Le Festival burlesque de Montréal fêtera cette année sa dixième édition. Phi a échangé quelques mots avec sa créatrice et tête d'affiche, la star du burlesque, Scarlett James. Brève incursion dans l'univers fascinant, sensuel et inclusif du burlesque.

Vous avez mis sur pied le Festival burlesque de Montréal il y a presque dix ans. Racontez-nous l'histoire de sa création.
Je fais carrière dans le burlesque depuis la fin 2007. Dès le début, j'ai constaté qu'il y avait un grand intérêt pour mon style de burlesque. Il existait à Montréal déjà quelques troupes plus underground, mais je rêvais de faire du burlesque grand public. Considérant l'histoire et le patrimoine de Montréal, où on trouvait de nombreux cabarets durant la prohibition, je n'avais pas le choix de saisir l'opportunité de redonner vie à cette forme d'art oubliée. Le seul événement que j'avais organisé, avant de me lancer dans l'aventure du Festival burlesque de Montéal, était mon mariage! (rires) On peut donc dire que j'ai appris sur le terrain. Il n'y a pas de formule magique pour réussir ce qu'on entreprend; seulement la passion, la persévérance, la résilience et l'amour de son métier. Le premier festival a eu lieu en automne 2009. Je dévoue donc ma vie au burlesque depuis bientôt dix ans.

Quelle place occupe Montréal sur la scène burlesque mondiale?
Aujourd'hui, je crois qu'on a largement rattrapé le niveau de la scène américaine. En Europe, le burlesque a vraiment explosé ces dernières années. Évidemment, il y a beaucoup plus de monde, là-bas. Je dirais qu'à Montréal, sans être les leaders, on est très bien situés et on s'est bâti une solide réputation. J'ai longtemps été la seule artiste locale, ou presque, à vraiment voyager pour le burlesque. Mais au cours de la dernière année, les artistes de Montréal ont commencé à s'exporter beaucoup plus, partout à travers le monde. Cette nouvelle vague de performeurs fait en sorte que Montréal a de plus en plus d'ambassadeurs à l'étranger.

Qu'est-ce que le burlesque représente pour vous?
Le burlesque, pour moi, c'est l'art et le jeu de la séduction. Je le vois comme une façon d'éduquer les gens à se faire la cour. Ces derniers temps, avec tout ce qui se passe avec le mouvement #MeToo, les gens ont peur de se regarder dans les yeux et une tension bizarre s'est installée entre les sexes. Le burlesque peut servir à rééduquer les deux gents, à leur réapprendre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. C'est, en quelque sorte, une façon d'enseigner par l'exemple, mais aussi de démontrer que toutes les femmes sont belles et qu'on a toutes quelque chose à offrir. Tout le monde a son sex-appeal.

Célébrer la diversité corporelle, culturelle, la diversité d'origines, de couleurs, de formes et de personnalités est la mission numéro un du festival.

Quelle place la diversité corporelle occupe-t-elle dans l'art de la performance burlesque?
Une très grande place! Ça a toujours été le message du burlesque, du Festival, et je saisis toutes les occasions d'en parler. Célébrer la diversité corporelle, culturelle, la diversité d'origines, de couleurs, de formes et de personnalités est la mission numéro un du festival. Quand je sélectionne un ou une artiste, je regarde la qualité du numéro, du costume et du punchline, la musique, l'énergie, le charisme... L'apparence importe peu. Évidemment, il existe dans le burlesque un sens de l'esthétisme important, mais la confiance passe avant tout. C'est tellement important de voir des corps différents et de reconnaître leur sex-appeal. Ça libère, en quelque sorte, et ça détend.

Existe-t-il un mythe tenace au sujet du burlesque que vous aimeriez déconstruire une bonne fois pour toutes?
Au début, quand j'essayais de trouver des commanditaires, j'ai constaté une réticence au moment précis où je prononçais le mot «effeuillage». Ils étaient captivés par ce que j'avais à dire, mais sans avoir vu avec leurs yeux le type de performances dont il était question, ils ne comprenaient pas. Ils avaient du mal à visualiser l'aspect classe et l'ambiance festive d'un spectacle burlesque. J'ai donc dû faire beaucoup de défrichage et démonter plusieurs préjugés, mais tranquillement, la perception a changé. Il y a eu le film Burlesque, déjà, des écoles de danse qui ont commencé à donner des cours d'inspiration burlesque, puis quelques émissions de télé où les gens ont pu me voir en costume, mettre un visuel sur l'idée et se sentir plus en sécurité. Éventuellement, les femmes se sont jetées dedans! Notre auditoire est majoritairement féminin.

Pourquoi, selon vous?
Je crois que ça va chercher en elles leurs rêves de petite fille. L'apprentissage de la féminité se fait beaucoup à travers Barbie, les fées, les princesses... Évidemment, la féminité, c'est beaucoup plus que ça, mais il y a quelque chose de captivant dans ce mélange de séduction et de célébration du corps de la femme. Ensuite, quand on ajoute des plumes et du glitter, ça éveille quelque chose en elles. L'être humain est irrésistiblement attiré par tout ce qui brille! (rires)

Quelles ont été vos impressions du film Getting Naked: A Burlesque Story?
Je l'ai beaucoup aimé! On y voit plusieurs artistes que je connais, avec qui j'ai travaillé et qui sont venus dans le cadre du Festival. C'est un film authentique, qui représente bien la scène new-yorkaise, un peu différente de la nôtre. Ils ont montré des gens qui font ça par plaisir, mais qui en arrachent un peu, et exploré la facette très glam du milieu, qui peut sembler plus facile qu'elle ne l'est réellement. Le burlesque est un univers fascinant!

Par Gabrielle Lisa Collard

Scarlett James sera de passage au Centre Phi le 3 mai pour une performance et une discussion animée par Herby Moreau, à l'occasion d'une projection spréciale du documentaire Getting Naked: A Burlesque Story.

Le Festival burlesque de Montréal sera présenté les 18, 19 et 20 octobre prochains.

About Centre Phi
The Phi Centre is a versatile space with venues that adapt to accommodate the event at hand: launches, conferences, seminars, screenings, exhibitions, concerts, performances, interactive installations. It has creative studios and production suites equipped with the latest technology for all artistic needs. It’s a multifunctional centre where art can express itself in its various forms. It’s a space where people can exchange, learn, discover, launch, shoot, record, and more.

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