’art contemporain? Quel est votre parcours?
Déjà très jeune – avant de connaître quoi que ce soit à l’art contemporain –, j'étais interpellée par l'art. L’art contemporain m’a toujours procuré de grandes d’émotions. Je suis d’une génération dans laquelle les femmes se mariaient jeunes et n’embrassaient pas rapidement une carrière. Après quelques années de mariage, je suis devenue guide au Musée des beaux-arts de Montréal, puis j’ai créé une entreprise où je vendais des œuvres d’art depuis la maison. J’ai ensuite tenu ma propre galerie sur l’avenue Greene pendant environ quinze ans (NDLR: la galerie Lillian Mauer Contemporary Art) et ç’a été une magnifique expérience. Je l’ai fermée au début des années 90 et, depuis, je siège à des conseils d’administration reliés à l’art contemporain à Montréal, Londres, Washington et au Vermont, où j’ai passé la moitié de ma vie. Mon mari et moi collectionnons également de l’art depuis environ vingt ans. Cette expérience nous ouvre au monde et nous permet de rencontrer des gens incroyables. Je pense, en fait, que la beauté de l’art, c’est qu’il élargit les horizons grâce, notamment, à la richesse des gens que l’on rencontre.

Pourquoi avez-vous créé la plateforme Art Speaks? Quelle est sa mission?
Il y a quelques années, lors de mon anniversaire, j’ai dit « je ne veux aucun cadeau, je veux lancer une série de conférences sur l’art». J’aime apprendre, et je veux redonner. Je veux que les étudiants et les gens qui sont passionnés d’art contemporain aient l’opportunité de rencontrer des artistes et des penseurs internationaux, et de discuter avec eux. Nous planifions d’ailleurs avec beaucoup d’enthousiasme un beau projet cette année à propos, si tout va comme prévu, d’art et de changement social, un enjeu d'actualité.

Quelle est votre définition de la philanthropie en 2017?
Je pense que le concept a beaucoup évolué ces dernières années. La philanthropie n’est plus simplement reliée à l’argent. Il est certes important de soutenir financièrement les artistes, mais redonner, de quelque manière qu’il soit, l’est tout autant. Par exemple, un projet tel qu’Art Speaks permet, en mon sens, de le faire en offrant une visibilité aux artistes, en leur permettant de rencontrer des gens, de développer des relations. Nous avons des étudiants en art qui viennent ici simplement pour parler et partager. Je pense que l’une des choses que j’ai apprises avec Art Speaks pendant sa première année d’existence, c’est qu’il est très important et gratifiant pour les artistes montréalais de faire partie de la communauté artistique internationale et d’échanger avec ses membres. Ils ont besoin de ce rapprochement, d’un feedback extérieur. C’est d’ailleurs un aspect que nous allons incorporer à notre prochaine conférence d’une manière plus sérieuse.

Parlez-moi du marché de l’art contemporain à Montréal. Est-il différent de celui de Los Angeles ou de New York, par exemple?
Montréal est un plus petit marché, mais je pense qu’un changement majeur s’y opère depuis les quinze dernières années. Grâce, entre autres, à Papier (NDLR: une foire d’art contemporain d’œuvres sur papier), les gens s’intéressent de plus en plus à ce marché. C’est d’ailleurs devenu à la mode, même si je n’aime pas utiliser ce mot et, avec à cet effet de mode, l’art contemporain jouit d’une plus grande notoriété, ce qui génère plus de trafic dans les galeries. Je crois également que les Montréalais soutiennent davantage l’art  et en achètent plus, vraiment plus, qu’il y a quinze ans. Montréal évolue, et c’est bien.

Les artistes canadiens sont-ils bien représentés sur le marché international?
Je pense qu'ils le sont de mieux en mieux. Il y a beaucoup de galeries, à New York par exemple, qui exposent des artistes canadiens. Plusieurs artistes canadiens ont d’ailleurs participé à The Armory Show (NDLR: une foire d'art contemporain d’importance à New York) cette année. Arsenal a également ouvert là-bas. Il y a indéniablement un intérêt envers les artistes canadiens, voire carrément une tendance. Quand j’étais dans les affaires, tout se passait à New York, Los Angeles n’était même pas encore dans la course, or, maintenant, le marché de l’art est devenu global, et je pense que les artistes canadiens ont de plus en plus une chance de percer et de se développer.

Pensez-vous que les artistes féminines font face aux mêmes défis que les artistes masculins?
Il est indubitable qu'elles ne jouissent pas de la même visibilité. Cela est étrange, et triste également, mais, les femmes n’ont toujours pas le même statut que les hommes. Cependant, je pense que les femmes sont plus solides que jamais. Nous devons maintenir cette force intérieure que nous détenons maintenant, et faire en sorte qu’elle se sente et qu’elle se voit. Nous ne sommes plus dans une ère de faiblesse.

À propos d’Art Speaks
Art Speaks vise à créer des conversations stimulantes et à approfondir la compréhension du monde à travers l’optique de l’art contemporain par l’entremise de conférences d’artistes et d’experts d’envergure internationale dont la vision suscite la réflexion. Tous les évènements sont gratuits et ouverts à tous.

Propos recueillis par Isabelle Benoit
Crédit photo: Sandra Larochelle

About Centre Phi
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