Katy Newton a d’abord embrassé une carrière de journaliste avant de migrer vers le design expérientiel. Nous avons discuté avec elle en préparation de la conférence Les storytellers de demain II, à laquelle elle participera. Elle nous a parlé de la fluidité de la notion de storytelling et de l’importance d’intégrer le public aux histoires racontées.

Katy Newton combine depuis une décennie technologies et approches novatrices pour façonner de nouvelles formes de narration permettant de mieux engager le public. Son approche, inspirée de son expérience journalistique et se posant aux confins de la technologie, du design et du storytelling, fait d’elle l’une des pionnières de l’expérience narrative. Vidéojournaliste au Los Angeles Times pendant trois ans, puis Senior Design Researcher à IDEO, elle est maintenant chercheuse résidente à la d.school Media Experiments de l’université de Stanford. Récipiendaire de la bourse de journalisme John S. Knight de Stanford en 2011, Katy Newton a aussi été nommée aux Emmy Awards en journalisme visuel.

Vous avez un curriculum vitæ très intéressant! Comment êtes-vous passée du journalisme au design expérientiel?
C’est venu de manière organique. Mon mari, qui est journaliste, et moi (qui n’était pas une journaliste traditionnelle à l’époque, j’avais une formation en cinéma, avec un intérêt tout particulier pour les documentaires) avons constaté que la manière dont les histoires étaient rendues dans les médias n’était pas optimale, et nous nous sommes dit que l’on pouvait faire beaucoup mieux si on plongeait au coeur de l’histoire et l’on se mettait en contact avec les familles touchées par la tragédie, si l’on réussissait réellement à comprendre qui elles sont, ce qu’elles vivent. Nous avons donc combiné nos aptitudes. J’ai débuté le front-end design à ce moment puisque nous ne pouvions pas embaucher des gens pour nous aider. Mon mari est devenu programmeur. Nous montions les reportages nous-mêmes. Ce fut très formateur pour nous et, surtout, très intéressant de constater le changement qui peut s’opérer lorsque l’auditoire a son mot à dire.

Notre concept était très simple: faire connaître au public le point de vue des personnes directement impliquées, de l’intérieur. Nous avons alors compris que le fait d’inclure l’auditoire ne diminuait pas la valeur journalistique de la nouvelle, bien au contraire. Cela créait une histoire beaucoup plus intéressante puisque nous pouvions plonger dans les différentes strates de complexité inhérentes à celle-ci. Nous avons aussi remarqué l’importance d’intégrer les perspectives des gens rencontrés sur le terrain dans le design de l’expérience elle-même, question de rendre le tout plus authentique. Puis tout s’est enclenché: j’ai obtenu une bourse de l’université de Stanford et j’ai été engagée chez IDEO.

La narration constitue donc la trame de fond de votre parcours professionnel. Selon vous, la notion de storytelling a-t-elle évolué au cours des dernières décennies? Comment pourrait-on le définir en 2016? Quelles nouvelles formes peut-il prendre?
Je dirais que ce qui a changé le plus dans la notion de storytelling est la fluidité des formes de narration. Tout n’est pas défini de manière précise, et je pense qu’il y a une certaine libération là-dedans. Les fondations de l’histoire sont toujours là – à savoir son contenu, à qui nous la racontons et comment nous espérons que celle-ci touchera le public –, mais on peut de plus en plus expérimenter dans la combinaison de la narration, de l’histoire et de l’expérience. Et c’est cette fluidité dans les choix qui est très stimulante.

Les formes artistiques basées sur la narration interactive, telles que la magie et l’improvisation, peuvent-elles être considérées comme du storytelling?
Tout à fait. L’improvisation est l’art de raconter une histoire de manière interactive, en temps réel. Elle demande à l’improvisateur de prendre part au collectif, de contribuer à l’histoire à sa manière, tout comme pour la magie, un point de vue que je ne nourrissais d’ailleurs pas avant de travailler sur un projet d’intégration de réalité virtuelle en magie. Avant cela, je considérais la magie comme un processus très mécanique, mais je me suis rendu compte que le travail du magicien était de construire une histoire et de travailler sur le flux narratif. Contrairement au cinéma, où les histoires sont une réflexion de la réalité, avec la magie et l’improvisation, l’histoire est racontée en temps réel. Elle se déploie devant nos yeux. Le défi est alors de conserver l’intérêt et l’engagement du public. Selon moi, la magie et l’improvisation constituent toutes deux des formes très puissantes de storytelling puisqu’elles impliquent directement le public. J’ai d’ailleurs pu l’expérimenter lorsque je pratiquais l’improvisation à l’école étant petite. Les réflexes que j’y ai développés, je les utilise encore aujourd'hui dans mon travail.

Que peuvent apprendre les pionniers de la narration immersive dans le monde numérique des narrateurs du monde physique, et vice versa?
Il y a beaucoup à apprendre de l’improvisation et de la magie, par exemple. La capacité d’adaptation, la fluidité, la «connexion» directe avec l’autre, la coconstruction du récit en temps réel, comment conserver l’attention du public. La technologie est aussi très intéressante puisqu’elle permet de rendre des histoires de manière plus émotive et empathique. Dans le cadre de mon travail en tant que journaliste, j’ai constaté que grâce à la technologie on pouvait encapsuler des moments et des émotions qui seraient difficiles à communiquer autrement. Et si l’on parle de design interactif, par exemple, cela permet de mettre l’utilisateur au centre de l’histoire, chose qu'on réussit à bien faire avec la réalité virtuelle en live action. Il faut que le contenu résonne chez le public, et c’est là une des préoccupations premières de notre métier.

En tant que designer expérientiel, comment vous êtes-vous adaptée à cette nouvelle réalité technologique?
J’adore la technologie, mais je pense que nous sommes de plus en plus submergés par elle. Je pense que nous devons nous assurer de rendre l’information de la manière la plus claire possible et aider le public dans sa démarche interprétative. Je trouve que c'est de plus en plus possible, en combinant la démarche documentaire et les jeux vidéos, par exemple.

Comment les nouvelles formes de narration modifient-elles le rôle du public à l'égard des histoires?
Je ne pense pas que le rôle du public ait réellement évolué. Je pense que le public reste le même, mais que les outils, eux, évoluent et se transforment. La différence est là. Nous devenons super excités par la technologie, mais nous ne voyons pas que cela devient une formule. Il faut revenir à la base: Quelle histoire voulons-nous raconter? Dans quel contexte se déroule-t-elle? Qui sont les personnes atteintes par celle-ci ? Et, surtout, comment toucher directement le public pour que cette histoire fasse une différence? Cela peut se faire à travers un jeu vidéo, un article plus traditionnel, ou un roman. Je ne pense pas que d’opter pour la technologie la plus innovatrice et dernier cri est une panacée. Cela ne rend service ni aux technologies, ni à l’histoire qu’elle est supposée desservir. Je voudrais qu’on pense plus à ça, que les priorités changent.

Les attentes du public en matière de narration ont-elles évolué? Qu'est-ce que le public attend des storytellers?
En tant que journaliste et designer d’expériences narratives, j’ai remarqué que les gens veulent prendre part à un périple. Je pense également qu’ils aiment avoir un guide dans cette expérience, ce qui est vrai autant dans la fiction que la non-fiction. Je ne sais pas si les gens désirent être le héros des histoires. Ils en ont assez, peut-être, d’être le héros de leur vie. Je pense qu’ils n’ont pas toujours besoin de prendre les rênes, de tout contrôler. À mon avis, c’est là l’intérêt du storytelling, d’accompagner le public. En tant que storyteller, nous nous devons de prendre soin du public.

Et comment l’avènement des nouvelles technologies et la transformation numérique ont-ils eu un impact sur le rôle et les responsabilités du journaliste?
Les technologies nous permettent un engagement et une relation plus profonde avec le public et les histoires, ce qui contribue à faire du meilleur journalisme, du journalisme plus utile aussi, puisqu’il touche réellement les gens et va au fond des choses.

Par Isabelle Benoit

Les storytellers de demain II est une conférence d’une journée élaborée par Phi et Future of StoryTelling, sur le thème Entre réalité virtuelle et réalité physique, les frontières s’estompent.

Animé par le désir de contribuer à faire de Montréal une ville vibrante, un épicentre culturel attirant des talents acclamés et des esprits avant-gardistes, l’hôtel William Gray présente une série d’articles consacrés aux intervenants novateurs de la conférence Les storytellers de demain II.

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To help make Montreal a vibrant city and to contribute to its appeal as a cultural epicentre that attracts acclaimed talents and avant-garde thinkers, the William Gray hotel is proud to be the official hospitality partner of the Phi Centre.

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