Œuvrant depuis plus de 30 ans dans le milieu des arts à Québec, Gaëtan Gosselin a constamment été à la recherche de nouveaux défis dans sa carrière. D’abord guidé par sa passion pour la photographie, il a tracé son chemin jusqu’à la direction générale des Productions Recto-Verso, organisme qui développe le Mois Multi depuis sa fondation il y a 20 ans. Entrevue avec le pilier du festival multidisciplinaire.

D’abord, parle-nous un peu de ton parcours. Comment ta formation en sociologie t’a mené à faire ta marque dans le domaine de la photographie?
Au fond, je dirais que j’ai un parcours assez atypique. Après mes études en sociologie, j’ai travaillé dans le domaine des communications et dans le milieu syndical. Parallèlement à ça, durant les années 80, j’ai développé un attrait pour la sociologie de l’art en participant activement au développement du centre d’artistes VU à Québec, qui se consacre essentiellement au développement de la pratique photographique. De fil en aiguille, je me suis initié à la photo et je suis devenu le coordinateur général du centre en 1988. C’est vraiment ça qui a été le déclencheur de mon implication de longue haleine dans le milieu artistique. Graduellement, mon attrait pour la photo et les arts visuels m’a amené à glisser dans le domaine des arts de la scène et des arts vivants.

Ensuite, qu’est-ce qui t’a mené à rejoindre les rangs des productions Recto-Verso et, plus précisément, du Mois Multi?
Après 10 ans à occuper le même poste à VU, j’ai profité d’un concours pour présenter ma candidature au poste de directeur au développement régional du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Ça a été un tout autre défi, car même si je travaillais encore dans le milieu artistique, je le faisais dès lors dans un contexte institutionnel. Toutefois, les orientations du CALQ se sont transformées en 2008, et j’ai voulu passer à autre chose. J’avais l’idée de prendre une année sabbatique pour me remettre plus sérieusement à la photo, mais bon, finalement, cette année-là ne s’est jamais réalisée… Tout de suite ou presque, j’ai appris que Recto-Verso se cherchait un nouveau directeur général. Je leur ai envoyé mon CV, et le défi du Mois Multi a commencé là. C’est vraiment le fruit du destin.

Ljós (Mois Multi), photo: Barthélemy Antoine-Loeff

En 10 ans, que considères-tu comme ta plus grande réalisation au sein du festival?
Dès que je suis arrivé en poste, mon but a été de développer des projets et des opportunités pour les artistes afin de favoriser la création d’emploi. À l’époque, je voyais un grand potentiel de développement pour le Mois Multi et, en fin de compte, je remarque que, même si le festival est encore petit, il a pris beaucoup d’envergure sur le plan du rayonnement provincial. C’est vraiment l’objectif que je m’étais donné.

Avec les défis constants que t’amène le Mois Multi, on se doute que ton horaire doit être plutôt chargé. Est-ce que cette implication soutenue nécessite des sacrifices personnels?
Je me rends compte que la cloison entre ma vie professionnelle et ma vie privée n’est pas si étanche que ça. Je ne peux pas dire que je fais du 9 à 5 conventionnel ou que mon horaire est réglé d’avance. Au contraire, il est à la fois souple et très exigeant. Souvent, je dois assister à un vernissage le soir, aller rencontrer des artistes la fin de semaine, participer à un conseil d’administration quand une compagnie me sollicite... Bref, tout ça empiète sur ma vie familiale. Malgré tout, je ne dirais que je dois faire des sacrifices pour mon métier, mais plutôt que ma passion me mobilise. Et je dirais que c’est le propre de toute la communauté artistique. Nous concevons le temps d’une manière différente de ceux qui, par exemple, travaillent dans le domaine de la production industrielle. Notre aménagement du temps est entièrement au service de la création.

Au quotidien, as-tu encore du temps à consacrer à la photographie? Si oui, comment ta démarche a-t-elle évolué?
La pratique m’habite encore. Je fais des projets personnels de manière régulière, mais disons que le temps me manque dernièrement pour préparer ma diffusion. Mon travail reste toutefois encore très sérieux, comme il l’était à mes tout débuts. En gros, ma démarche porte sur les notions de trace, de fragment et de durée. La plupart de mes travaux mettent en relief le caractère énigmatique et transitoire du monde matériel et immatériel. Je prends plaisir à marquer le réel en amont de l’acte photographique. Par exemple, ça peut prendre la forme d’un paysage que je transforme en lui ajoutant un élément perturbant, qui vient sous-entendre une action humaine.

Éolienne (Mois Multi), photo: Mathieu Fecteau

Mac (Death) (Mois Multi), photo: Marie Lassiat

Au-delà des activités qui te concernent directement, qu’est-ce qui t’emballe le plus dans le milieu des arts au Québec?
Ce qui me fascine, c’est l’intérêt de plus en plus évident pour les nouvelles formes artistiques, qui sont issues à la fois des nouvelles technologies, mais aussi de l’amalgame entre différents savoir-faire artistiques. Je remarque que le public a de l’intérêt pour ces œuvres inclassables qui mélangent les domaines culturels. Je suis également emballé par les organismes et festivals qui diffusent ce genre d’œuvres, notamment PHOS à Matane, Sporobole à Sherbrooke ainsi que Mutek et Elektra à Montréal. Il y a aussi le Centre Phi qui, à mon avis, illustre bien cette mouvance marquée pour les nouvelles créations au Québec.

À l’inverse, y’a-t-il quelque chose qui te déplaît?
Collectivement, je pense qu’on manque cruellement de ressources pour mettre en valeur ces créations inclassables. On a de la difficulté à faire comprendre aux institutions que les nouvelles formes artistiques ne se limitent pas à la culture numérique — pour laquelle, d’ailleurs, on semble avoir beaucoup de fric. À mon avis, on ne peut pas réduire toute la proposition artistique au secteur numérique, car on finit par perdre de vue la diversité.

Eternity Be Kind (Mois Multi), photo: LaTurbo Avedon

En terminant, quels sont les incontournables de la programmation de l’édition 2019 du Mois Multi?
Il y a le projet Eternity Be Kind de Myriam Bleau les 24 et 25 janvier à la salle Multi. C’est un projet de spectacle virtuel qui tourne autour de l’icône, de la popstar avec laquelle on est constamment en contact de manière récréative. Ensuite, il y a aussi Mac (Death) de Jocelyn Pelletier les 25 et 26 janvier au studio d’Essai. C’est une relecture déjantée du Macbeth de Shakespeare, qui conjugue arts sonores, musique métal et expérience immersive.

Cette année, on a aussi des activités périphériques assez intéressantes, qui forment une programmation parallèle de type OFF-Multi. Du lot, on a l’exposition Double/Doubles qui présente des œuvres de réalité augmentée dans un lieu de diffusion non conventionnel sur la rue Saint-Joseph du 25 janvier au 10 février. Enfin, je ne pourrais passer sous silence notre projet majeur, Infiltrations, qui sera inauguré le 24 janvier. C’est une exposition créée par un collectif éphémère formé de Mathieu Fecteau, Pascale LeBlanc Lavigne et Frédéric Lebrasseur, trois artistes de Québec. Leur mission était d’infiltrer l’intérieur du complexe Méduse avec différentes œuvres inédites. Ce sera la création qui viendra souligner le 20e anniversaire du Mois Multi.

Par Olivier Boisvert-Magnen

Le Mois Multi se tient du 24 janvier au 3 mars 2019.

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