Le week-end dernier, c’est à Rouyn-Noranda qu’il fallait être. Du 1er au 4 septembre, la ville d’environ 40 000 habitants prenait les couleurs du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), rendez-vous incontestable précédant la rentrée culturelle. Attirant bon nombre de mélomanes et de professionnels de l’industrie venus de partout au Québec – et même du Vieux Continent –, force est de constater que le festival a atteint une vitesse de croisière plus qu’enviable.

Pour sa 14e édition, le FME a su démontrer qu’il joue dorénavant bel et bien dans la cour des grands, amalgamant une programmation musicale de haut calibre à une organisation impeccable misant sur la convivialité et la proximité. Le temps d’une fin de semaine, nous avons joué le jeu: la quête des fameux concerts impromptus, la Boréale blonde, les décibels parfois trop élevés jusqu’au petit matin, le sommeil semi-nécessaire et bien sûr, les nombreuses découvertes en poche.

Si vous n’y étiez pas, c’est tant pis. Mais nous vous avons tout de même préparé un petit récapitulatif de notre aventure, question de vous rendre juste assez jaloux pour que vous ne manquiez pas le bateau l’an prochain. Voici donc, dans un ordre plus ou moins chronologique, le meilleur du FME 2016.

1 - Charlotte Cardin
Parmi les bons coups de la programmation 2016, il y avait un nom qui revenait à l'unanimité: celui de Charlotte Cardin. Se produisant le premier soir, l'artiste a attiré une foule considérable de tous âges sur le parterre de l'Agora des arts, si bien que l'ancienne église, revampée en salle de spectacles, était pleine à craquer. Ce fut un des quelques moments où l'organisation du festival a dû s'avouer victime de son propre succès. Émue, la jeune chanteuse de 21 ans a livré une performance empreinte de justesse, interprétant les pièces de son tout récent EP Big Boy. Les fans ont eu droit à des moments plus posés avec Cardin seule au piano, avec notamment Faufile et Les échardes, mais aussi aux extraits plus rythmés de l'album incluant Dirty Dirty et Like it Doesn't Hurt (collabo avec Husser de The Posterz), qui ont su rallier le public.

2 - Le tandem Galaxie/Marie-Pierre Arthur
Au même moment, sur la scène extérieure Desjardins, la foule s'est massée pour un doublé fort prometteur: la formation Galaxie et son rock explosif, puis la voix sans pareil de Marie-Pierre Arthur. La dizaine de musiciens présents sur scène nous en ont mis plein la vue tout en s'échangeant de multiples regards complices. La chimie opère pour ces deux groupes rassemblés le temps d'un spectacle; les festivités sont bel et bien commencées. Bien joué!

3 - Le Cabaret de la dernière chance
Cette salle, c'est un peu le lieu mythique de Rouyn-Noranda. Né dans la foulée de la défaite du référendum de 1980 et du désir de faire valoir la liberté d'expression en région, le Cabaret est fondé en 1982 par un regroupement de jeunes artistes dans la vingtaine. Le nom de l'endroit puise son inspiration dans le titre d'un roman de Jack London, First and Last Chance Saloon. À ce jour, plusieurs grands noms de la chanson québécoise s'y sont produits, notamment Pierre Lapointe, Richard Desjardins, Tomás Jensen et Dumas, pour ne nommer que ceux-là. De notre côté, nous nous y sommes retrouvés à plusieurs reprises durant le week-end, que ce soit pour découvrir le doux folk-rock d'Aliocha, hocher de la tête au son de Partner ou encore entendre les pièces d'Ultramar de Fred Fortin. L'espace d'un instant, on se serait cru dans une salle de la 6th Street d'Austin, en plein South by Southwest.

4 - We are Wolves et le plafond du Petit théâtre du Vieux Noranda
Jeudi soir aux alentours de 1h, c'était au tour de We Are Wolves de se produire sur scène. Malgré l'heure tardive, les adeptes les plus courageux des bien-aimés montréalais se sont passé le mot et ont dansé avec une énergie digne d'un premier soir de FME. We Are Wolves est un de ces groupes dont la constance impressionne, offrant un son qui décoiffe, album après album. Et Total Magique, dernière parution des loups, ne fait pas exception.

Ci-bas, un clin d'œil au moment de contemplation dédié au plafond, assez représentatif de l'état d'esprit des festivaliers à cet instant de la soirée.

5 - Le pool party Bonsound
Notre deuxième journée s'amorce dans la quiétude et le décor bucolique d'une maison de plaisance située en plein cœur du quartier résidentiel de Rouyn-Noranda. Il n'y a pas à dire, la formule, privilégiant rencontres et plaisir, est parfaite pour bien commencer notre vendredi. En bonus: une performance signée Les Deuxluxes, le duo voix-guitare-batterie formé d'Anna Frances Meyer et d'Étienne Barry.

*Mention honorable aux deux ou trois baigneurs qui, malgré les 14 degrés ressentis au soleil, n'ont pas hésité à faire le grand saut.

6 - Quatre scènes, un public
Avec La Colonie de Vacances, aucun risque que l'après-midi soit ennuyant. Résultat d'une collaboration entre quatre groupes français (Papier Tigre, Electric Electric, Pneu et Marvin), ce projet se veut une expérience hors du commun. Le concept? Au lieu de faire face à une seule et même scène, le spectateur est encadré de quatre scènes, chacune occupée par un groupe. Pour l'occasion, les musiciens s'en sont donné à cœur joie, interprétant sous un soleil de plomb une pièce écrite spécialement pour le collectif par le batteur de Deerhoof.

7 - La poutine de Chez Morasse
Figurant sur la liste des (très) rares endroits ouverts 24/7 en ville, Chez Morasse faisait partie de nos arrêts obligatoires du week-end. C'est un peu comme La Banquise de l'Abitibi-Témiscamingue. C'est simple, l'enseigne le dit: La meilleure poutine au monde. Et, pour l'avoir testée à quelques reprises, c'est probablement davantage le cas à 3h15 qu'à midi. On vous laisse tirer vos propres conclusions lorsque vous serez de passage dans la région.

8 - Lancement de Sorry Eyes
Notre deuxième journée de concerts bien entamée, c'est Aliocha (Schneider) qui occupait la convoitée plage horaire de 19h. Après une power nap vite fait bien fait, direction le Cabaret de la dernière chance pour le lancement du nouveau protégé d'Audiogram. En amont de son lancement qui aura lieu ce jeudi à Montréal, le musicien avait réservé aux festivaliers une avant-première qui valait le détour. En live, les pièces de Sorry Eyes sonnent sacrément bien, faisant honneur au rock rétro mis de l'avant sur ce premier EP. Très agréable découverte.

9 - Avec pas d'casque
Autre formation qui lançait son album en sol abitibien dans le cadre du FME, Avec pas d'casque déçoit très, très rarement. Le quatuor n'a pas dérogé à ses habitudes, nous proposant une prestation épurée, avec des arrangements raffinés frôlant parfois la perfection. Le groupe nous a offert son nouvel opus Effets spéciaux dans son entièreté, en plus de quelques hymnes tirés d'Astronomie et de Dommage que tu sois pris. Entre les chansons, les interventions de Stéphane Lafleur, chanteur d'Avec pas d'casque, nous ont donné l'impression d'être autour d'un feu de camp, entre amis. On en aurait repris encore et encore.

10 - Le «Lounge» Hydro-Québec
Probablement le cinq mètres carré de gazon le plus piétiné de la ville, le Lounge Hydro-Québec se situait relativement aux antipodes du mot «lounge». Pour une atmosphère calme et cozy, ce n'était pas tout à fait l'endroit désigné. Chaque soir à 23h, une performance s'y déroulait, juste à temps pour réveiller les moins aguerris d'entre nous. À retenir parmi les moments forts, le duo Rouge Pompier et son punk déchaîné, de même que le délicieux son new wave de CO ∕ NTRY, qui en a revigoré quelques-uns. Une belle solution de rechange à la Vodka Redbull, qui se révèle rarement comme une idée concluante.

11 - L’Écart lieu d'art actuel
L’écart, c’est l’endroit de diffusion de l’art contemporain par excellence à Rouyn-Noranda. Collaborant depuis quelques éditions avec le festival, la galerie présentait cette année deux artistes flirtant avec la musique et l'expérimentation sonore: Patrick Bernatchez et Érick D’Orion. C'est samedi après-midi que le premier, dont l'exposition au Musée d'art contemporain de Montréal avait fait sensation à l'automne 2015, a offert une performance mettant de l'avant huit tourne-disques ainsi que les Variations Goldberg de Bach. Plus tard en soirée, D'Orion a également utilisé huit platines pour se lancer dans une exploration de l'infini, utilisant pour sa part le métal comme genre musical.

12 - Les concerts impromptus
Le FME ne serait pas ce qu'il est sans ses fameux concerts impromptus. Le concept est simple: des spectacles cachés un peu partout dans la ville, à toute heure du jour. Il faut rester attentif, puisqu'entre un événement à l'Agora des arts et un récital au Petit Théâtre du Vieux Noranda, un artiste peut se produire dans un dépanneur, au centre commercial, sur un ponton ou même dans une chambre d'hôtel. Cette année, nos tympans ont été comblés avec des performances-surprises d'Alex Nevsky, de Keith Kouna, et de Plants and Animals, entre autres. Comment ne pas aimer ce festival?

13 - Les baristas expérimentés
Durant ces quelques derniers jours de la belle saison, c'est toute la ville qui est sous l'emprise de la FME fever. La preuve, même un innocent brunch au café Saint-Exupéry a le potentiel de se transformer en publication Instagram. Blague à part, si une chose nous a marqués durant le festival, c'est bien l'enthousiasme et la fierté éprouvés par les habitants de la ville, sans oublier les nombreux bénévoles qui ont contribué à rendre notre expérience si mémorable.

14 - Un cover de Céline
Samedi soir sur la scène de l'Agora des arts, c'était au tour des sœurs Boulay de mettre le feu à la place. Le duo a su offrir une prestation à la hauteur des attentes et était particulièrement en forme, se taquinant et partageant de loufoques anecdotes à la foule. Si bien que Mélanie, cadette de la famille, a confié au public que sa sœur était à la recherche d'un gars pour frencher le soir même. La cerise sur le gâteau? Une reprise de Pour que tu m'aimes encore de notre trésor national, Céline Dion.

15 - Performance intimiste pour Dan San
En ouverture du spectacle livré par Les soeurs Boulay, nous avons eu droit à une découverte qui n'a pas fini de nous surprendre. Dan San, formation belge aux sonorités Half Moon Run-esque, fait dans le folk-rock tout en finesse. Pour tout vous dire, nous écoutons en boucle leur deuxième opus Shelter, dont nous avons pu entendre quelques extraits dans le cadre du festival. Mention spéciale au moment où les musiciens ont quitté la scène pour faire communion avec la foule, interprétant Gone Home en version acoustique, sans aucune amplification, sur le parterre. Avis aux curieux: le groupe sera de passage cette semaine aux Jardins Gamelin ainsi qu'à l'Université Concordia. 

16 - Le décor unique et ludique
Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, c'est aussi une image de marque unique et totalement éclatée. Le temps d'un week-end, la ville est décorée d'installations garnies de confettis, de lettres géantes à l'effigie du FME et de projections colorées, pour le plus grand plaisir des habitants de Rouyn et de ses visiteurs, bien entendu.

17 - Bernardino Femminielli feat. beaucoup de fumée
C'est à l'occasion d'un [email protected] à la microbrasserie Le Trèfle Noir que se produisait le Montréalais Bernardino Femminielli. L'excentrique personnage ne s'est pas fait prier pour prendre possession de la minuscule scène sur laquelle il trônait: paillettes, drapeaux des États-Unis et petits shorts de cuir étaient de mise. Le public était perplexe, mais ravi, du moins jusqu'à ce que la machine à fumée devienne insistante au point d'en faire déclencher le détecteur de fumée — dont le bruit, au premier abord, semblait faire partie du set de Femminielli. Après avoir tenté en vain de trouver un plan d'évacuation sur les murs de l'établissement, nous avons pris la sage décision de quitter l'endroit.

18 - Le nouveau projet de Pierre Kwenders
À notre arrivée à la scène Évolu-Son vers minuit samedi soir, c'est avec enthousiasme que nous avons perçu les premières notes d'une toute nouvelle collaboration entre Pierre Kwenders et Ngaboziza Kiroko, également membre de Dear Denizen. De cette rencontre est né Abakos, projet audacieux alliant hip-hop et future soul. Leur première parution, le EP New Constellation, voyait le jour en juillet dernier. En concert, nous avons profité d'un avant-goût d'un futur album complet fort prometteur, avec une heure de rythmes effrénés et de voix qui décapent. Une jeune formation à suivre de près.

19 - Les doyens du festival
Le punk est-il mort? Ceux qui prétendent que c'est le cas n'étaient certainement pas au Diable Rond lors du concert de UK Subs vendredi dernier. Issue de la vague londonienne de groupes punk-rock des années 70, la formation, toujours composée de ses membres originaux, n'a rien à envier à ses jeunes successeurs. Lors de cette performance débridée, nous avons eu droit à la totale avec des mohawks dignes d'un concours de costumes d'Halloween, des mosh pits endiablés et un chanteur de 72 ans qui n'a rien du lecteur typique du Bel Âge. Il fallait y être!

20 - Le concert immersif de Dear Criminals
Ce week-end, la palme du spectacle le plus intrigant revenait indéniablement à 2GPU, mettant en vedette le trio Dear Criminals. Décrite comme une forme de réalité sonore visuellement augmentée, l'expérience avait tout pour attirer l'attention des plus curieux. Dimanche après-midi, nous avons donc franchi les portes du Théâtre Paramount, cet ancien cinéma transformé aux fins du 4e art. À notre arrivée, on nous remet une paire de lunettes 3D, accessoire donnant le ton à cette expérience conçue par David Paquin et son équipe en Création et nouveaux médias (UQàT), conjointement avec les membres de Dear Criminals. Après quelques pièces interprétées par le groupe montréalais, l'immersion débute. Derrière les trois protagonistes, des projections hypnotiques qui confèrent au son de la formation une richesse toute nouvelle. Cette imagerie générée en stéréoscopie 3D en temps réel enveloppe le spectateur dans une atmosphère singulière et onirique. À quand un événement du genre dans la métropole?

About Laurianne Désormiers
She may be the baby of the team, but Laurianne has been working at the heart of the Phi Centre since the institution first opened in 2012. She describes herself as tall, ultra-curious and just a bit cheeky (but not mean). Her colleagues would agree, adding that she is also the team's young, connected and plugged-in "cool kid" (a title she more or less accepts); is afflicted with a severe case of FOMO; and equipped with a daunting critical mind. She's a fan of alternative music culture (she hosted a radio show on CISM for several years), independent film, and most of all, art–that which possesses the capacity to move and educate people while opening a window onto the world. As Content Manager, Laurianne brings her training in marketing and communications to the service of culture, through which she particularly enjoys contributing to the local and international exposure of artists.
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