C’est parti! La Osheaga fever s’est emparée de la métropole, tout comme les quelque 135 000 festivaliers assoiffés de spectacles et de bains de foule qui ont répondu à l'appel. Durant trois jours, nous vous entraînerons avec nous pour ce marathon un brin frénétique, question de vous amener au-delà des grandes scènes et têtes d’affiche.

Déjà dimanche, troisième et ultime journée qui allait clore notre week-end au parc Jean Drapeau. Depuis plusieurs semaines, tous les billets avaient trouvé preneur, et avec raison. Certes, Radiohead était la grosse pointure de la programmation, mais celle-ci était complétée par quelques noms sur lesquels nous devions absolument nous attarder. Sur la scène de la Rivière, devant un public bien enjoué, la Danoise  a ouvert le bal en se livrant corps et âme, donnant le ton à ce troisième jour de spectacles. Ne manquant pas une occasion de faire danser ses admirateurs, Karen Marie Ørsted sillonne la scène côté cour comme côté jardin, Doc Martens aux pieds.

Presque deux ans après son premier passage à Montréal, on sent que la jeune femme est maintenant plus assumée et en parfaite possession de ses moyens. Transgressant d'une façon bien à elle les codes de la pop, MØ fait partie de cette nouvelle vague d'artistes féminines redéfinissant les frontières du genre, promesse d'un nouveau souffle pour l'image de la femme dans l'industrie musicale. L'artiste invente avec créativité son propre terrain de jeu, et c'est très bien comme ça.

Hormis un léger problème technique, le concert se déroule sans anicroche. Effets de voix impressionnants, pièces empreintes d'une touche de modernisme pop, puis en clôture le succès commercial Lean On, collaboration MØ/Major Lazer. Nous n'aurions pas pu demander mieux pour débuter la journée.

Fièvre estivale

En concert la veille au Théâtre Corona, les membres de The Cat Empire s'étaient décidément gardé des forces pour leur performance du dimanche. Les Australiens et leur ska jazz entraînante ont rapidement séduit la foule, provoquant multiples déhanchements et contorsions. Une dizaine de musiciens ont pris possession de la scène: trompette, contrebasse, percussions, piano et guitares se sont introduits tour à tour, devant un décor multicolore aux allures psychédéliques.

Le chanteur Harry James Angus et ses complices livrent une performance qui doit se vivre dans le bouillonnement du live, confirmant une fois de plus une réputation justifiée de bêtes de scène. Tout à fait à propos dans un contexte de festival extérieur.

Rubans et autres fioritures

À 17h40, c'est au tour de Grimes de s'emparer de la scène principale, avec une plage horaire enviable et fort méritée pour cette artiste au succès désormais international. Ayant passé quelques années de sa carrière dans la métropole, Claire Boucher connaît bien le public montréalais et vice versa. Les fans sont impatients d'entendre les titres d'Art Angels, plus récent opus de la musicienne et successeur de l'excellent Visions.

C'est alors qu'entrent en scène trois danseuses vêtues de noir, suivies par l'attendue chanteuse, entamant avec entrain (et c'est peu dire!) la très énergique REALiTi. Avec ses chorégraphies aux mouvements saccadés, multiples lasers et rubans virevoltant d'un bout à l'autre de la scène, Grimes nous prouve que l'époque de Genesis et Oblivion est manifestement révolue. Le minimalisme et la richesse toute en nuances d'une synthpop calculée laissent place à un théâtre savamment mis en scène.

Mais derrière ce langage plastique et hermétique se trouve toujours la même protagoniste, cette tornade qui sautille, danse, crie à gorge déployée, s'écroule par terre en l'espace de dix minutes. Quoi qu'on en dise, les gens sont là pour voir le personnage dans toute sa splendeur, son authenticité et son extravagance. Et ce, même si on ne sait pas toujours où donner de la tête, comme étourdis par cette audacieuse mascarade.

S'enchaînent donc pour le plus grand bonheur de tous les succès du dernier opus de l'artiste, dont Flesh without Blood ainsi que Kill V. Maim. Et évidemment, plusieurs succès datant de Visions, dont une reprise nouveau genre de Be a Body. En bonus, une chanson coécrite avec Janelle Monae, ajout intéressant au spectacle. Puis, après cette complexe gymnastique et plusieurs manifestations de malaises, la sorcière moderne quitte la scène pour de bon, dix minutes avant la fin de son concert, pour cause de maladie. Un événement rare considérant le strict horaire d'Osheaga, habituellement exécuté à la minute près.

Radiohead: le coup de grâce

Il y a de ces concerts auxquels on assiste, desquels on ne ressort pas tout à fait identique, pas complètement indemne. Certaines œuvres ont le pouvoir d'imprégner, de nous suivre pendant quelques jours sans que l'on s'en détache totalement, et c'est parfait comme ça. Hier soir, les membres de Radiohead ont démontré qu'ils sont toujours parmi les meilleurs groupes actifs au monde.

Aux alentours de 20h, on annonce que la formation Disclosure devra annuler sa performance pour cause de vol retardé, devançant l'arrivée de Radiohead d'une quinzaine de minutes. Et c'est tant mieux, puisque le public est déjà impatient et très, très vaste. Possiblement la foule la plus dense de toute l'histoire d'Osheaga, du moins depuis la venue d'Eminem en 2011.

C'est alors qu'une vague de cris se répand jusqu'à nous depuis le devant de la scène, formant un mur de son faisant écho à l'exaltation des fans. Thom Yorke fait son apparition, précédé des membres de la formation britannique qui arrivent au compte-goutte. Le temps de saluer les 45 000 adeptes entassés sur le parterre, Yorke et sa bande entament furieusement trois titres de leur plus récent disque A Moon Shaped Pool, magnifiés par un jeu de lumière électrifiant.

«Depuis les débuts du festival, notre souhait ultime était de programmer Radiohead», nous racontait en entrevue Nick Farkas, vice-président concerts et événements chez Evenko. Hier soir, c'était la consécration d'un vieux rêve, et une des grandes victoires du festival.

Présentant un généreux concert de 140 minutes, le mythique groupe a puisé dans ses racines tantôt rock, tantôt plus expérimentales et électroniques, venant ainsi surprendre le public au moment où il s'y attendait le moins. Naviguant d'un album à l'autre, les musiciens originaires d'Oxford nous ont fait voyager avec les classiques Reckoner, Idioteque et Pyramid Song, notamment. Alors on teste nos connaissances, on échange des regards ravis avec nos voisins et on joue à «Devine sur quel album figure cette chanson?» Puis l'envie nous prend de ressortir nos vieux disques oubliés, ensevelis dans la poussière quelque part au fond d'un garde-robe.

Après 1h30 d'enivrement, Yorke et ses acolytes s'éclipsent sur les dernières notes plaintives de There, There, pour mieux réapparaître quelques minutes plus tard, question de continuer à nous donner la chair de poule. Les succès qui ont fait connaître le groupe à l'international suivent, dont certains boudés par le groupe jusqu'à tout récemment, incluant Let Down, Exit Music (For A Film)Paranoid Android, Karma Police et Creep, pour conclure le deuxième rappel.

Le genre de concert duquel on dira dans cinq, dix ans: «Y étiez-vous?» Quelle soirée, quel coup de maître. En définitive, une 11e édition fort réussie, qui vient confirmer que le festival joue maintenant dans la cour des grands. À l'an prochain, Osheaga!

About Laurianne Désormiers
She may be the baby of the team, but Laurianne has been working at the heart of the Phi Centre since the institution first opened in 2012. She describes herself as tall, ultra-curious and just a bit cheeky (but not mean). Her colleagues would agree, adding that she is also the team's young, connected and plugged-in "cool kid" (a title she more or less accepts); is afflicted with a severe case of FOMO; and equipped with a daunting critical mind. She's a fan of alternative music culture (she hosted a radio show on CISM for several years), independent film, and most of all, art–that which possesses the capacity to move and educate people while opening a window onto the world. As Content Manager, Laurianne brings her training in marketing and communications to the service of culture, through which she particularly enjoys contributing to the local and international exposure of artists.
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