Photo: Daniela Andrade

Depuis que Fauve est devenu finaliste dans la catégorie Meilleur court métrage de fiction aux Oscars le 22 janvier dernier, Jérémy Comte a la tête dans les nuages. Littéralement dans les nuages: le réalisateur de 28 ans est constamment entre deux avions. C’est que d’ici la cérémonie du 24 février, les nommés ne restent pas peinards dans leur 4 ½ (ou leurs manoirs de Malibu, c’est selon) à magasiner leur tenue en prévision de l’ultime soirée. Du jour au lendemain, le iCal de Jérémy s’est rempli d’allers-retours Los Angeles-Montréal, d’un tourbillon d’entrevues et d’événements mondains menant à des moments assez surréalistes.

Comme le traditionnel lunch des nommés de l’Académie. Assis près de Jérémy Comte, il y avait Alfonso Cuarón. Lady Gaga était là, Bradley Cooper aussi. «On a pris une photo ensemble. Tout le monde souriait», se remémore le réalisateur, encore abasourdi par cet instant, mais surtout par le vent de folie qui souffle sur cette première nomination, accompagné d’excitation, d'imprévisibilité («c’est comme sauter dans le vide», illustre-t-il), d’un concentré d’amour et d’attention et d’une trâlée de courriels à gérer. Quand il a un peu de temps, il essaie de terminer l’écriture du scénario de son prochain long métrage. «Je ne suis pas si loin, je l’ai au bout des doigts!» Il sait que la routine reviendra bien assez vite. Alors il savoure.

Photo: Daniela Andrade

Jérémy n’est pas seul dans cette aventure: sa collègue, la réalisatrice Marianne Farley est également en compétition dans la même catégorie avec son court Marguerite, lui aussi distribué par Jean-Christophe Lamontagne chez H264. Et sa présence est rassurante dans toute cette frénésie. «Nos films sont aux antipodes, mais ils représentent bien la culture québécoise et je trouve ça magique ce qui se passe autour de ça», remarque le cinéaste, la veille de son départ vers Los Angeles, où il restera jusqu’aux Oscars.

En effet, la douce et féminine œuvre Marguerite porte sur une infirmière et une dame âgée dont l’amitié fera émerger du passé des désirs inavoués. Le drame poétique Fauve, lauréat du Prix du Jury au festival de Sundance et qui a remporté 67 prix depuis sa sortie il y a un an, nous fait suivre les jeux de pouvoir toxiques de deux garçons de région dans une mine à ciel ouvert.

 

C’était important pour moi de parler de la relation de l’homme avec la nature. On se pense plus fort qu’elle, mais on en fait seulement partie.
Photo: Sofia Rojas

Un univers familier, puisque sa jeunesse a été marquée par ses escapades dans la nature avec ses chums, plutôt que sur sa console Nintendo 64 dans sa maison à Sawyerville, en Estrie, où le voisin le plus proche habitait à 1 kilomètre. «Sur la route vers l’école, on voyait des sentiers miniers au loin et j’aimais imaginer qu’il y avait des sables mouvants. C’était d’ailleurs un cauchemar récurrent.» À l’instar de ses deux personnages, Tyler (Félix Grenier) et Benjamin (Alexandre Perreault), Jérémy passait ses journées à explorer et à se mettre en situation d’adrénaline. «Quand tu grandis dans un environnement aussi grandiose, tu deviens tellement “immersed”, alors c’était important pour moi de parler de la relation de l’homme avec la nature. On se pense plus fort qu’elle, mais on en fait seulement partie. L’idée de se prouver en tant que gars, de se sentir fort, de la nature qui reprend ses droits, j’ai tout mis ça dans Fauve.

Pour exprimer la psychologie juvénile et la rivalité de ses deux personnages, il lui fallait trouver des acteurs munis d’une énergie un peu «rough around the edges». Si les jeunes garçons expérimentés qu’il a convoqué à Montréal étaient «trop propres» à son goût, il a trouvé sa combinaison parfaite en Félix et Alexandre, dont c’était la première expérience d’acteur.

«Quand j’ai vu entrer Félix dans la salle d’audition, je me suis dit: “oh my god”. Il était tellement direct et confiant. C’est le seul enfant qui m’a un peu intimidé», se rappelle le diplômé de Concordia en production cinématographique.

Le cinéaste a donc dû revoir le personnage de Benjamin, qui devait avoir la force nécessaire pour ne pas se laisser dominer par l’autorité qu’imposait Félix à l’écran. Alexandre, qu’il avait initialement vu dans le rôle de Tyler, venait parfaitement équilibrer le tout. «C'est très rare que tu trouves des jeunes professionnels comme ça. Les gars étaient tellement brillants!», mentionne-t-il au sujet de ses protégés, dont l’authenticité rend le film encore plus poignant.

C’est à 11 ans que Jérémy Comte a su qu’il voudrait faire du cinéma et qu’avec ses histoires, il nous prendrait directement aux tripes. C’est dans la nature même de ce taquin dans l’âme. «Depuis que je suis petit, j'adore jouer des tours, justement parce que j’ai toujours aimé voir les gens vivre quelque chose.»

Mais d’ici à ce qu’il mette le point final à son prochain scénario — une autre histoire sur la perte de l’innocence, coécrite avec l’auteur ghanéen Will Niava — Jérémy nous fera vivre, avec lui, de grandes émotions. Dimanche, assis au Dolby Theater avec en poche son pire cauchemar d’enfance, il espèrera réaliser son rêve le plus fou: mettre la main sur un Oscar. Et comme la tension sera déjà à son comble, il a promis de ne pas jouer de tour à ses voisins.

Par Émilie Folie-Boivin

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