Avant de devenir une passion et un métier, le cinéma d’animation a été une révélation pour Marco de Blois, fondateur et directeur du festival international des Sommets du cinéma d’animation de Montréal. Celui qui occupe également le poste de programmateur-conservateur à la Cinémathèque québécoise met maintenant tous ses efforts afin de démocratiser ce genre cinématographique.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Qu’est-ce qui t’a attiré vers le cinéma d’animation?
Quand j’étais petit, je regardais les cartoons à la télévision et j’étais vraiment un fan de Popeye et de Bugs Bunny. À un moment donné, j’ai vu des courts métrages d’animation produits par l’Office national du film (ONF) à Radio-Canada. Pour moi, ç'a été un choc, une révélation. Des films comme Le paysagiste de Jacques Drouin ou L’affaire Bronswik de Robert Awad et André Leduc me faisaient découvrir un monde qui ne pouvait exister que par l’animation. Ce coup de foudre là s’est transformé en passion lors de mes études à l’Université de Montréal. À ce moment, je voulais devenir cinéaste de prises de vue réelles, mais un cours donné par Marcel Jean, maintenant directeur de la Cinémathèque, m’a fait développer un intérêt plus grand pour le cinéma d’animation. J’ai alors commencé à fréquenter la Cinémathèque pour y voir des films d’animation anciens et internationaux. Petit à petit, je suis devenu un spécialiste du genre, sans vraiment m’en rendre compte. Quand le poste de conservateur s’est ouvert en 1998, j’ai postulé, et j’ai été choisi.

Plus concrètement, qu’est-ce qui t’a mené à fonder les Sommets du cinéma d’animation?
Quand je suis arrivé à la Cinémathèque, j’ai eu la chance d’aller dans beaucoup de festivals d’animation à l’étranger, d’Ottawa à Hiroshima en passant par Annecy et Zagreb, et chaque fois, je me questionnais, je ne comprenais pas pourquoi je devais aller dans des festivals internationaux pour rencontrer des artisans montréalais! Je ne comprenais pas non plus pourquoi on n’avait pas un événement annuel pour mettre en valeur nos réalisations. Bref, je voulais combler un manque afin que Montréal puisse rayonner et accueillir des gens de l’étranger pour célébrer l’animation. Ça m’apparaissait essentiel. À l’origine, l’événement était simplement une vitrine de deux programmes de courts métrages et, avec les années, on a bonifié l’offre en y ajoutant une rétrospective, une exposition, un prix du public, une compétition internationale… Seize ans plus tard, on a un festival de cinq jours avec une multitude d’invités.

À quelques jours du début du festival, la charge de travail que tu portes sur tes épaules doit être assez grande. Est-ce que ces nombreuses heures de travail impliquent d’importants sacrifices dans ta vie?
«Sacrifice», le mot est fort, mais c’est certain qu’on doit apprendre à vivre avec le stress, à faire face à l’inconnu et aux incidents. Les journées sont effectivement longues… Je commence tôt le matin, et je travaille le week-end. Reste que je ne vois pas ça comme des sacrifices, mais plus comme une suite d’actions menant à un résultat concret. En ce qui a trait à ma vie personnelle, j’ai la chance d’avoir un chum qui est directeur général d’un théâtre et qui doit, lui aussi, accumuler les heures de travail durant certaines périodes.

Outre cette surcharge professionnelle, quels sont les principaux défis auxquels tu as dû faire face dans les dernières années?
Récemment, le festival a enregistré une importante baisse de fréquentation, mais on a mis tous les efforts nécessaires afin de renverser la vapeur. Depuis deux ans, on constate donc une hausse assez spectaculaire du nombre de festivaliers, car on a accentué les communications, travaillé avec davantage de partenaires et bonifié l’offre de la programmation. Pendant longtemps, le festival était essentiellement axé sur les courts métrages indépendants, mais là, on a voulu y inclure toute l’industrie, autant celle du long métrage et de la réalité virtuelle que de la télévision et des effets visuels. Les Sommets sont donc devenus une vitrine pour les professionnels, ce qui a aidé à recadrer la direction .C’est formidable de permettre à tous ces gens-là de cohabiter pendant quelques jours.

En plus de diriger les activités du festival, tu occupes le poste de programmateur-conservateur du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise. On t’a d’ailleurs déjà nommé «le gardien de l’animation au Québec». Est-ce que c’est une appellation qui définit bien ton rôle?
J’en suis flatté, mais sincèrement, ce sont mes collègues archivistes qui sont les vrais gardiens, car ce sont eux qui définissent les modalités d’accès aux œuvres de notre collection. Moi, mon rôle, c’est davantage de l’alimenter. À la Cinémathèque, nous sommes trois programmateurs-conservateurs qui ont le même rôle: s’assurer que l’héritage cinématographique québécois, celui des films d’animation en ce qui me concerne, soit adéquatement conservé. Bien sûr, il y a une structure déjà en place, le dépôt légal, qui permet d’archiver automatiquement les films, car la loi oblige les producteurs ayant reçu de l’argent de l’État à envoyer une copie de leur œuvre à la Cinémathèque. Pour ma part, je dois aussi aller chercher les productions indépendantes et les artefacts de l’animation, comme les dessins, les papiers, les scénarios. Un bon exemple de mon rôle, c’est ma rencontre avec la nièce de Raoul Barré, un pionnier québécois qui a ouvert le premier studio d’animation aux États-Unis. Elle avait en sa possession plusieurs dessins de lui, et je l’ai convaincue de remettre ces archives à la Cinémathèque en raison de leur grande qualité documentaire.

Actuellement, qu’est-ce qui t’emballe dans le milieu du cinéma d’animation au Québec?
C’est vraiment la pluralité des techniques qui fait notre force. Historiquement, le secteur de l’animation a été marqué par la pensée de Norman McLaren qui disait: «Il n’y a pas une seule bonne façon de faire un film.» Cette façon de voir le cinéma en termes de diversité des techniques et des approches a quelque chose de séduisant pour notre rayonnement à l’international. Dans la plupart des productions nationales, il y a toujours un courant dominant, alors qu’ici, on voit beaucoup plus large. Cela déteint dans notre façon de considérer l’animation et d’établir la programmation des Sommets. La compétition internationale contient d’ailleurs à la fois des films narratifs et expérimentaux.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
J’aimerais faire comprendre à la population d’ici à quel point Montréal est importante sur la scène internationale dans le secteur de l’animation. Malheureusement, cette réalité est encore trop méconnue.

À ce sujet, tu dis d’ailleurs du Québec qu’il est la «Mecque de l’animation». Au-delà de l’âge d’or des années 50 et 60, en quoi est-ce le cas?
Les années 50 et 60, c’était une belle période, mais on ne reviendra pas là-dessus. C’est loin derrière et, de toute façon, on a plein d’exemples actuels de belles réussites. L’an dernier aux Oscars dans la catégorie du meilleur court métrage d’animation l’un des finalistes était Vaysha l’aveugle, un film en stéréoscopie produit et tourné ici. Il y a aussi le réalisateur Matthew Rankin qui se distingue en remportant plein de prix à l’étranger, tout comme Frédérick Tremblay avec le film Toutes les poupées ne pleurent pas. Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier La Guerre des Tuques 3D qui a été un succès extraordinaire au box-office.

En terminant, quelle est la ligne directrice de cette 16e édition des Sommets du cinéma d’animation et quels sont les incontournables de la programmation?
La signature des Sommets depuis deux ans, c’est de sortir l’animation des salles. On essaie donc de créer des événements multidisciplinaires qui permettent d’être dans l’immédiat. On aura notamment Matthew Rankin qui donnera une classe de maître. Il sera au centre du public et fera de l’animation en direct. J’aime cette idée d’inviter les animateurs à affronter un public. Sinon, il y aura la compagnie Cirquantique, qui proposera des numéros de cirque en lien avec des films d’animation, et Joël Vaudreuil, cinéaste et illustrateur qui viendra raconter sa vie avec humour en interagissant avec des personnages projetés sur le mur.

Par Olivier Boisvert-Magnen
Photos: Lou Scamble

La 16e édition des Sommets du cinéma d’animation se tiendra du 22 au 26 novembre.

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