Le Festival du nouveau cinéma s’installe sur Montréal comme un manteau douillet chaque automne. Alors que le soleil nous quitte peu à peu, les cinéphiles remplacent sa lumière par celle des projecteurs. Cette année, le festival fête ses 45 ans et propose, une fois de plus, une foisonnante sélection issue de toutes les sphères du septième art. C’est mardi, nous sommes à mi-chemin de la parade. Qu’avons-nous découvert? Que nous reste-t-il à découvrir? Chronique d’un (jeune) cinéphile aux yeux brûlés par les grands écrans.

Théâtre Maisonneuve, jeudi 19h - Soirée d’ouverture : Two Lovers and A Bear

Le long métrage se projette sur l’écran comme un conte nordique relatant l’amour sans bornes de deux âmes ravagées qui combattent chacune leurs démons. On doit, pour apprécier, décider, consciemment, de changer de vision au milieu du film. Tel qu’il est installé, l’amour des deux personnages apparaît anodin. C’est donc avec surprise qu'on les voit au bord du gouffre alors que la séparation est évoquée. Une fois réunis, ils entreprennent un périple qui semble absurdement dangereux. On s'arrête donc en plein film pour changer d’approche et plutôt le vivre comme une fable au romantisme héroïque. Un scénario qui ne nous rejoint pas rend difficile l’appréciation d’un film. Aussi, sous ce nouvel angle, on peut admirer la lumière nordique poétiquement captée, le jeu des acteurs dévoués qui brûlent le paysage glacé. On se surprend même à apprécier l’épopée romantique et sa finale puissante. Au générique, c’est avec une ferveur sincère que le public applaudit le film de Kim Nguyen.

Cinémathèque québécoise, vendredi 17h – Programme de courts métrages Focus 3

Nous sommes touchés sur-le-champ par Two, de Christopher Spencer-Lowe, filmé sur pellicule Super 8. L’importance du schéma narratif est secondaire dans les courts métrages, l'émotion est brute. Fish, de Heather Young, dans sa simplicité pittoresque, suscite encore l'émoi. En deux heures, on se fait arroser d’émotions variées et on assiste à différents portraits peints d’un geste franc. La sincérité de cette sélection est touchante. Plus de courts, plus de courts.

Agora Hydro-Québec, Cœur des Sciences de l'UQAM, vendredi 20h - Courts Critiques.

Les œuvres s’enchaînent à une vitesse stroboscopique. À travers le lot, les pièces musicales contrastent positivement. On accroche notamment sur les Trap News, seul contenu représentant adéquatement les élections états-uniennes. On sort, comme après chaque soirée Courts Critiques, dans un étrange mélange de frustration et d’espoir en l’humanité. On va bien dormir.

Cinéma Impérial, samedi 20h - Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau

Le film est une fiction représentant quatre manifestants du printemps érable de 2012 qui, trois ans après un amer échec, entreprennent des actions de plus en plus terroristes. L’omniprésence des citations d’auteurs révolutionnaires commence par plaire, mais devient toutefois redondante après quelques reprises. Le film regorge de récitations poétiques visuellement puissantes apposées au scénario. On s'accroche au personnage touchant qu’interprète brillamment Gabrielle Tremblay. Une femme trans qui, pour aider les résistants à subvenir à leurs besoins, travaille dans un salon de massage. Ce portrait d'une réalité trans est dressé avec une telle force qu’il marque plus que tout autre aspect du long métrage. Le film sortira en en salle sera le 3 février 2017.

Cinéma Impérial, dimanche 15h30 - Aquarius

C’est le jour pour être enchanté. Le soleil brille sur Montréal, les couleurs embrasent littéralement les arbres, et on s'installe au Cinéma Impérial pour deux films disparates. Nous sommes ouverts aux surprises. Et le bal commence avec Aquarius, qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes. Une femme ne veut pas se départir de son appartement, alors qu’on promoteur immobilier veut inclure le bâtiment dans son complexe hôtelier. La mer, la musique et les couleurs nous bercent délicieusement. Kleber Mendonça Filho propose une œuvre maîtrisée, toute en finesse, soutenue par le jeu parfaitement dosé de Sônia Braga. Le réalisateur prend le temps de nous installer confortablement en portant une attention limpide au détail. On sort enchanté, pour mieux revenir une demi-heure plus tard.

Cinéma Impérial, dimanche 18h30 - The End

C’est un géant, dans tous les sens du terme. C’est un acteur incroyable qui nous laisse en héritage des rôles phénoménaux. Le court métrage Rhapsody, de Constance Meyer souligne le gigantisme de Gérard Depardieu en le mettant aux côtés d’un bébé, comme gardien de jour. C’est ensuite la présentation principale de The End, par Guillaume Nicloux, qui prend l’écran, encore une fois avec Gérard Depardieu. On ne peut nier le charisme extraordinaire d’un acteur ensorcelant aussi rapidement le public. C’est la simple histoire d’un homme qui se perd en chassant dans la forêt. La musique lutte un peu trop pour prendre la scène, qui est déjà parfaitement occupée par Depardieu. On finit par ne plus voir que lui, laissant échapper les courbes scénaristiques qui auraient déplu autrement. Un acteur pour transcender une œuvre et l’élever bien plus haut que sa valeur initiale. Le film est disponible depuis le 8 avril en e-cinéma.

Les prochains jours regorgent d'opportunités. On fera enfin un saut du côté du volet FNC Explore et ses œuvres interactives, et on se brûlera encore quelque peu les yeux sur d'autres histoires qui transportent.

Par Sébastien Turcotte

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